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mercredi 15 avril 2015

L'Occident 1928

Un film d'Henri Fescourt avec Claudia Victrix, Jaque Catelain, Lucien Dalsace, Paul Guidé, Hughes de Bagratide et Andrée Rolane

Au Maroc, Hassina (C. Victrix) sauve la vie du capitaine Cadières (L. Dalsace) venu déloger les djouchs menés par Taïeb (H. de Bagratide) qui la retient captive. Elle part avec Cadières laissant sa soeur Fathima (A. Rolane) aux mains de Taïeb...

Affiche danoise de Eye for Eye
(L'occident, 1918) d'Albert Capellani
La pièce L'Occident du dramaturge belge Henri Kistemaeckers avait déjà été adaptée à l'écran en 1918 par Albert Capellani avec Alla Nazimova sous le titre Eye for Eye. Le film américain ayant disparu - à part à un court fragment - on ne peut donc le comparer au remake réalisé par Henri Fescourt en 1927 pour le compte de la société des Cinéromans de Jean Sapène. Il est cependant absolument certain que Capellani avait à sa disposition une grande actrice en la personne d'Alla Nazimova. Malheureusement, pour Henri Fescourt, il n'en est pas de même. Il doit accepter de diriger la femme de Sapène, la totalement incompétente Claudia Victrix. Le tournage fut donc un long calvaire pour Fescourt, qui outre ses déboires avec la Victrix, dût faire face à de nombreux incidents et accidents au Maroc. L'intrigue de Kistemaeckers est celle d'un mélo échevelé dans une France coloniale triomphante. La France "protectrice" bombarde les côtes marocaines pour déloger les Djouchs, ces bandits pillards qui la dérangent. Sur ce fond politiquement incorrect et désuet se superpose l'intrigue amoureuse qui oppose Cadières (Lucien Dalsace) et Saint-Guil (Jaque Catelain) tous deux amoureux d'Hassina. La prestation de Claudia Victrix suscite de nombreuses fois le fou rire car elle cumule les maladresses avec une persistance d'amateur. Elle ne sait pas bouger, elle est empotée, maladroite et en plus, elle n'est pas du tout photogénique avec un long nez, une bouche en coeur soulignée par un trait de rouge à lèvres maladroit et un visage ingrat. Les opérateurs et le réalisateur semblent avoir renoncé à la mettre en valeur. Et en plus, elle est aussi expressive qu'une bûche. Il est difficile de ne pas éclater de rire lorsqu'on voit Hassina dire, le plus sérieusement du monde, "J'ai bu son sang. Je luis appartiens," après avoir sucé la plaie de Cadières mordu par un serpent. 
Fathima (Andrée Rolane)
Alors que reste-t-il à sauver dans ce film que Fescourt renia après son tournage? Eh bien, le metteur en scène a eu l'excellente idée d'utiliser la petite Andrée Rolane, qui fut la superbe Cosette enfant de sa version des Misérables (1925), à qui il confie le "clou" du film. Et la gamine d'une dizaine d'années vole facilement la vedette à son aînée par ses qualités d'interprète. Dans un bouge à marins, elle doit danser sur une table au son d'un tambour. La séquence est rythmée à la perfection comme celle du 'Trou à charbon' dans le Kean (1924) d'Alexandre Volkoff. La foule l'observe alors que Taïeb la force à danser de plus en plus vite. Le montage se fait frénétique et la caméra devient subjective, nous montrant le vertige qui saisit la gamine épuisée. Pour cette seule séquence, le film mérite d'être vu. Mais, on peut comprendre le découragement de Fescourt face à une actrice qui n'en était pas une...

mercredi 18 mars 2015

Les Misérables (Parties 3 & 4) 1925

Valjean (G. Gabrio) et Thénardier (G. Saillard)
Un film d'Henri Fescourt avec Gabriel Gabrio, Sandra Milowanoff, Jean Toulout, François Rozet, Suzanne Nivette, Renée Carl et Georges Saillard

Cosette (S. Milowanoff) vit à Paris avec son père adoptif Valjean (G. Gabrio). Un jour, au jardin du Luxembourg, ils croisent le chemin de Marius (François Rozet) un jeune étudiant qui tombe amoureux de Cosette...

