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lundi 27 janvier 2020

Journée Maurice Tourneur à la Fondation Pathé le 3 mars 2020

Le mardi 3 mars 2020 à 19h, la Fondation Jérôme Seydoux-Pathé présentera pour la première fois à Paris la nouvelle restauration de The Broken Butterfly (Papillon meurtri, 1919) un film produit et réalisé par Maurice Tourneur en Californie:
Pauline Starke dans The Broken Butterfly
Je serai là pour le présenter ainsi que The Last of the Mohicans (Le Dernier des Mohicans, 1920) co-réalisé par Clarence Brown.
Barbara Bedford dans The Last of the Mohicans

mercredi 12 juin 2019

Travail 1919

Luc Froment (Léon Mathot)
Un film en 7 épisodes d'Henri Pouctal avec Léon Mathot, Huguette Duflos, Raphaël Duflos, Camille Bert, Marc Gérard et Claude Mérelle

L'ingénieur Luc Froment (L. Mathot) est appelé par son ami Martial Jordan (M. Gérard) qui possède une mine et une aciérie pour expertiser sa propriété. Froment découvre la misère et le labeur des ouvriers qui sortent tout juste d'une longue grève dans l'usine sidérurgique voisine. Il décide de prendre en charge la mine et l'aciérie en y développant une nouvelle vision moderne du travail où les ouvriers peuvent vivre correctement...

(1860-1922)
Ce magnifique film adapté d'Emile Zola est une des oeuvres majeures du cinéma muet français. Le metteur en scène Henri Pouctal y fait montre d'un talent de conteur et d'un lyrisme remarquable. Je ne connaissais jusqu'à présent le film que sous la forme d'une version de 2h30 très condensée. La Fondation Pathé a eu l'excellente idée de programmer la version complète en 7 parties qui démontre, encore mieux que la version courte, l'ampleur, le souffle et la maîtrise de ce réalisateur oublié. Tourné en grande partie au Creusot, le film conjugue une vision documentaire du travail des ouvriers sidérurgistes avec une vision chorale des personnages de Zola dans toutes les classes de la société. Grâce à sa durée, Pouctal peut aisément dresser le portrait des multiples personnages qui peuplent le roman. Luc Froment, l'ingénieur qui vient de Paris, nous fait découvrir pas à pas le petit peuple de la vieille ville du Vieux Beauclair avec ses petites rues insalubres, sa rivière polluée et les bistrots où les ouvriers viennent dépenser leur paie avant même de nourrir leur famille. Puis, nous découvrons la classe dominante où se croisent un directeur d'usine dévoué et des fils de famille qui dilapident la fortune familiale. Ces deux sociétés ne se croisent jamais - ou presque- et le seul qui fait le lien entre ces deux mondes, c'est l'ingénieur venu d'ailleurs. Il découvre rapidement les conditions inhumaines faites aux ouvriers avec leur maigre paie, leur habitat insalubre, l'alcoolisme et la violence. Pétri d'idéalisme, Froment décide de construire une cité ouvrière modèle où chaque famille aura un petit jardin où cultiver ses légumes, une maison neuve et l'accès à la culture avec une école et une bibliothèque. Mais, cette belle création va heurter les bourgeois qui vivent de la misère du bas peuple, en particulier les commerçants et patrons de bistrots poussés par les propriétaires de l'usine voisine. Il est traîné en justice pour avoir capté l'eau (polluée) de la rivière pour son usine. Bien qu'il gagne son procès, il traverse la ville sous les huées, les jets de pierre et les crachats d'un peuple qui ne reconnaît pas son oeuvre. Au sein de chaque communauté, évitant le manichéisme, on trouve des hommes et femmes généreux et d'autres pétris de mépris ou de haine. Froment reste, en quelques sortes, en retrait comme un étranger. Il observe avec bonheur que les enfants de toutes les classes peuvent se retrouver en cachette pour jouer ensemble en évitant le mépris de classe des adultes. Le montage du film est extrêmement élaboré pour l'époque, conjuguant flash-backs, montage parallèle et court inserts qui montre l'acier en train d'être forgé. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si l'usine dont s'occupe Froment forge des rails et des charpentes métalliques quand son concurrent se concentre sur les canons et les obus. Les trois premières parties de ce film sont absolument magistrales. Je ne verrais malheureusement pas les quatre dernières parties. Mais le film sera certainement projeté de nouveau un de ces jours et il faut y courir!
Josine (H. Duflos) remercie Luc (L. Mathot)

vendredi 17 mai 2019

The Mystery of the Yellow Room 1919

Le Mystère de la chambre jaune
Un film d'Emile Chautard avec William S. Wallcot, Edmund Elton, George Cowl, Lorin Raker et Ethel Grey Terry

