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jeudi 23 mars 2017

Dinty 1920

Dinty (Wesley Barry) à droite
Un film de Marshall Neilan avec Wesley Barry, Colleen Moore, Noah Beery et Anna May Wong

Doreen O'Sullivan (C. Moore) quitte son Irlande natale pour San Francisco avec son fils pour y retrouver son époux. Mais, celui-ci est mort dans un accident et elle doit élever son fils seule. Dix ans plus tard, c'est Dinty (W. Barry) qui doit gagner leur vie car sa mère est malade de la tuberculose. Le gamin a fort à faire face aux autres vendeurs de journaux qui lui cherchent querelle...

En 1920, Marshall Neilan est le réalisateur préféré de Mary Pickford et il a conçu pour elle certains de ses plus beaux films comme Stella Maris (1918). Pour Dinty, il décide de faire une star d'un gamin de treize ans jusqu'ici acteur de complément, le petit Wesley Barry. Le gamin couvert de taches de rousseur rappelle le petit Robert Lynen avec son physique de petit moineau malingre et son bagou. Le reste de la distribution est étincelante avec une jeune Colleen Moore - avant qu'elle ne devienne la flappeur des années 20 -, Noah Beery en baron de la drogue de Chinatown et une toute jeune Anna May Wong dans le rôle de l'épouse de l'affreux Beery. Neilan n'hésite pas à réaliser un cocktail détonnant: mélodrame, humour et suspense en ne laissant pas une minute de répis au spectateur. Le début du film pourrait faire croire que nous allons voir un mélodrame social. La pauvre Colleen Moore habite dans un sous-sol avec son fils au petits soins, utilisant toutes sortes d'inventions bricolées pour la soulager comme ce ventilateur qui tourne grace à un robinet d'eau froide. On découvre aussi la dureté des rues de San Francisco où le petit Dinty doit constamment se défendre face à des concurrents qui n'hésitent pas utiliser la violence. Pourtant on ne sombre pas dans la noirceur. On voit le gamin organiser un spectacle avec ses copains pour sa mère où il danse et chante sous les éclairages magnifiques du grand opérateur Charles Rosher. Parallèlement, une intrigue secondaire suit les agissements du roi du trafic d'opium sous les traits (bridés) de Noah Beery qui offre comme toujours la quintescence de l'ignoble traître. La fin du film est haletante avec la police à la poursuite de Noah Beery avec des avions tandis qu'on recherche à Chinatown la fille du juge kidnappée par le même Beery. Le petit Wesley Barry est adorable, plein de charme et offre une performance pleine de naturel et d'humour. Il ne faut pas manquer ce charmant opus de Neilan (où John McDermott n'a réalisé que les séquences de 2ème équipe en Irlande contrairement à ce qu'indique le programme) qui repasse la semaine prochaine à la Fondation Pathé.

jeudi 29 décembre 2016

The Bottle Imp 1917

Lopaka (S. Hayakawa) et Kokua (Lehua Waipahu)
La Bouteille enchantée
Un film de Marshall Neilan avec Sessue Hayakawa, Lehua Waipahu et George Kuwa

Lopaka (S. Hayakawa) un pauvre pêcheur est amoureux de la belle Kokua (L. Waipahu). Mais, son père lui refuse sa main à moins que sa fortune ne s'améliore. Alors Lopaka achète une bouteille enchantée qui pourra réaliser tous ses désirs...