Javert (J. Toulout)
Dans les deux dernières parties de l'adaptation-fleuve d'Henri Fescourt, de nouveaux personnages prennent le premier plan par rapport à Valjean, Javert et Cosette. C'est ainsi que nous faisons connaissance avec Marius (François Rozet) dont le père et le grand-père se sont déchirés à cause de l'Empereur Napoléon. le jeune étudiant est souvent un personnage assez fade dans les adaptations cinématographiques. François Rozet s'en tire plutôt bien. La famille Thénardier se terre maintenant dans un galetas sous le nom de Jondrette ce qui n'empêche pas le père (G. Saillard) de continuer ses combines et ses rapines. C'est Eponine qui entre dans la lumière, magnifiquement interprétée par Suzanne Nivette (Mme Saillard à a ville) au corps gracile et androgyne. La fille des Thénardier est tenaillée par des sentiments contradictoires, son amour pour Marius qui l'ignore et sa jalousie pour sa rivale, Cosette. Elle montrera finalement son abnégation en mourant dans les bras de celui qu'elle aimait sans retour. 
Cosette (S. Milowanoff)
La dernière partie du film est riche en grandes scènes spectaculaires comme celle des barricades où meurent Eponine et Gavroche. Comme pour toutes les versions filmées, cette scène a été tournée en studio, sans que le sens du réel en soit bouleversé. Fescourt réussit à maintenir le suspense jusqu'à l'arrivée de Valjean qui va épargner la vie de son ennemi de toujours, le policier Javert. Les dernières confrontations entre les deux hommes montrent un sens aigu de la caractérisation chez Gabriel Gabrio et Jean Toulout. Javert voit tous ses repères anéantis en découvrant la grandeur d'âme de l'ancien forçat, une séquence d'introspection où Toulout montre tout son talent. Sandra Milowanoff a la difficile tâche d'incarner Cosette jeune fille après avoir été Fantine. Sa Cosette est légère et sans mièvrerie et se différencie facilement de sa douloureuse mère. Au total, c'est une superbe adaptation du roman de Hugo qui sera - je l'espère - un jour disponible en DVD, maintenant qu'il existe une splendide copie numérique.

mercredi 11 mars 2015

Les Misérables (Parties 1 et 2) 1925

Jean Valjean (Gabriel Gabrio) et Cosette (Andrée Rolane)
Un film en quatre parties d'Henri Fescourt avec Gabriel Gabrio, Sandra Milowanoff, Jean Toulout, Andrée Rolane, Renée Carl et Georges Saillard

Jean Valjean (G. Gabrio) sort du bagne après 19 ans. Alors que toutes les portes se ferment devant lui, Mr Myriel (Paul Jorge) lui offre le gîte. Valjean lui dérobe son argenterie et pourtant Myriel L'innocente face aux gendarmes...

