lundi 17 janvier 2011

The Ring 1927

Un film d'Alfred Hitchcock avec Lilian Hall-Davis, Carl Brisson et Ian Hunter

Jack Sander (C. Brisson) est boxeur pour une attraction sur un champ de foire. Un jour, il est repéré par le manager de Bob Corby (I. Hunter). Jack devient son entraineur. Mais, Bob s'intéresse un peut trop à sa femme (L. Hall-Davis)...

Pour ce film, Hitchcock combine le film de boxe et une histoire de jalousie. Certes le sujet est assez banal, mais il y a ajoute des petites touches qui rendent le tout intéressant. Lors de la première rencontre entre Bob Corby et la fiancée de Jack, il lui offre un bracelet en forme de serpent. Ce bracelet va réapparaître dans de nombreuses scènes comme le 'corps du délit' et augmenter la jalousie de Jack plus que ne le ferait un long discours. On ne peut que louer les trois interprètes principaux dans leur rôles respectifs. Le film se termine par un long match de boxe entre les deux hommes dans le gigantesque Royal Albert Hall. Ce combat a pour but la 'possession' de Lilian Hall-Davis. Dans l'ensemble, c'est un film tout à fait intéressant, même s'il ne fait pas partie des meilleurs de Sir Alfred. Maintenant, il faut que je mentionne la qualité désastreuse de la copie présentée par la Cinémathèque lors de cette projection avec un pianiste. C'était un contretype français (16 mm) extrêmement abimé et granuleux. Il est incompréhensible que ce film ait été présenté dans des conditions aussi lamentables d'autant plus qu'il existe une copie 35mm au National Film Archive de Londres. Je ne vois pas l'intérêt d'engager un pianiste pour accompagner un film quand la copie est aussi laide. Un petit mot sur le pianiste Mathieu Régnault que j'ai déjà entendu plusieurs fois. Il a du talent et a de bonnes intuitions; mais, il fait par moment des longues pauses, qui n'ont pas lieu d'être, au beau milieu de certaines scènes.

The Farmer's Wife 1928

Un film d'Alfred Hitchcock avec Lilian Hall-Davis et Jameson Thomas

Cette charmante comédie sur un fermier veuf qui cherche une nouvelle épouse a énormément de charme. Tout d'abord, le film nous permet de découvrir la vie de la bourgeoisie terrienne anglaise. Il y a toute une atmosphère parfaitement reconstituée avec d'excellents acteurs dans les seconds rôles. De ce point de vue, la 'tea party' est un grand moment de rire avec ses vieilles dames excentriques, l'homme à tout faire qui fait des gaffes, et autres joyeusetés. Ce fermier ne réalise même pas qu'il a la femme idéale sous son nez. Lilian Hall-Davis réussit à apporter un élément humain et émouvant en gouvernante discrète qui devine le moindre désir de son patron. Un film absolument charmant. Il a aussi été présenté en copie numérique (de bonne qualité) avec une bande-son au piano.

Blackmail 1929

Chantage
Un film d'Alfred Hitchcock avec avec Anny Ondra, Donald Calthrop, John Longden, Cyril Ritchard

Alice White (A. Ondra) renvoit son fiancé policier (J. Longden) pour suivre un artiste peintre (C. Ritchard) dans son studio. Il tente de la violer et elle le tue...