The Bottle Imp est une adaptation d'un roman de Robert Louis Stevenson. On aperçoit d'ailleurs l'auteur au début et à la fin du film qui lit l'histoire à des petits enfants. Lorsque ce film de Marshall Neilan est sorti en salles en mars 1917, le cinéaste Maurice Tourneur est allé le voir à de multiples reprises. Je me demandais ce qui avait pu fasciner à ce point ce metteur en scène. La vision du film donne la réponse. Tout d'abord Marshall Neilan est allé filmer aux îles Hawaï. Pour interpréter les personnages, il n'a utilisé que des acteurs d'origine japonaise comme Hayakawa ou des habitants de Hawaï dont la très jolie et gracieuse Lehua Waipahu. Ensuite, cette histoire féérique a indéniablement une atmosphère toute particulière. Neilan travaille avec l'excellent Walter Stradling derrière la caméra qui filme les paysages hawaïens ainsi que les intérieurs avec beaucoup de style. Maurice Tourneur a toujours eu une fascination pour les îles du pacifique et pour ses habitants dont la vie lui semblait au plus proche de ce devrait être le bonheur de l'homme. Il ira d'ailleurs lui-même plus tard tourner un film (perdu) à Tahiti en 1924 intitulé Never the Twain Shall Meet (Frontière humaine, 1925). Marshall Neilan est sans aucun doute un des réalisateurs les plus intéressants de cette période. Mary Pickford ne s'y trompe pas quand elle choisit de travailler avec lui. Elle a tourné pas moins de cinq films avec lui qui sont tous remarquables, en particulier Stella Maris (1918). The Bottle Imp a survécu sous la forme d'une copie française qui est quasiment complète à part le générique et les scènes du début. La qualité de l'image est correcte et permet d'apprécier le travail de l'opérateur. Sessue Hayakawa était déjà un acteur confirmé en 1917. Il a déjà travaillé chez Thomas H. Ince et pour Cecil B. DeMille et grâce à Neilan, il échappe aux stéréotypes sur les asiatiques puisqu'il est ici le héros de cette histoire. Ce conte de fées avec une bouteille enchantée rappelle les contes des mille et une nuit. Lopaka va pouvoir obtenir la richesse et la main de Kokua et pourtant, la possession de la bouteille a un revers. Il doit la revendre pour un prix inférieur ou il risque de perdre son âme en mourant. La morale de l'histoire est simple: l'argent ne fait pas le bonheur. Lopaka ne peut plus se passer de sa bouteille enchantée bien que celle-ci le rend peu à peu malade. Il ne pourra retrouver le bonheur qu'après l'avoir revendue. Son nouveau propriétaire meurt et la bouteille disparaît enfin avec le dieu des volcans qu'elle renfermait. Il se retrouve à nouveau sans le sou, mais avec Kokua à ses côtés. Au total, c'est un excellent film qui mérite amplement le déplacement.

samedi 28 juillet 2012

Amarilly of Clothes-Line Alley 1918

Un film de Marshall Neilan avec Mary Pickford, Norman Kerry et William Scott

Amarilly Jenkins (M. Pickford) vit dans un quartier pauvre de New York avec sa mère et ses frères. Elle travaille comme femme de ménage dans un théâtre avant de se faire renvoyer. Son petit ami Terry (W. Scott) lui obtient un job dans le bar où il travaille...

Ce film de Marshall Neilan écrit par Frances Marion appartient à la meilleure période de Mary Pickford. Elle est ici une fille du peuple d'origine irlandaise au verbe fleuri (comme le montrent joliment les intertitres). On pourrait l'appeler une Arletty des faubourgs new-yorkais. Elle est tout de go et pas snob pour un sou. Sa rencontre un soir avec Gordon Philips (N. Kerry), un fils à papa qui passe son temps à faire la fête va la mener dans le grand monde. Mais, elle s'y sent mal à l'aise dès le début. Et la mère de Gordon va faire de son mieux pour qu'elle se sente humiliée. Elle invite sa mère et ses frères pour un thé très chic. La marmaille turbulente de Mrs Jenkins a tôt fait de semer le trouble parmi les richissimes amies. Et le comble est atteint quand Mrs Jenkins elle-même se mêt à danser la gigue iralandaise avec le majordome de la maison. On l'a compris le film se moque des différences sociales avec humour. Et Amarilly retournera dans sa 'ruelle des cordes à linge' comme l'indique le titre. La vie y est finalement bien plus agréable et Terry, son petit ami est bien plus sérieux que ce snob de Gordon. Comme toujours dans les films de la Mary Pickford Company, les décors sont d'un réalisme troublant. Les bas-quartiers new-yorkais semblent réels. Les acteurs sont tous excellents et en premier lieu, Mary Pickford qui donne à son Amarilly charme et fantaisie.

mardi 24 juillet 2012

Stella Maris 1918

Un film de Marshall Neilan avec Mary Pickford, Conway Tearle, Marcia Manon et Josephine Crowell

A Londres, Stella Maris (M. Pickford) est condamnée à rester au lit suite à une maladie invalidante. Ses parents la protège du monde extérieur. Elle reçoit régulièrement la visite de John Risca (C. Tearle) qui cache un lourd secret. Sa femme Louise (M. Manon) est alcoolique et droguée. Cette dernière embauche une orpheline disgraciée, Unity Blake (M. Pickford) pour lui servir de domestique...