Valjean (G. Gabrio)
La superbe adaptation du roman de Victor Hugo réalisée par Henri Fescourt pour la Société des Cinéromans est de nouveau visible à la Fondation Jérôme Seydoux-Pathé dans une nouvelle restauration numérique 4K. J'avais vu le film en 2009 dans une copie teintée de la Cinémathèque de Toulouse qui était déjà de belle qualité, mais cette restauration offre une qualité d'image époustouflante avec une finesse des détails et des contrastes, et des teintages et virages numériques parfaitement dosés. C'est donc un plaisir de se replonger dans l'univers de Victor Hugo dans ces conditions. Les personnages des Misérables sont des achétypes du mélodrame: l'ancien bagnard, la fille-mère abandonnée, l'enfant martyrisée, le curé magnanime etc. Et pourtant, cette histoire demeure palpitante même après la vision de nombreuses versions filmées. Fescourt se montre à la hauteur du challenge: retracer en plus de six heures l'oeuvre hugolienne avec une troupe de comédiens parfaitement choisis. Délaissant les studios, il part sur les traces de ses personnages à Digne et à Montreuil-sur-mer avec des extérieurs particulièrement saisissants qui nous projettent au dix-neuvième siècle. Jean Valjean a été icarné au cinéma par de très grands acteurs tels que Henry-Krauss dans la première version cinématographique d'Albert Capellani en 1912 et évidemment par Harry Baur dans la version parlante de 1934 réalisée par Raymond Bernard. Le Valjean de 1925, Gabriel Gabrio, est lui aussi un merveilleux interprète du rôle. Plus jeune que ses confrères, il confère au personnage du bagnard un regard, une silhouette et une présence que l'on n'oublie pas. Le bagnard asocial redevient peu à peu sous nos yeux un être humain sous l'influence du très bon et très saint Monseigneur Myriel. Fescourt a le temps de nous montrer la lente progression de l'homme sous l'écorce de la bête.
Fantine (S. Milowanoff)
Pour incarner Fantine, Fescourt s'est tourné vers la merveilleuse Sandra Milowanoff, qui pourtant n'avait pas été son premier choix pour le rôle. Elle n'avait pas de formation théâtrale car elle venait de la danse. C'est Feuillade qui fit d'elle une actrice de cinéma en 1920 et bien lui en prit. Il n'y a aucun geste théâtral chez elle, elle se déplace d'instinct comme une danseuse. Elle évite les excès mélodramatique et réussit à nous faire verser une larme lorsqu'elle se décide à aller se prostituer pour payer la pension de Cosette. Elle vit son rôle plus qu'elle ne l'interprète. Le malheureux spectre qui se déplace sous la neige se transforme en furie face au dandy qui la maltraite. La petite Cosette, jouée par Andrée Rolane, est meilleure que Gaby Triquet dans la version de Raymond Bernard. Son allure maigrichonne et ses grands yeux qui lui mangent le visage font d'elle la proie parfaite du couple Thénardier. Evitant la caricature, Renée Carl est une mégère poissarde sans excès et son cher époux, menteur et cupide, est joué par Georges Saillard. Il y a plusieurs séquences dans ces deux premières parties qui restent en mémoire, en particulier la descente aux enfers de Fantine dans les rues de Montreuil et la frayeur de Cosette dans les bois où les arbres prennent vie. Ces Misérables sont le chef d'oeuvre de Fescourt avec sa magnifique adaptation de Monte-Cristo (1928). Vivement la suite!

mercredi 31 décembre 2014

Rouletabille chez les Bohémiens 1922 (III)


Un film en 10 épisodes d'Henri Fescourt avec Gabriel de Gravone, Romuald Joubé, Edith Jéhanne, Joë Hamman, Jean Dehelly et Suzanne Talba

Episodes 7 à 10
Hubert (J. Hamman) a réussi à faire évader Odette (E. Jéhanne) de la caravane des Bohémiens. Comme elle se refuse à lui, il décide de l'emmener à Sever-Turn avec toujours Rouletabille (G. de Gravone) à ses trousses...

Les quatre derniers épisodes de ce Ciné-Roman d'Henri Fescourt confirment l'impression ressentie avec les épisodes précédents. Fescourt se contente de filmer l'intrigue cousue de fil blanc créée par Gaston Leroux, quelque peu en panne d'inspiration. Contrairement à Mathias Sandorf (1921), Les Misérables (1925) et Monte-Cristo (1928) qui sont tous de magnifiques réussites, Rouletabille est nettement moins imaginatif. Les personnages ne sont que des pions qui se déplacent sur un échiquier, sans développement psychologique. Fescourt est également confiné, la plupart du temps, en studio dans ces derniers épisodes ce qui n'arrange rien. Le monde des Bohémiens dans leur ville sacrée de Sever-Turn est à peine esquissé et c'est bien dommage. Quant à nos héros, le travestissement de Rouletabille en femme fatale était vraiment un secret de polichinelle qui n'a surpris aucun spectateur. Bizarrement, le film reprend vie pour une séquence qui semble avoir été ajoutée pour pimenter un plat trop fade, lorsque Joë Hamman lutte à main nue contre un taureau de Camargue. On annonce même cette scène dans l'épisode précédent avec un "teaser" appuyé. C'est là qu'on réalise ce que ce film aurait pu être avec une intrigue moins théâtrale. Hamman est seul face à un taureau (un buffle dans le film) et il montre son talent d'athlète dans un magnifique paysage camarguais qui soudain donne une ampleur insoupçonnée à son personnage ainsi qu'à la fin de ce feuilleton. On réalise alors à quel point le film a manqué de mouvement et de cette étincelle de suspense qui l'aurait fait décoller. Apparemment, Rouletabille a pourtant été apprécié du public de 1922, bien plus que Le Fils du flibustier (1922), un sérial de Louis Feuillade sorti au même moment qui fut un échec. Je crois que Rouletabille pourrait gagner sérieusement en atmosphère avec une copie de meilleure qualité. L'aspect granuleux et légèrement flou ne permet pas d'apprécier la composition visuelle comme il le faudrait. Un Fescourt relativement moyen, mais que je ne regrette pas d'avoir vu.