Blackmail fut le dernier film muet d'Alfred Hitchcock. Mais, il décida d'en retourner une version entièrement parlante suite aux demandes des producteurs. A l'origine, on ne lui avait demandé de sonoriser qu'une seule bobine, mais il décida -sans rien leur dire- de refaire tout le film en version parlante. La cinémathèque a projeté la version muette du film avec un excellent accompagnement au piano de Jacques Cambra. La tchèque Anny Ondra qui semble une jeune fille assez sage, flirtant avec plusieurs homme, se transforme en meurtrière l'espace d'un instant. Elle s'empare d'un simple couteau à pain et tue l'artiste qui voulait la violer. Le spectateur ne voit rien du meurtre qui se déroule derrière un rideau. (voir extrait ci-dessous) Le film entier baigne dans une atmosphère germanique expressionniste qui n'a rien d'étonnant vu que Hitchcock a été formé dans les studios allemands avant de revenir travailler en Grande-Bretagne. Sous sa forme muette, le film est un des meilleurs exemples de la fluidité d'exécution du cinéma muet à son apogée. la qualité du montage et des mouvements d'appareils donne au film son rythme plein de suspense. Je n'ai vu que des extraits de la version parlante qui montre qu'Hitchcock avait modifié son plan de travail pour mettre l'accent sur le son. Je pense en particulier à la scène du petit déjeuner où Alice White (A. Ondra) est terrifiée par le couteau à pain. Dans la version muette, sa main avance doucement vers le couteau projetant une ombre alors que dans le version parlante, c'est la voix de la voisine qui répète constamment 'knife' (couteau) qui la terrorise. Ondra est très bonne dans cette version muette ainsi que Donald Calthrop en maître-chanteur. Espérons que cette version muette sera un jour éditée en DVD avec la belle partition orchestrale de Neil Brand dont vous pouvez voir un extrait ici.
Dans le documentaire Cinema Europe (1996), on peut voir un petit film amateur tourné par Ronald Neame sur le tournage du film où Sir Alfred s'amuse à trousser le tutu d'Anny Ondra et un moment encore plus drôle où il fait un bout d'essai sonore en disant les pires horreurs à Anny Ondra ("You've been a naughty girl. Have you slept with the director?") qui éclate de rire. Sir Alfred adorait les blagues.

While The City Sleeps 1928


Un film de Jack Conway avec Lon Chaney, Anita Page et Mae Bush

Dan Coghlan (L. Chaney) est policier à la brigade criminelle. Il essaie de coincer Eddie 'Mile-Away' (W. Oakman) depuis longtemps. Il s'occupe aussi paternellement de Myrtle Sullivan (A. Page) bien qu'il ressente pour elle des sentiments qui n'ont rien de paternels...

Avec ce film, la MGM produit un film de gangsters, un genre en vogue suite au succès d'Underworld (1927) de Josef von Sternberg. Il s'agit aussi d'un 'star vehicle' pour Lon Chaney. Pour ce rôle de flic de base, il renonce à tout maquillage ou infirmité. Et c'est là le meilleur argument du film. En Dan Coghlan, il projette à l'écran le profil parfait du flic mal payé, fatigué par les blagues des gratte-papiers qui hantent les postes de police. On le voit rentrer le soir, épuisé, vers son appartement en grand désordre. Bien avant les nombreux films sur les flics qui fleuriront dans les années 40 et 50, Chaney est un flic solitaire, violent et légèrement asocial. La jeune Anita Page est un beau brin de fille qui intéresse le gangster. Mais, Chaney, secrètement amoureux d'elle, tente de la préserver de la mauvaise vie qui la guette. Les scènes entre Page et Chaney sont une grande réussite, essentiellement grace au jeu tout en nuances de Chaney. Pour ce qui est de l'action, le film est évidemment largement en-dessous du chef d'oeuvre de Sternberg et même de The Racket (1928, L. Milestone) qui est plus réussi visuellement. Il y a cependant quelques très bonnes scènes de fusillade sur un toit de Los Angeles entre Chaney et le gangster. Le film n'est pas totalement complet dû à la décomposition, mais la narration reste totalement intelligible. Conway réalise là un film de série avec quelques emprunts à Sternberg (comme la scène du crachoir et la fusillade finale). Sympathique et à voir pour Chaney.

mercredi 12 janvier 2011

Ivor Novello (1893-1951)

Que reste-t-il de ce gallois qui fut l'idole des Britanniques durant plusieurs décennies ? Peu de choses à vrai dire. Il suffit d'ouvrir The Encyclopedia of British Films et de lire sa notice biographique pour être fixé. Il se fait descendre par un Noël Coward, jaloux de son succès, avec cette remarque assassine: "Devant la caméra, son visage prend une expression figée, ses yeux se prennent d'une mélancolie trompeuse et fréquemment quelque chose d'épouvantable se produit au niveau de sa bouche." Après avoir vu sept films avec cet acteur, je ne peux que constater la mauvaise foi du grand Noël. Il n'est pas le seul à enfoncer Ivor Novello qui est souvent victime des critiques. Il faut dire que sa beauté physique et son profile parfait en font une cible de choix. Il est bien trop beau pour avoir le moindre talent, comme dit l'adage. Néanmoins, celui qui joua pour D.W. Griffith et pour Alfred Hitchcock devait certainement avoir suffisamment de qualités pour travailler avec de tels metteurs en scène. De nos jours, on remet en Grande-Bretagne, les 'Ivor Novello Awards' pour les meilleurs musiciens de l'année. Et en 2001, il réapparaît sous les traits de Jeremy Northam dans Gosford Park de Robert Altman pour un hommage sympathique.