La fille du professeur Stangerson (E. Grey Terry) a été agressée dans une pièce fermée de l'intérieur. Le policier Larsan (G. Cowl) et le jeune journaliste Rouletabille (L. Raker) enquêtent...

E. Chautard (1864-1934)
Emile Chautard fait partie de ces cinéastes européens émigrés en Amérique qui ont presque totalement disparu des radars. Pourtant, il a été le mentor de deux des plus grands réalisateurs de l'histoire du cinéma. En 1912, il prend sous son aile un acteur qui débute à la société Eclair et favorise son passage à la réalisation. Maurice Tourneur a appris son métier en tant qu'assistant à ses côtés avant de voler de ses propres ailes dès 1913. Arrivé en Amérique en 1915, Chautard emploie un nommé Joe Stern comme assistant. Il deviendra plus tard célèbre sous le nom de Josef von Sternberg. Il aurait d'ailleurs participé au tournage de cette version du roman de Gaston Leroux en 1919 en tant qu'assistant. Si Chautard est tant méconnu, c'est que fort peu de ses films ont survécu. C'est donc une formidable opportunité de pouvoir se faire une opinion sur ce cinéaste que cette projection d'une copie de The Mystery of the Yellow Room restaurée récemment. Tourné sur la Côte Est, ce film n'a aucune star à l'affiche, mais des comédiens bien choisis pour leurs emplois respectifs. Le jeune Lorin Raker incarne un Rouletabille agile et poupin et George Cowl (qui fut longtemps l'assistant de Tourneur) est un Larsan distingué. Maîtrisant son récit, Chautard s'offre deci-delà quelques plans étonnants comme cette vue en plongée de la chambre jaune avec Mathilde Stangerson au sol après l'agression. Ne laissant aucun temps mort, nous suivons les investigations de Rouletabille qui cherche sans relâche le coupable. Si la résolution de l'énigme lors du procès final donne lieu à des cartons d'intertitres bien trop verbeux, le reste du film est parfaitement calibré pour maintenir le suspense jusqu'à la dernière bobine. La photo de l'opérateur français Jacques Bizeul est de belle qualité, mais si elle fut considérée comme juste adéquate par la presse corporative de l'époque. On ne peut qu'espérer que d'autres films de Chautard referont surface pour rendre hommage à ce pionnier qui à partir de 1927 dut se contenter de jouer les rôles de complément dans les films de certains de ses anciens élèves.

lundi 12 mars 2018

Le cinéma muet de Maurice Tourneur à la Fondation Pathé du 4 avril au 1er mai 2018

La Fondation Jérôme Seydoux-Pathé au 73 avenue des Gobelins, Paris 13 ème (M° Place d'Italie) propose une programmation autour des films muets de Maurice Tourneur. Il y aura un certain nombre de raretés inédites. En outre, je présenterai une conférence sur le cinéma muet de Tourneur le mardi 10 avril à 19h. Venez nombreux découvrir Prunella (1918) et d'autres raretés délectables de 1916!

jeudi 25 janvier 2018

Tih Minh 1918 (II)

Jacques d'Athys (R. Cresté), Sir Francis Grey (E. Mathé) et Placide (G. Biscot)
à la poursuite des espions
Un sérial en 12 épisodes de Louis Feuillade avec Mary Harald, René Cresté, Georges Biscot, Georgette Faraboni, Gaston Michel, Louis Leubas, Edouard Mathé et Jeanne Rollette

Jacques d'Athys (R. Cresté) aidé de son ami Sir Francis Grey (E. Mathé) poursuivent Kistna (L. Leubas) et Gilson (G. Michel) qui n'ont pas réussi à s'emparer du précieux document détenu par d'Athys...