samedi 27 décembre 2014

Rouletabille chez les Bohémiens 1922 (II)

Un film en 10 épisodes d'Henri Fescourt avec Gabriel de Gravone, Romuald Joubé, Edith Jéhanne, Joë Hamman, Jean Dehelly et Suzanne Talba

Episodes 4 à 6
Rouletabille (G. de Gravone) part à la recherche d'Odette (E. Jéhanne) qui a été enlevée par les Bohémiens en partance pour leur sanctuaire de Sever-Turn en Europe Centrale. De son côté, Hubert (J. Hamman) est lui aussi sur ses traces...

Rouletabille (G. de Gravone)
face à un masque mystérieux chez Hubert
Les trois épisodes suivants mettent en valeur le jeune Rouletabille, espiègle et malicieux, qui n'hésite pas à donner de sa personne dans ses enquêtes. Il est jeté d'un train en marche par Andrea (R. Joubé) et Callista (S. Talba). Il utilise aussi divers déguisements, souvent cocasses, pour tenter de passer inaperçu. Il a finalement recours au travestissement pour amadouer son concurrent Hubert. Dans le rôle de ce dernier, Joë Hamman montre ses talents de cavalier et de cascadeur en attrapant un train en marche à dos de cheval. Cependant, les acrobaties et les retournements de situation ne sont pas aussi soutenus qu'on aurait pu l'espérer. Fescourt introduit un humour bienvenu avec un Gabriel de Gravone très à l'aise en détective, mais il n'a pas toujours un scénario à la hauteur. L'intrigue patine quelque peu et le rythme s'en ressent. La qualité de la copie n'est malheureusement pas optimale; elle est teintée, mais elle manque de netteté et de définition. Certaines séquences qui devaient avoir une réelle atmosphère, telle que la danse nocturnes des Bohémiens autour d'un feu, en souffrent. Sinon, on peut reconnaître à Fescourt une réelle intelligence dans le choix de ses interprètes. Edith Jéhanne, avec son allure féline et ses yeux en amande, est une Odette parfaite, à la foie ingénue et mystérieuse. De Gravone, que j'ai vu tant de fois dans des rôles dramatiques comme Marius dans Les Misérables (1913) ou Frédéric dans L'Arlésienne (1922), est bien plus à l'aise dans le registre comique. Quant à Joë Hamman, c'est une figure à part dans le cinéma français des années 1920. Sa haute silhouette mince et athlétique suggère plus les héros américains du grand écran et cela donne un relief particulier à son personnage. Romuald Joubé, qui fut l'interprète de Gance, d'Antoine et de Raymond Bernard, est ici plus en retrait en Bohémien tourmenté et un peu frustre, mais parfaitement crédible. Il n'y a maintenant plus qu'à espérer que l'intrigue retrouve un peu de tonus pour les quatre derniers épisodes. Selon Fescourt, Gaston Leroux se serait inspiré de légendes tziganes pour l'écriture de son feuilleton. Il y a effectivement un potentiel intéressant dans cette histoire de prophétie dans le livre saint des Bohémiens annonçant l'arrivée d'une "nouvelle reine" qui se trouve incarnée en Odette par une curieuse coincidence. Pourtant, cet élément prophétique à la limite du surnaturel n'est guère exploité jusqu'à présent. A suivre!

mercredi 24 décembre 2014

Rouletabille chez les Bohémiens 1922 (I)

Un film en 10 épisodes d'Henri Fescourt avec Gabriel de Gravone, Romuald Joubé, Edith Jéhanne, Joë Hamman, Jean Dehelly et Suzanne Talba

Episodes 1 à 3
Jean de Santierne (J. Dehelly) s'apprêter à quitter sa maîtresse, la bohémienne Callista (S. Talba) pour épouser Odette (E. Jéhanne). Callista lui jure qu'elle se vengera. De son côté, Hubert de Lauriac (J. Hamman) convoite lui aussi Odette et semble prêt à tout pour obtenir sa main. C'est alors que le père d'Odette est retrouvé mort dans son jardin. Odette a disparu. L'ami de Jean, Joseph Rouletabille (G. de Gravone) entre en scène...