Mais revenons au début. Ivor Novello fut d'abord une star des planches britanniques quelques années avant Noël Coward dans un registre assez similaire: il fut acteur, auteur, chanteur et compositeur. Certaines de ses chansons furent d'immenses succès durant les deux guerres. Mais, c'est dans le registre dramatique qu'il passe à l'écran. En 1923, un D.W. Griffith qui est déjà sur la pente descendante, l'embauche pour The White Rose. Le scénario mélodramatique combine bizarrement Way Down East et The Scarlet Letter. Ivor est un jeune pasteur qui séduit et abandonne une jeune serveuse (Mae Marsh) car il la croit volage. La malheureuse abandonnée se retrouve fille-mère par ses soins. Tel le Dimmesdale de Scarlet Letter, Joseph (I. Novello) se repend et l'épouse, pour un happy-end inattendu. Ivor se voit confier un rôle fort complexe d'homme d'église qui prêche la vertu tout en pratiquant lui-même le péché. Sa silhouette élancée et distinguée fait tâche dans l'univers américain de la Louisiane. Il y a une réserve toute britannique qui le différencie immédiatement de l'autre jeune premier américain du film Neil Hamilton. Las, le film ne fut pas un succès. Il faut dire que l'intrigue mélo tombe à plat dans les années du 'jazz-age'.

De retour en Grande-Bretagne, il devient The Rat (1925, Graham Cutts), un 'apache' des bas-fonds parisiens. Il faut noter qu'il est l'auteur de la pièce dont est tirée le film. Dans les milieux interlopes parisiens, il navigue avec facilité entre le bouge 'White Coffin' et les salons chics de Zélie de Chaumet (Isabel Jeans), une dame du beau monde qui veut s'encanailler. Il faut remarquer qu'il n'a pas osé situé l'action à Londres. Il est plus facile de parler des classes sociales en situant l'intrigue à Paris. Le film contient une scène de danse chez les apaches qui se veut une version anglaise du tango de Valentino dans The Four Horsemen of the Apocalypse (1920, R. Ingram). Ivor y montre ses qualités de danseur. Le personnage fonctionne auprès du public et le 'rat' réapparaît dans The Triumph of the Rat (1926, G. Cutts). Il est de nouveau victime de Zélie (I. Jeans) qui veut l'humilier. Elle le fait descendre de son piedestal dans la bonne société avant de même le décribiliser parmi les apaches. C'est un thème récurrent dans les scénarios de Novello. Il est souvent balloté entre deux mondes: les oisifs riches et odieux et de l'autre les bas-fonds criminels mais avec une certaine morale. Novello joue la dégradation physique et morale d'une manière tout à fait crédible. La fin du film reste en suspens. Et il revient pour la dernière fois dans The Return of the Rat (1929, G. Cutts) où il est partagé entre Zélie devenue son épouse (mais toujours aussi fourbe) et Lisette (Mabel Poulton). Il faut d'ailleurs saluer le travail de Graham Cutts qui a réalisé les trois films: ils sont fluides, bien montés et de bonne facture.