Louis Feuillade (contre le poteau) face à R. Cresté, E. Mathé et G. Biscot
Pour les derniers épisodes, Feuillade utilise de manière remarquable la géographie tourmentée de l'arrière-pays niçois. Sur les routes en lacet flanquées de ravins vertigineux, nos héros poursuivent les dangereux criminels à pied, en voiture ou même en wagonnet suspendu! Le metteur en scène n'hésite pas faire escalader des façades de grand hôtel à ses acteurs et à précipiter la malheureuse Tih Minh dans un ravin enfermée dans un panier d'osier. Il multiplie les cascades les plus dangereuses qui tiennent en haleine le spectateur jusqu'à la dernière minute. L'une d'elle est proprement ahurissante. Tih Minh a été précipité par dessus une balustrade par un des criminels. Elle est suspendue par les mains, elle tombe dans le vide et comme par miracle atterrit dans les bras de Dolores qui passait justement pas là! Nos héros n'ont finalement pas à commettre de meurtre pour éliminer les méchants: ils s'entretuent, meurent dans des accidents ou se suicident. La police n'est pas une seule fois impliquée dans cette lutte contre les espions étrangers. Seul un diplomate britannique interprété par Edouard Mathé les aide dans cette tache. On a l'impression que Feuillade improvise des rebondissements en fonction des lieux de tournage tel un feuilletoniste chevronné. Il se permet même d'apparaître quelques secondes alors que nos héros vont embarquer dans un wagonnet pour traverser un ravin. Feuillade n'est pas le premier metteur en scène à faire ce genre de caméo; Maurice Tourneur et Albert Capellani l'avaient fait avant lui. C'est cependant une image émouvante de voir Feuillade discutant avec ses trois interprètes et leur indiquant de monter dans le wagonnet. Décidément Tih Minh est un sérial réellement enthousiasmant. Espérons qu'il sera un jour disponible en DVD.

jeudi 18 janvier 2018

Tih Minh 1918 (I)

Tih Minh (Mary Harald) droguée par le trio criminel composé de la
Marquise Dolorès (G. Faraboni), Kistna (L. Leubas) et Gilson (G. Michel)
Un sérial en 12 épisodes de Louis Feuillade avec Mary Harald, René Cresté, Georges Biscot, Georgette Faraboni, Gaston Michel, Louis Leubas, Edouard Mathé et Jeanne Rollette

Jacques d'Athys (R. Cresté) revient d'une long voyage en Indo-Chine avec sa fiancée, la jeune Annamite Tih Minh (M. Harald). Il transporte à son insu un document précieux que convoite trois dangereux criminels...

Tih Minh (Mary Harald) en Indochine
J'avais déjà parlé de ce magnifique sérial de Louis Feuillade, il y a quelques années. Il n'est malheureusement que rarement projeté et Gaumont n'a pas jugé utile de le sortir en DVD. Il est en ce moment présenté à la Fondation Jérôme Seydoux-Pathé et c'est une occasion unique de revoir dans d'excellentes conditions cette superbe réussite. Le charme du film est dû pour une large part aux interprètes principaux, René Cresté et Mary Harald. Cresté était déjà une star grâce à Judex (1917) alors que la jeune Mary Harald était une inconnue. Je l'ai crue longtemps britannique à cause de son patronyme. Mais, j'avais tort. Mary est née à Hong-Chong (Viêt-Nam) d'un père français et d'une mère annamite, comme on nommait alors les habitants du Viêt-Nam. La fiction suit la réalité de près car le nom de son personnage, Tih Minh, était - si on en croit la presse - le véritable nom de sa mère. Feuillade était un véritable découvreur de talents. Mary Harald, tout comme Sandra Milowanoff, est une actrice d'un grand naturel qui venait de la danse. Elle se retrouve au centre d'une intrigue criminelle où les rebondissements se suivent à une grande rapidité: kidnappings, courses en automobile, meurtres, vols. Le trio de criminels ne lésinent pas sur les moyens et nos héros n'hésitent pas à dégainer leurs révolvers personnels pour s'en débarrasser. La police n'est jamais convoquée pour aider à leur arrestation. Jacques d'Athys (R. Cresté) agit seul avec ses amis le diplomate Sir Francis Grey (E. Mathé) et son domestique Placide (G. Biscot). Nous apprenons finalement que les trois criminels sont des agents de l'Allemagne... Le film a été tourné en 1918, avant l'Armistice. On peut reprocher à Feuillade une psychologie sommaire des personnages. Mais le rythme trépidant de ce sérial tourné entièrement sur la Côte d'Azur nous fait oublier bien vite ses limitations. Et le film prend même un tour quasiment onirique avec la séquence à la Villa Circé où un groupe de femmes, ayant perdu la raison suite l'absorption d'une drogue, court dans le jardin de la villa en chemises blanches. Les acteurs effectuent de nombreuses cascades eux-mêmes comme des escalades de façade de villa par les tuyaux de gouttières et des bagarres en voiture. Tih Minh  a décidément un charme tout à fait particulier. A suivre!