Henri Fescourt a travaillé pendant de nombreuses années pour la société des Cinéromans dirigée par Jean Sapène, le patron du journal Le Matin. En 1921, il avait déjà réalisé une excellente adaptation en épisodes de Mathias Sandorf, dont il ne reste qu'un fragment de 2h1/2. En 1922, il s'attaque à un roman de Gaston Leroux avec son personnage fétiche, le journaliste - détective à ses heures - Joseph Rouletabille. Comme tout bon roman-feuilleton, il commence par un prologue qui nous donne des clés sur un objet précieux qui a été dérobé par Hubert de Lauriac (J. Hamman), un aventurier sans scrupules. Il a pris le "Livre des Ancêtres", un manuscrit religieux précieux des gitans pour s'emparer des joyaux qui le décorent. Le premier épisode d'exposition est quelque peu académique et nous fait découvrir les différents protagonistes dans leur environnement. Il y a d'un côté le jeune Jean de Santierne (J. Dehelly), issu d'une bonne famille et son ami Rouletabille (G. de Gravone). On contraste la pure jeune fille Odette (E. Jéhanne) et la bohémienne machiavélique Callista (S. Talba). Les deux femmes déchaînent les passions. Celle d'Andrea (R. Joubé), un bohémien qui a été repoussé par Callista et celle d'Hubert qui rêve de posséder Odette. La trame étant maintenant établie, le deuxième épisode montre un Fescourt nettement plus en train. Il emmène ses héros aux Saintes-Marie-de-la-mer et à Arles où les événements vont se succéder. Rouletabille est interprété par Gabriel de Gavrone qui donne au jeune reporter humour et vivacité. On reconnait avec plaisir le premier cow-boy du cinéma français Joë Hamman - héros de nombreux films de Jean Durand dans les années 1910 - qui est ici un méchant mais avec panache. La fragile Edith Jéhanne, qui tourna si souvent avec Raymond Bernard, est la victime parfaite avec son visage triangulaire à la Lillian Gish. Fescourt introduit pas mal d'humour dans les épisodes 2 et 3 opposant le malicieux Rouletabille et un juge bedonnant qui passe de bar en bar pour engloutir des verres de bière. Le récit est maintenant bien lancé dans les superbes paysages de la Camargue.  J'attends la suite avec impatience. A suivre!

vendredi 6 juillet 2012

Monte-Cristo 1928

Un film d'Henri Fescourt avec Jean Angelo, Lil Dagover, Marie Glory, Pierre Batcheff, Gaston Modot et Jean Toulout

Edmond Dantès (J. Angelo) est emprisonné au château d'If suite à une dénonciation de Fernand Mondego (G. Modot) qui souhaite lui voler sa fiancée Mercédès (L. Dagover)... 


Cette fresque de 3h40 est sans aucun doute la plus belle illustration au cinéma du célèbre roman d'Alexandre Dumas. Henri Fescourt offre un film foisonnant, lyrique et passionnant de bout en bout. Fescourt n'en est pas à son coup d'essai. Il a déjà réalisé un Mathias Sandorf (1921) en 7 épisodes (dont il ne reste, hélas, qu'une version tronquée de 2h30) et une adaptation magistrale des Misérables (1925) de 8h. Pour ce Monte-Cristo, il a sa disposition une distribution de choix avec en tête Jean Angelo qui donne à son Edmond Dantès toute la fougue et le charisme requis. Les malfaisants avides de pouvoir et d'argent du roman semblent s'incarner avec le minable Caderousse d'Henri Debain dominée par son épouse cupide et criminelle (Germaine Kerjean déjà!). Jean Toulout, qui fut Javert, est ici un ignoble M. de Villefort; et Gaston Modot est un Fernand Mondego, devenu pair du royaume, à force de forfaiture et de meurtre, qui sue la traitrise et la convoitise. 