L'autre grande étape de sa carrière sont les deux films d'Alfred Hitchcock: The Lodger (1926) et Downhill (1927). Basés tous deux sur des scénarios de Novello, ils exploitent son image publique avec intelligence. Dans le premier, il est un mystérieux locataire qui vient débarque dans une pension de famille, non loin du lieu de crimes. Est-il le tueur ? Prédatant Cary Grant dans Suspicion, sa séduction et son charme semble contredire les soupçons. Innocenté, il manque de se faire lyncher par une foule déchaînée dans l'une des scènes les plus fortes du film. Dans Downhill, le rôle du jeune étudiant d'Oxford -issu de la haute bourgeoisie- faussement accusé et renvoyé lui va comme un gant. Il devient successivement figurant, danseur mondain puis clochard pour une descente aux enfers savamment orchestrée par Hitchcock. J'ai eu la chance de voir le rare The Constant Nymph (1928, A. Brunel) où il est parfait en compositeur bohème amoureux de l'adolescente Mabel Poulton. Ce film le montre au sommet de sa popularité. On peut même apercevoir une affiche du film dans Blackmail (1929) de Hitchcock.


Avec ses limitations, Ivor Novello était une figure marquante du cinéma muet britannique. Ses traits réguliers, ses cheveux noirs et son regard mélancholique font partie de l'histoire de ce cinéma autant que d'autres grands acteurs britanniques plus tardifs. Il mérite amplement d'être redécouvert dans sa diversité.

vendredi 31 décembre 2010

Morgane la Sirène 1927


Un film de Léonce Perret avec Claire de Lorez, Ivan Petrovich, Rachel Devirys et Alice Tissot

Georges de Kerduel (I. Petrovich), jeune officier de marine est amoureux de sa cousine Annette (Mlle Josyane). Las, il est pauvre et son père souhaite qu'elle épouse un riche parti. Mais suite à la ruine de son père suivie de sa mort, elle part vivre avec sa mère (R. Devirys) dans un petit manoir en Bretagne. Le mariage est annulé. Georges lui propose de l'épouser; mais, elle disparaît en mer la veille de leur mariage...

Avec ce film, Perret adapte un roman à la mode de Charles Le Goffic situé en Bretagne qui mêle le roman-feuilleton et la légende. Le film devait être à l'origine en épisodes, mais il est finalement sorti en long métrage de 95 min. On ressent par moment un resserrement de l'intrigue dû certainement au montage serré imposé par le format. Perret a importé des Etats-Unis, l'exotique Claire de Lorez pour incarner Morgane la sirène. Vêtue d'un maillot de bain recouvert de nacre, elle se jette dans les flots avec sa longue chevelure blonde. Il n'est pas étonnant ques les pêcheurs du coin la confonde avec la mythique Morgane qui entraîne les hommes par le fond lors des tempêtes. Le film a été tourné près de Trégastel sur la Côte de granit rose. On plonge dans l'atmosphère du petit village breton. Il y a un total changement lorsqu'on arrive dans le palais de la mystérieuse Morgane. Le décor est flamboyant et ouvragé et ne déparerait pas un DeMille des années 10. Claire de Lorez est vêtue de robes extravagantes couvertes de fourures et de sequins. Le serbe Ivan Petrovich est le héros de cette histoire. Il est apparu dans plusieurs films contemporains de Rex Ingram et ce n'est pas étonnant: le film de Perret a été tourné en partie aux studios d'Ingram à Nice. Comme tous les films de Perret que j'ai pu voir, il réussit toujours à créer une atmosphère grâce à une cinématographie remarquable. On passe de l'atmosphère d'une vieille maison bretonne au palace délirant de Morgane. Si du point de vue narratif le film n'est pas impeccable, il apporte suffisament de bonheur visuel pour qu'on oublie ses petits défauts. Un moment de bonheur.

dimanche 19 décembre 2010

The Mating Call 1928

Un film de James Cruze avec avec Thomas Meighan, Evelyn Brent, Alan Roscoe et Renée Adorée

Leslie Hatton (T. Meighan) vient d'être démobilisé et il retourne dans sa ferme en Amérique. Mais en arrivant, il découvre que Rose (E. Brent), son épouse, a fait annuler leur mariage et qu'elle est maintenant mariée au riche Lon Henderson (A. Roscoe). Dans la petite ville, un ordre mystérieux et masqué pratique une justice parallèle. Leslie devient rapidement une cible lorsque Rose revient flirter chez lui. Il décide de se marier pour faire taire les racontars...