jeudi 1 juin 2017

Fanchon The Cricket 1915

Fanchon le criquet

Un film de James Kirkwood avec Mary Pickford, Lottie Pickford, Jack Standing et Jack Pickford

Fanchon (M. Pickford) vit dans les bois avec sa grand-mère. La sauvageonne voudrait bien être acceptée par les jeunes du village. Mais, sa grand-mère est considérée comme une sorcière...

Cette adaptation de La Petite Fadette de George Sand donne à Mary Pickford un rôle de sauvageonne qu'elle affectionnait particulièrement. Si James Kirkwood n'est pas un grand réalisateur, il a avec lui un excellent opérateur en la personne d'Ed Wynard. Le film a été tourné pratiquement entièrement en extérieurs à Water Gap (Delaware) et permet à cet opérateur des prises de vue absolument magnifiques de sous-bois, lacs et rivières comme cette étonnante scène finale où Mary émerge d'un champ de seigle secoué par le vent. Le film repose entièrement sur les épaules de Mary qui fanfaronne, se bat avec des garçons et des filles et se jette à l'eau pour sauver son ami Landry. Avec un enthousiasme communicatif, elle construit un personnage particulièrement attachant qui ne supporte plus d'être isolée loin des autres. Le film permet aussi de voir ensemble Mary avec son frère Jack - qui fera une belle carrière d'acteur - et sa soeur Lottie, qui restera dans l'ombre. Mary se bat avec eux avec une belle frénésie. Il y a une jolie anecdote sur le tournage de ce film. Fred et Adèle Astaire séjournait dans le même hôtel à Water Gap que l'équipe du film. Ils purent ainsi assister au tournage de certaines séquences et cela suscita chez Fred le désir de faire un jour du cinéma. Fanchon the Cricket a été restauré en 4K par la Cinémathèque française et la Mary Pickford Foundation. La CF a projeté hier une version française de ce film. Il existe également une version anglaise conservée par la Fondation MP.

jeudi 29 décembre 2016

The Eternal Grind 1916

L'Ange gardien
Un film de John O'Brien avec Mary Pickford, John Bowers, Loretta Blake et Dorothy West

Louise (M. Pickford) travaille dans un sweatshop pour un salaire de misère tout en ayant la charge de ses deux soeurs. Jane (D. West) ne songe qu'à échapper à son sort en devenant la maîtresse d'un fils de famille alors qu'Amy (L. Blake) souffre de la tuberculose...

