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dimanche 8 janvier 2012

Reckless 1935

Un film de Victor Fleming avec Jean Harlow, William Powell, Franchot Tone, May Robson, Rosalind Russell et Mickey Rooney

Mona Leslie (J. Harlow) est une star de la comédie musicale à Broadway. Elle devient la femme du richissime Bob Harrison (F. Tone), ce qui brise le coeur de son agent Ned Riley (W. Powell)...

Ce film MGM a été produit par David O. Selznick durant la courte période où il travailla pour ce studio dirigé par son beau-père. Il écrivit lui-même l'histoire du film qui fut ensuité adaptée par des scénaristes. Il se serait inspiré de la vie d'une certaine Libby Holman dont l'époux se suicida. La production du film commença mal: le film avait été écrit pour Joan Crawford. Mais, elle ne le fit pas et on imposa Jean Harlow. Finalement, ce changement de distribution apporte un décalage fort intéressant au personnage central. La belle Mona Leslie est une fille au grand coeur qui ne s'en laisse pas compter, mais sans avoir la dureté et la robustesse d'une Crawford. Harlow en fait une fille plus fragile. Certes, Jean Harlow n'est pas chanteuse (elle a été doublée) et elle ne danse pas beaucoup. Mais, tous les numéros musicaux sont filmés avec beaucoup d'intelligence pour leur donner une certaine profondeur et cela évite les longs numéros filmés à hauteur de scène qui plombent nombres de films à cette époque. Le film débute avec un ton de franche comédie. Mona est amoureuse d'un fils à papa (revoici Franchot Tone dans le rôle-type qu'il collectionnait à l'époque) pendant que son agent Ned (William Powell en grande forme) se consumme pour elle. Mais, bizarrement, le film vire brusquement au mélodrame avec le suicide de Bob Harrison. Mona est suspectée de meurtre. Le passage de la comédie au mélodrame n'est pas une réussite totale car la transition est bien trop brutale et le scénario n'est pas suffisamment bien ficelé à ce moment-là. Néanmoins, j'ai trouvé ce film très réjouissant, bien dirigé, et le couple Harlow-Powell (qui filaient le parfais amour à l'époque) fonctionne superbement. On remarque dans des rôles secondaires quelques futures stars comme une jeune Rosalind Russell, en fille de la haute, et un petit Mickey Rooney de 15 ans (et qui en parait moins). Au total, un film moins réussi que Bombshell, mais qui est néanmoins très agréable.

Bombshell 1933

Un film de Victor Fleming avec Jean Harlow, Lee Tracy, Franchot Tone, Una Merkel, Pat O'Brien et Frank Morgan

Lola Burns (J. Harlow) est la star N°1 du studio Monarch. Sa vie ressemble à un enfer entre son père et son frère qui dilapident son argent et le chef du service publicité, E.J. Hanlon (L. Tracy) qui passe son temps à créer des commérages juteux pour les journalistes...

Cette excellente comédie, au rythme pétaradant, semble être inspirée en partie de la vie de Clara Bow selon le scénariste John Lee Mahin. En fait, on pourrait tout aussi bien l'appliquer à nombres d'autres stars hollywodiennes, même à Harlow elle-même. La Lola Burns que je joue Harlow, avec beaucoup de talent, est le prototype même de la star propulsée au firmament par un mélange complexe de sex-appeal et de publicité dans les fan-magazines. On vend au public du rêve qu'il dévore dans les revues de cinéma et dans les journaux salaces, comme nous le montre les premières images du film. Puis, nous passons derrière la façade. La vie de Lola n'est pas vraiment le paradis que l'on vend aux gogos. Elle est certes riche, mais elle doit subvenir aux besoins de son père alcoolique (délicieux Frank Morgan) qui joue aux courses et de son frère (Ted Healy) un bon à rien de première. Si tout cela n'était déjà beaucoup, elle est également la proie du publicitaire maison qui passe son temps à monter des coups tordus pour que le nom de Lola soit le plus souvent possible à la une de journaux. Invariablement, elle est au centre de commérages salaces pour faire monter sa cote au box-office. Fatiguée par toutes ces batailles, elle tente très maladroitement d'avoir une 'vie normale' et invariablement commet des erreurs grossières. Après avoir posé dans sa cuisine, telle une femme au foyer modèle, elle décide soudain que la 'maternité' est indispensable pour une femme et court dans un orphelinat pour adopter un bébé. Evidemment, Hanlon (un Lee Tracy à la répartie rapide comme l'éclair) est sur le coup et va faire capoter son projet illico presto. Excédée, elle part se resourcer dans le désert où elle fait la connaissance d'un (soi-disant) fils à papa (Franchot Tone qui s'autoparodie avec malice) qui lui murmure que "ses cheveux sont comme un champ de marguerites argentées dans lequel il voudrait marcher pieds nus." Mené avec diligence et talent par une superbe galerie de second rôle, le film offre une vision finalement plutôt juste de la vie à Hollywood du temps de l'Age d'Or. Il y a de nombreuses références, tout à fait charmante, aux films et aux acteurs. J'ai beaucoup apprécié la remarque de C. Aubrey Smith, qui joue un vieux figurant râté, qui ronchonne: "Je ne vois pas ce qu'on trouve à ce Lewis Stone !" Un des meilleurs films de Fleming et de Harlow.

lundi 17 octobre 2011

Mantrap 1926


Un film de Victor Fleming avec Clara Bow, Ernest Torrence, Percy Marmont et Eugene Pallette

A New York, l'avocat Ralph Prescott (P. Marmont) ne supporte plus ses nombreuses clientes en cours de divorce. Il accepte de suivre son ami Woodbury (E. Pallette) pour des vacances dans le nord Canadien. Là-bas, il fait la connaissance de la très jolie Alverna (C. Bow) qui a épousé le grand et fruste Joe Easter (E. Torrence)...

Cette délicieuse comédie a été réalisée pour mettre en valeur la plus grande star de la Paramount de l'époque: Clara Bow. Elle était la quintessence de la 'flapper' des années 20, délurée, amusante et émancipée. La Paramount engrangeait des profits énormes grâce à cette actrice qu'ils faisaient travailler sans relâche. Sur un scénario assez mince, qui pourrait être résumé sur un ticket de métro, Victor Fleming réalise un film plein de charme et de fantaisie. Clara Bow est une manucure de Minneapolis qui accepte d'épouser un grand gars pas très futé joué par Ernest Torrence, qui se faisait une spécialité des rôles de grandes brutes. On se retrouve avec le couple le plus improbable de l'histoire du cinéma muet: la petite Clara vive et sensuelle face à cette homme des cavernes au visage taillé à la serpe. Mais, comme le ton du film est totalement humoristique, y compris dans les cartons rédigés par George Marion Jr., on avale la pilule assez facilement. Clara se retrouve dans un petit bled paumé, Mantrap, où elle s'ennuit rapidement. L'arrivée de l'avocat new-yorkais va apporter un changement bienvenu. Celui-ci se méfie des femmes. Ils les côtoient toute la journée sous la forme de créatures rapaces qui cherchent à obtenir une bonne pension alimentaire. Evidemment, Clara va déployer tout son charme, qui n'est pas mince, pour le séduire. Le film a été tourné près du Lac Arrowhead, situé à une centaine de km d'Hollywood. Le génial James Wong Howe est derrière la caméra et utilise au mieux les paysages sauvages tout en donnant à Clara Bow tout le glamour nécessaire dans ses gros plans. Cette délicieuse comédie est accompagnée de mains de maître par le pianiste Stephen Horne qui donne le ton exact des années 20 et de son jazz étourdissant. Un délicieux bonbon.