Mercédès (L. Dagover)
Contrairement à de nombreuses versions du roman de Dumas, le film de Fescourt nous permet de respirer la brise méditerranéenne. Des paysages et des vues maritimes de toute beauté nous permettent de nous mettre dans l'ambiance de la vie du marin Dantès. Cette liberté sur les flots est contrastée avec l'enfermement dans le sordide Château d'If. Un Dantès évadé et changé ne songe plus qu'à se venger de ses ennemis et il va le faire avec une méticulosité particulièrement machiavélique. Et c'est également un aspect du film qui doit être célébré. Fescourt sait créer la tension entre ses personnages. On voit le visage de Morcerf qui se décompose lorsqu'il découvre que Monte-Cristo est en fait Dantès. Et la première confrontation entre la comtesse de Morcerf (Mercédès) et Monte-Cristo a aussi une tension toute particulière alors que Lil Dagover dévisage cet homme qu'elle croit reconnaître. Il faut souligner la belle performance de l'allemande Lil Dagover qui donne à son personnage une vraie dimension humaine. Il est évident que Fescourt avait d'immenses qualités de directeur d'acteurs pour obtenir de sa distribution, dans son ensemble, un tel niveau d'interprétation. 
La construction du récit sur la durée est également magistrale. La longue épopée de Dantès-Monte-Cristo ne connaît pas de temps morts. Et pourtant, Fescourt peut développer des personnages secondaires comme ce vaurien de Benedetto, découvert par hasard par un Caderousse ivre. Et mêmes le flirt entre Valentine de Villefort (Marie Glory) et Maximilien Morrel (François Rozet) n'est pas dépourvu de charme, même si elle n'a qu'une importance secondaire dans le déroulement de l'intrigue. Il faut souligner aussi la superbe qualité de la cinématographie qui passe des paysages ensoleillés de la Méditerranée à la sombre et sinistre auberge de Caderousse qui respire le meurtre et la malfaisance. La superbe restauration du film de 2006 est disponible en DVD avec une partition orchestrale remarquable de Marc-Olivier Dupin. Il est fort rare en France que l'on commande une partition pour orchestre pour accompagner un film. Et, c'est bien dommage car Dupin montre qu'il existe des compositeurs de talent en France. Il réussit remarquablement à suivre les méandres du récit de Dumas en créant l'atmosphère exacte pour chaque scène du film. Il donne au film l'impulsion vitale nécessaire sur toute sa longueur. Espérons qu'il aura l'occasion de réaliser d'autres partitions dans le futur. Nombres de grands films muets français pourraient certainement en tirer bénéfice.

vendredi 14 octobre 2011

Les Grands 1924


Un film d'Henri Fescourt avec Max de Rieux, Jeanne Helbling, Georges Gauthier et Henri Debain

Dans un pensionnat de province, un petit groupe d'élèves restent au collège durant les vacances de Pâques, parmi eux, Jean Brassier (M. de Rieux) et le petit Bezou (P. Colligé) qui est constamment harcelé par Surot (Fabien Haziza), un cancre malfaisant. Or Jean Brassier est amoureux de la femme du principal (J. Helbling). En l'absence de son mari, il s'introduit dans son appartement...

Henri Fescourt est un oublié du cinéma français malgré ses nombreuses réalisations prestigieuses durant la période muette. Ses Misérables (1925) et son Monte-Cristo (1928) sont à ranger parmi les plus grandes adaptations de Hugo et de Dumas. Avec Les Grands, un film intime, il montre son habilité à diriger les acteurs et à rendre cette histoire simple et humaine. Nous sommes dans un pensionnat pour jeunes garçons qui vivent en vase clos, rêvant de liberté et d'aventures. Jean Brassier, joué avec talent par Max de Rieux, qui fut la même année Le Petit Chose (1924, A. Hugon), est un jeune garçon qui aspire à 'être grand' et à être considéré comme tel. Il est secrètement amoureux de la femme du principal. Et cette infatuation va le mettre dans une situation difficile. Il est allé, la nuit, voir la femme du principal alors que le cancre Surot fracturait le bureau du principal pour voler 500 francs. Jean décide de s'accuser du vol pour protéger l'honneur de la femme qu'il aime. Il se retrouve dans une situation impossible: il va être renvoyé du collège et sermonné violemment par son père. Mais, il se refuse à dire la vérité. Il considère son sacrifice comme un signe qu'il est maintenant 'grand'. De son côté, le petit Bezou, un pauvre gosse abandonné par des parents en plein divorce, va oeuvrer pour aider son ami Jean. Il a deviné que Surot était le vrai coupable à cause de son attitude. Il fouille ses affaires et découvre les billets volés. Mais au lieu de le dénoncer lui-même, il le pousse à le faire de son propre chef. On ne peut que louer le jeu des différents acteurs dans les rôles secondaires comme Henri Debain, en économe dégingandé à pince-nez et Paul Jorge en portier compatissant. La copie est de très bonne qualité et met en valeur le travail des opérateurs. Un Fescourt de très bonne facture.