Ce film muet produit par Howard Hughes et distribué par Paramount n'a été restauré qu'en 2004 après avoir été invisible pendant près de 80 ans. James Cruze, qui est l'auteur de plusieurs grands films épiques tels que Old Ironsides et The Covered Wagon, réalise là un film aux thématiques fort intéressantes. On y croise un Ku Klux Klan local -sans que le nom soit mentionné- qui pratique une justice sommaire sur les hommes infidèles et autres alcooliques locaux. Il ne fait guère de doute que nous avons affaire au KKK avec leur costumes noirs et blancs et les croix enflammées (même s'il n'y a pas trace de violences contre les noirs qui sont absents du film). Le film oppose en même temps deux femmes fort différentes toutes deux amoureuses du même homme. Evelyn Brent, qui est alors la sulfureuse héroïne des films de Sternberg, est ici une vamp qui tente de reconquérir l'homme qu'elle a laissé tomber. Il faut la voir enlacer lacivement Thomas Meighan pour comprendre son potentiel de séduction. De l'autre, il y a la douce Renée Adorée, l'héroïne de The Big Parade, qui est une jeune immigrante russe que Meighan va chercher à Ellis Island. Si la deuxième paraît chaste et travailleuse, elle se révèle malgré tout fort sensuelle. Dans une scène qui aurait pu être censurée, on la voit se baigner nue dans une rivière. Thomas Meighan, qui fut un des interprètes favoris de DeMille dans les années 10 et 20, conserve son phelgme face à ses deux créatures au charme ravageur. Le film brasse beaucoup de thèmes: KKK, l'immigration aux USA et le sexe. Il n'arrive pas vraiment avec sa courte durée (72 min) à être totalement satisfaisant. On a l'impression qu'il faudrait un peu plus de métrage pour donner plus de consistance aux personnages. C'est néanmoins une bonne surprise grâce à ses interprètes et à son script plus qu'intéressant.

vendredi 17 décembre 2010

The Racket 1928


Un film de Lewis Milestone avec Thomas Meighan, Louis Wolheim et Marie Prevost

Chicago, Nick Scarsi (L. Wolheim) règne sur le marché de l'alcool clandestin. Il a des appuis nombreux parmi la police et les politiciens. Mais, un policier intègre, le capitaine James McQuigg (T. Meighan) va essayer de l'arrêter...

Ce film muet de Lewis Milestone peut être considéré comme un des tous premiers films noirs. C'est d'ailleurs en revoyant The Big Heat (1953, F. Lang) qui développe des thématiques assez similaires que j'ai eu envie de revoir The Racket. Le film a été produit par Howard Hughes et a disparu de la circulation pendant près de 80 ans avant d'être restauré en 2004. Milestone utilise une adaptation d'une pièce de Broadway où E.G. Robinson avait brillé dans le rôle de Nick Scarsi. Mais, pour le film, le gangster est joué par l'excellent Louis Wolheim qui apporte une touche d'ironie à son gangster sans foi ni loi. Ses échanges avec Thomas Meighan ressemble à un jeu du chat et de la souris. Il l'invite même à diner avec ses amis gangsters ; une petite soirée qui vire rapidement au règlement de comptes avec le gang adverse. Thomas Meighan apporte sa décontraction et son flegme dans le rôle de McQuigg. Il ne se fait guère d'illusions sur la corruption au sein de la police et parmi les édiles de Chicago. Il ira néanmoins jusqu'au bout. Il en vient lui aussi à utiliser des méthodes légèrement hors la loi pour venir à bout de son adversaire. En effet, Scarsi est tellement bien protégé que même lorsqu'il commet un meurtre, son avocat l'attend déjà au poste de police avec un Habeas Corpus pour le faire relâcher. McQuigg va lui aussi biaiser et utiliser habilement la grappe de journalistes qui passent la journée au poste de police pour répandre certaines informations. Le film est une grande réussite grace à ses excellents interprètes très typés dans tous leurs rôles: les journaleux gratte-papiers qui picolent en douce, les flics et les gangsters au faciès peu engageant. Milestone sait rendre l'atmosphère glauque du Chicago de la prohibition avec humour. Le film est très bien mis en scène en particulier les scènes d'action où s'affrontent les gangs. La dernière partie se déroule entièrement dans un commissariat et cette unité de lieu rappelle The Front Page que Milestone mettra en scène quelques années plus tard. Une belle réussite.