Considéré longtemps comme perdu, ce film de Mary Pickford réalisé par John O'Brien a refait surface sous la forme d'une copie française très incomplète à la Cinémathèque française. La copie est teintée et de très belle qualité. Malheureusement, les meilleurs moments du film se trouvent à la fin de la copie et sont manquants. Il doit manquer environ 1/3 du film (env. 2 bobines) et nous sommes privés des scènes les plus dramatiques de ce mélodrame à tendance sociale. Mary Pickford a très souvent joué des rôles de filles du peuple et elle est ici une ouvrière du textile, sous payée et harcelée par le contremaître. Ce type de sujet avait été également abordé par le talentueux John H. Collins dans Children of Eve (1915). Malheureusement, John O'Brien n'est pas un réalisateur du calibre de Maurice Tourneur, de Marshall Neilan ou de Sidney Franklin pour ne citer que quelques uns des réalisateurs de Pickford dans les années 1910. Il se contente de filmer les événements de manière académique et le film repose entièrement sur les épaules de la star. Mary sait parfaitement comment donner à son personnage la conviction nécessaire que ce soit durant le petit déjeuner qu'elle prépare à la va-vite ou lorsqu'elle déjeune d'un morceau de pain assise sur sa machine à coudre. Reprenant un poncif de ce type de mélo, elle tombe amoureuse sans le savoir du fils de son patron, joué par le jeune John Bowers, futur interprète de Lorna Doone (1922) de M. Tourneur. Juste au moment où l'intrigue commence à se corser, la copie se termine. Dans les scènes manquantes, Mary fait preuve d'une grande autorité puisqu'elle menace d'un révolver le vil séducteur de sa soeur et le force à épouser celle-ci pour réparer le mal qu'il a fait. Puis, le plancher du sweatshop s'effondre provoquant de nombreux morts et blessés. Cette dernière rapppelle cruellement une actualité brûlante dans certains pays où les ouvrières sont toujours exploitées de façon éhontée. On ne peut que regretter que l'absence de cette fin qui aurait peut-être donné au film un tout autre relief.

The Bottle Imp 1917

Lopaka (S. Hayakawa) et Kokua (Lehua Waipahu)
La Bouteille enchantée
Un film de Marshall Neilan avec Sessue Hayakawa, Lehua Waipahu et George Kuwa

Lopaka (S. Hayakawa) un pauvre pêcheur est amoureux de la belle Kokua (L. Waipahu). Mais, son père lui refuse sa main à moins que sa fortune ne s'améliore. Alors Lopaka achète une bouteille enchantée qui pourra réaliser tous ses désirs...

The Bottle Imp est une adaptation d'un roman de Robert Louis Stevenson. On aperçoit d'ailleurs l'auteur au début et à la fin du film qui lit l'histoire à des petits enfants. Lorsque ce film de Marshall Neilan est sorti en salles en mars 1917, le cinéaste Maurice Tourneur est allé le voir à de multiples reprises. Je me demandais ce qui avait pu fasciner à ce point ce metteur en scène. La vision du film donne la réponse. Tout d'abord Marshall Neilan est allé filmer aux îles Hawaï. Pour interpréter les personnages, il n'a utilisé que des acteurs d'origine japonaise comme Hayakawa ou des habitants de Hawaï dont la très jolie et gracieuse Lehua Waipahu. Ensuite, cette histoire féérique a indéniablement une atmosphère toute particulière. Neilan travaille avec l'excellent Walter Stradling derrière la caméra qui filme les paysages hawaïens ainsi que les intérieurs avec beaucoup de style. Maurice Tourneur a toujours eu une fascination pour les îles du pacifique et pour ses habitants dont la vie lui semblait au plus proche de ce devrait être le bonheur de l'homme. Il ira d'ailleurs lui-même plus tard tourner un film (perdu) à Tahiti en 1924 intitulé Never the Twain Shall Meet (Frontière humaine, 1925). Marshall Neilan est sans aucun doute un des réalisateurs les plus intéressants de cette période. Mary Pickford ne s'y trompe pas quand elle choisit de travailler avec lui. Elle a tourné pas moins de cinq films avec lui qui sont tous remarquables, en particulier Stella Maris (1918). The Bottle Imp a survécu sous la forme d'une copie française qui est quasiment complète à part le générique et les scènes du début. La qualité de l'image est correcte et permet d'apprécier le travail de l'opérateur. Sessue Hayakawa était déjà un acteur confirmé en 1917. Il a déjà travaillé chez Thomas H. Ince et pour Cecil B. DeMille et grâce à Neilan, il échappe aux stéréotypes sur les asiatiques puisqu'il est ici le héros de cette histoire. Ce conte de fées avec une bouteille enchantée rappelle les contes des mille et une nuit. Lopaka va pouvoir obtenir la richesse et la main de Kokua et pourtant, la possession de la bouteille a un revers. Il doit la revendre pour un prix inférieur ou il risque de perdre son âme en mourant. La morale de l'histoire est simple: l'argent ne fait pas le bonheur. Lopaka ne peut plus se passer de sa bouteille enchantée bien que celle-ci le rend peu à peu malade. Il ne pourra retrouver le bonheur qu'après l'avoir revendue. Son nouveau propriétaire meurt et la bouteille disparaît enfin avec le dieu des volcans qu'elle renfermait. Il se retrouve à nouveau sans le sou, mais avec Kokua à ses côtés. Au total, c'est un excellent film qui mérite amplement le déplacement.