Stella Maris est sans aucun doute une des plus belles créations de Mary Pickford. Sous la direction d'un de ses metteurs en scène favoris, Marshall Neilan, elle interprète un double rôle avec un talent époustouflant. Elle est d'abord la belle Mary qui ne connaissont tous, en invalide riche et cloîtrée qui imagine un monde merveilleux et sans défaut. De l'autre, elle est une petite fille sans beauté, légèrement bossue, qui n'a jamais reçu d'affection de quiconque. C'est dans ce second rôle que Mary réussit une composition éblouissante. Elle ne porte que très peu de maquillage, mais suggère la laideur de son personnage par un léger tic nerveux et par sa posture. Au delà de la simple performance, le film est une plongée dans un univers Dickensien sans concession. Unity est une orpheline qui est rejetée par tous. Employée comme domestique par Louise Risca, elle est victime de la violence et de la cruauté de celle-ci qui la bat avec un tison. Laissant sa victime recroquevillée au sol, elle est arrêtée par la police. Le film atteint un sommet impressionnant avec le meurtre de Louise par Unity. Elle se sacrifie pour éliminer cette femme malfaisante qui a détruit le bonheur de John Risca qu'elle aime secrètement et sans espoir. La scène du meurtre semble annoncer le film noir avec l'éclair de lumière qui illumine le regard de Unity allant vers sa victime. La tension est à son comble. La photo de Walter Stradling est une petite merveille. Même si le film se termine sur une note gaie, on gardera longtemps en mémoire le personnage bouleversant d'Unity Blake.

samedi 30 juin 2012

M'liss 1918

L'enfant de la forêt
Un film de Marshall Neilan avec Mary Pickford, Thomas Meighan, Tully Marshall et Theodore Roberts

Melissa Smith (M. Pickford), dite M'liss, vit avec son vieux père Bummer Smith (T. Roberts). Elle se comporte en sauvageonne, attaque la diligence avec son lance-pierre et ne fréquente pas l'école. Mais l'arrivée d'un nouveau maître d'école (T. Meighan) va la faire changer d'idée...

Charles Gray (T. Meighan)
Cette parodie de western est une adaptation de Bert Harte qui a produit nombres d'oeuvres westerniennes adaptées au cinéma comme Tennessee's Pardner. La scénariste Frances Marion, la collaboratrice habituelle de Mary Pickford à l'époque, va en faire une version comique tout à fait réussie. Retournant les situations habituelles du western, le héros déliquant juvénile est ici une héroïne. M'liss se comporte comme un petit vaurien et ne respecte aucune autorité. La figure de la 'schoolmarm' est ici remplacé par un maître d'école sous la forme de l'élégant Thomas Meighan, acteur alors très actif chez Cecil B. DeMille où il apparaît dans Kindling (1915), The Trail of the Lonesome Pine (1916) et dans nombres de comédies avec Gloria Swanson. Pickford bénéficie également d'un casting de choix pour les seconds rôles où l'on reconnaît ce grand cabot de Theodore Roberts (autre acteur de DeMille) et l'inusable Tully Marshall en juge excentrique et incompétent. 
Juge McSnagley (T. Marshall)
L'intrigue, extrêmement bien construite, nous conte la vie de M'liss dans une petite ville minière du nord de la Californie. Son vieux père ne songe plus qu'à dormir avec sa poule favorite et à engloutir des litres de whisky. L'arrivée du séduisant maître d'école, Charles Gray va la décider à se rendre à l'école dans un accoutrement qu'elle croit à la mode (avec les plumes de la poule sur son chapeau!). Mais, l'intrigue tourne au drame lorsque son père est assassiné subitement d'un coup de couteau. Les soupçons se portent sur Charles Gray qui l'a vu le dernier en vie. M'liss va tout faire pour le sortir de ce mauvais pas grâce à l'aide du conducteur de la diligence (Charles Ogle). Tous les éléments westerniens sont réunis : la ville minière, la diligence, les milices de lyncheurs, etc. Mais, les éléments sont subtilement détournés comme dans l'excellent Wild and Woolly (1917, J. Emerson) où Fairbanks apporte beaucoup de fraîcheur à sa vision westernienne. La séquence du procès présidé par l'inénarrable juge Joshua McSnagley (un Tully Marchall en grande forme) tourne finalement à la comédie. Le film a été tourné près de Boulder Creek dans le nord de la Califonie. Et les images sont signées du britannique Walter Stradling (l'oncle d'harry Stradling) qui nous offre des paysages et des gros plans de toute beauté. Mary Pickford donne à son personne brio, exubérance et énergie. Cette adolescente presqu'adulte le devient plus vite que prévu suite à la mort de son père. Ce thème sera de nouveau exploité dans ce petit chef d'oeuvre qu'est Heart o' the Hills (1919, S. Franklin). Un Mary Pickford de très grande qualité.