lundi 14 juin 2010

Les Misérables 1925



Un film d'Henri Fescourt en 4 parties
avec Gabriel Gabrio, Sandra Milowanoff et Jean Toulout

Les deux premières parties de cette version muette des Misérables sont réellement superbes aussi bien visuellement, esthétiquement et par le jeu des acteurs. J'ai été frappée à quel point cette version doit avoir influencé Raymond Bernard pour celle de 1934. On y retrouve de nombreuses scènes quasiment à l'identique. Mais, la différence principale avec le formidable film de Bernard, c'est que Fescourt a tourné pratiquement tout sur les lieux du roman: Digne et Montreuil-sur-mer. Le film étant plus long (env. 8h au lieu de 4h30), on y gagne en détails sur les personnages. Par exemple, nous découvrons en flash-back, les débuts de l'ignoble Thénardier qui pille les cadavres sur le champ de bataille de Waterloo ainsi que la jeunesse de Valjean et comment il est envoyé au bagne après le vol d'un pain pour nourrir ses frères et soeurs. Les différents acteurs sont très bien choisis. En particulier Gabriel Gabrio avec son physique de colosse et son regard brûlant, la petite Andrée Rolane, une Cosette à l'air fragile et douloureux, George Saillard et Renée Carl en couple Thénardier particulièrement vicieux et Sandra Milowanoff superbe Fantine. Certaines scènes (absentes dans la version Bernard) me restent en mémoire. Cosette (A. Rolane) trainant un seau, plus grand qu'elle, jusqu'à la fontaine. Elle voit les arbres se transformer en monstres fantastiques avec des bras et des yeux luisants dans les ténèbres, exactement comme le fera Disney en 1937 dans Blanche-Neige. Autre scène déchirante, Fantine (S. Milowanoff) décidant de se prostituer pour payer la pension de Cosette. Elle sort dans un quartier mal famé de Montreuil-sur-mer, et observe les femmes qui racolent. Elle hésite, sursaute quand un homme la touche au bras, s'éloigne effrayée, puis, plus tard accepte le bras d'un autre client, désabusée. Et finalement, Valjean (G. Gabrio) emmenant Cosette à Paris dans un bouge: la maison semble tout droit sortie d'un conte de Grimm, la masure Gorbeau. Puis leur fuite alors que Javert est à leurs trousses. Valjean réussit à hisser la petite en haut d'un mur alors qu'ils sont pris dans un cul-de-sac...L'utilisation des paysages avec ses arbres au formes déchiquetées et l'arrivée de Valjean au début du film perché sur un pic rocailleux: en une image, le ton du film est donné. Vivement la suite!
Il y a plusieurs scènes fantastiques dans cette dernière partie tournées dans le Paris des années 20. Tout d'abord l'atmosphère des rues aux pavés disjoints avec ses façades aux murs lépreux où gambade un Gavroche qui semble tout droit sorti de 1830. Le guet-apens dans la masure des Thénardiers est une grande réussite avec son clair-obscur et les visages grimaçants de gargouille des malfrats. Gabrio n'est pas aussi émouvant que Harry Baur (dans le film de Raymond Bernard de 1934) mais, il est néanmoins superbe dans la scène des égouts où il transporte Marius sur ses épaules puissantes. Jean Toulout -qui était une spécialiste de rôles de méchants à cette époque- donne un inquiétant relief à Javert. Dans ces deux dernières parties, Sandra Milowanoff joue le rôle de Cosette adulte après avoir tenu celui de Fantine. Elle réussit à nuancer très bien ses deux personnages. Fescourt suit un discourt narratif, certes linéaire, mais qui tient très bien la route grâce à la beauté des images et à la performance des acteurs. Espérons que le film sera bientôt disponible en DVD!!!