vendredi 6 mai 2016

Maurice Tourneur - Réalisateur sans frontières (IX)


Une nouvelle critique de ma biographie de Maurice Tourneur a été publiée dans la revue Jeune Cinéma N° 373 de mai 2016 sous la plume de Philippe Roger:



lundi 18 janvier 2016

Maurice Tourneur - Réalisateur sans frontières (VIII)


Vous pouvez maintenant lire mon interview à propos de Maurice Tourneur sur le site Yuzu Melodies. Bonne lecture!

mercredi 6 janvier 2016

Albert Capellani - Pioneer of the Silent Screen (V)

And yet another great review by silent film historian Scott Eyman in the Jan-Feb 2016 issue of Film Comment:

Albert Capellani - Pioneer of the Silent Screen (IV)



A new reader's review on Amazon.com:

Catmommie wrote on Jan 4, 2016:

Christine Leteux’s biography of French film pioneer Albert Capellani is a welcome addition to the film history bookshelves. Biographical information on early film innovators is not thick on the ground and what is available is often suspect. The author has done a remarkable job of researching the available details and weaving them into a coherent whole—she has also done a remarkable job of not reading more into her material than is there, which can be even more difficult. (I would love to know how Capellani went from being an accountant one month to being a film director one month later, but that is probably something we’ll never know.) The book has a complete filmography; it’s no surprise that most of Capellani’s films are lost, but some are, thankfully, available. For those interested in early film history this book is highly recommended.

lundi 21 décembre 2015

Albert Capellani - Pioneer of the Silent Screen (III)


A new review of my Capellani biography from amazon.com:

A Great Read by Rick Lanham (Dec 20, 2015)
Mr. Capellani was previously unknown to me. The author has made this formerly-obscure film director better known by gathering all available information about his life and work. This includes the history of his family and the companies where he worked. The book gives a great over-view of the film industry of that time. Mr. Capellani's talents seem to outshine those of many of his contemporaries. I found the book to be a great read and hope that more Capellani films will be re-discovered, restored, and made available. Since reading the book, I've discovered some of his entertaining short films on YouTube. I look forward to seeing more.

dimanche 13 décembre 2015

The Dream Lady 1918

Jerrold (P. McCullough), Rosamund (Carmel Myers) et John Squire (T. Holding)

Pourquoi pas?
Un film de Elsie Jane Wilson avec Carmel Myers, Thomas Holding, Philo McCullough et Kathleen Emerson

L'orpheline Rosamund (C. Myers) hérite de la fortune de son oncle à son décès. Elle décide qu'elle réalisera tous ses rêves les plus chers. Elle commence par acheter une cabane en bois et par devenir - par jeu - une diseuse de bonne aventure, histoire d'accomplir les voeux de ses clients...

Cette charmante comédie produite par Bluebird Photoplays a été réalisée l'actrice Elsie Jane Wilson qui était passée à la réalisation. L'actrice principale Carmel Myers, qui avait été découverte par D.W. Griffith, incarne avec un charme infini une jeune fille délurée et généreuse qui cherche à réaliser ses rêves en même tant que ceux des autres. C'est ainsi qu'elle recueille une petite orpheline ou qu'elle aide une jeune femme mécontente de son sexe à se travestir en garçon. La liberté de ton et  les surprises de l'intrigue sont pour beaucoup dans le charme de ce petit film. Comme pour Cendrillon, elle rencontrera son prince charmant sous la forme d'un voisin après s'être fourvoyée auprès d'un escroc. Un film qui illustre superbement la liberté de ton des films américains des années 1910 avant que les studios n'imposent une standardisation pernicieuse pour les réalisateurs. Lors de la projection à la Fondation Pathé, Nicolas Worms a proposé un excellent accompagnement au piano en citant avec à propos "Un jour mon prince viendra..."

Shoes 1916

Charlie (William Mong) et Eva (Mary MacLaren à droite)

Un film de Lois Weber avec Mary MacLaren, Harry Griffith, Mrs. Witting et William Mong

Eva (M. MacLaren) qui travaille comme vendeuse est le seul soutien financier de sa famille. Son père est chômeur. Ses chaussures sont en lambeaux et elle a désespérement besoin d'une nouvelle paire...

La cinéaste Lois Weber est renommée pour ses films sociaux tels que The Blot (1921) sur la vie difficile des enseignants, Where are my Children? (1916) sur l'avortement ou Social Hypocrites (1915) sur l'hypocrisie des bien-pensants. Dans Shoes, son sujet et plus modeste mais néanmoins poignant. Une jeune vendeuse sans le sou qui supporte toute seule sa famille est incapable de s'acheter une nouvelle paire de chaussures car ses maigres revenus sont avalés par ses parents et ses soeurs. Sa vie est une succession d'humiliations et de souffrances. Il n'y a qu'une seule issue dans ce cauchemar: accepter de coucher avec un chanteur de cabaret qui lui paira cette paire de chaussures qui lui sont absolument nécessaires. C'est ce qu'elle se résigne à faire après avoir souffert mille morts derrière son comptoir dans des chaussures percées et détrempées, debout toute la journée. Lois Weber ne cherche aucun élément comique pour atténuer l'atmosphère tragique de son film contrairement à certaines productions contemporaines de Mary Pickford. Le film suit pas à pas les longues journées d'Eva (jouée avec beaucoup de naturel par Mary MacLaren) derrière son comptoir ou partie déjeuner d'un sandwitch sur un banc avant de rentrer épuisée chez elle où son père se prélasse au lit en lisant des romans de gares. Le film se veut une dénonciation d'une société où des jeunes femmes doivent vendre leur corps pour s'acheter une simple paire de chaussures. Une grande réussite de Lois Weber.

lundi 7 décembre 2015

Albert Capellani - Pioneer of the Silent Screen (II)


Here is the first review of my Capellani biography on the Shepherd Express

"Silent Cinema Pioneer" by David Luhrssen
D.W. Griffith has gotten all the credit for developing the grammar and syntax of cinema, but recent years have seen research showing that other filmmakers around the world were working toward (and probably reaching) those same breakthroughs. According to Christine Leteux, one of the most important overlooked innovators was a Frenchman who directed many of his country’s early shorts, rose to a creative peak before World War I cut him short, worked in Hollywood after being discharged from the military for poor health and returned home to obscurity.Albert Capellani: Pioneer of the Silent Screen (University Press of Kentucky) is a short work on an important subject made possible by the increasing number of lost films from the early 20th century that have been rediscovered or reconstructed. The author of a previous book on silent director Maurice Tourneur, Leteux has examined Capellani’s surviving work and found that he directed France’s first full-length feature film and was in the vanguard for his use of split screens, 180 degree panoramas and intelligent mixes of studio and location shots. “In comparison, D.W. Griffith was just starting to shoot his first picture… which has none of the sophistication shown by Capellani” in his 1908 detective movie, L’Homme aux gants blancs.Capellani’s death in 1931 was scarcely noticed. Ill health had sidelined him for years and he advent of talking pictures swept away memories of his work. Movies were usually regarded as ephemeral during his lifetime, but from the vantage of today, they represent one of the great new art forms made possible by advances in technology. Leteux shows that Capellani brought an understanding of technical possibilities together with a respect for the art of storytelling.

dimanche 6 décembre 2015

Maurice Tourneur - Réalisateur sans frontières (VII)



Une nouvelle critique de ma biographie de Maurice Tourneur sur
Maurice Tourneur a été l’un des cinéastes les plus importants d’Hollywood, au tournant de 1920. Maurice Tourneur est aussi l’un des grands cinéastes français les plus méconnus aujourd’hui. Un double-constat qui méritait bien une biographie, que signe avec passion et érudition Christine Leteux, déjà traductrice de La Parade est passée (le bel hommage de Kevin Brownlow au cinéma muet) et créatrice d’un blog passionnant consacré au muet et au début du parlant (Ann Harding’s treasures).
La forme est classique : de l’enfance parisienne de Maurice Tourneur à ses dernières années, le récit est strictement chronologique, et tourne majoritairement autour de la filmographie du cinéaste. Mais à travers ce parcours hors du commun, c’est tout un pan de l’histoire du cinéma qui revit au fil des pages (plus de 500, qui se dévorent avec passion et gourmandise).
La jeunesse de Maurice à Paris où, apprenti peintre, il pose pour Puvis de Chavanne. Ses débuts sur scène où il se fait un nom comme metteur en scène. Son départ pour Hollywood en 1914, les critiques qui ont suivi en France où certains lui ont violemment reproché de s’enrichir pendant que ses compatriotes se font tuer au front. Ses années de gloire où il dirige Mary Pickford et devient l’un des cinéastes les plus admirés d’Hollywood. Son retour en France au début du parlant, son parcours chaotique, son implication au sein de la firme Continental durant l’Occupation où il réalisera l’un des grands classiques du fantastique français (La Main du Diable)…
C’est l’homme aussi qui se dessine : ses comportement discutés durant les deux guerres, les femmes de sa vie, les frustrations du cinéaste privé de caméra à son retour en France puis dans ses dernières années, ou encore ses rapports tendres avec son fils Jacques. Devenu lui-même un grand cinéaste à Hollywood, sa réussite ravivera les regrets de Maurice, qui gardera jusqu’à la fin la nostalgie de ses années américaines, celles de la flamboyance et de la liberté.
* Maurice Tourneur, réalisateur sans frontières, de Christine Leteux, est publié dans la collection La Muse Celluloïd de La Tour Verte.

vendredi 20 novembre 2015

Albert Capellani - Pioneer of the Silent Screen (I)

I am glad to announce the release of the American edition of my biography of Albert Capellani. It's available from University Press of Kentucky as a hardback or as an ebook. You can also purchase it from amazon.com. I translated the book myself, updated some informations and added some new rare stills.


In recent years, technology has given films of the silent era and their creators a second life as new processes have eased their restoration and distribution. Among the films benefitting from these developments are the works of director Albert Capellani (1874–1931), whose oeuvre was instrumental in the development of cinema in the early 1900s and whose contributions rival those of D. W. Griffith.

For the first time in English, Christine Leteux’s essential biography of Capellani offers a detailed assessment of the groundbreaking director. Capellani began his career in France at what was, at the time, the biggest film company in the world: Pathé. There, he directed the first multireel version of Les Miserables in 1912 as well as his masterpiece, Germinal (1913). After immigrating to the United States, Capellani worked at a number of production houses, including Metro Pictures Corporation, where he produced his two best-known films, The House of Mirth (1918) and The Red Lantern (1919). He was well known for making stage actors into movie stars, and Mistinguett, Stacia Napierkowska, and Alla Nazimova all rose to prominence under his direction.
The ups and downs of Capellani’s career paralleled the evolution of the film industry and demonstrated the fickle nature of success. His technical and aesthetic achievements, however, paved the way for future filmmakers. Featuring a foreword by Academy Award–winning film historian Kevin Brownlow, Leteux’s intimate biography paints a fascinating portrait of one of the leading pioneers of early cinema and provides a new window into the origins of the moving picture.Christine Leteux is the author of Albert Capellani: Cineaste du Romanesque. She has translated a number of works, including Kevin Brownlow’s The Parade’s Gone By, Napoleon: Abel Gance’s Classic Film, and How It Happened Here. 
Albert Capellani is a formidably well researched work that includes not only original documents but also some telling personal testimony. The book pieces together the details of Capellani's early life and, in providing an account of the subsequent film career, sifts through the available evidence with impressive discernment. Leteux offers a great insight into Capellani’s life and career, but also provides a fascinating account of the wider film milieu in which he operated in both France and America. -- Charles Drazin, author of The Faber Book of French Cinema


samedi 31 octobre 2015

Conférence Maurice Tourneur au Forum des Images

Article paru dans En Vue - Le magazine des bibliothèques de la ville de Paris, N°75, Nov.-Déc 2015.
Les réservations en ligne ouvrent le 27 novembre sur le site du Forum des Images.