lundi 25 juin 2012

The Good Bad Man 1916

Les parias de la vie
Un film d'Allan Dwan avec Douglas Fairbanks, Bessie Love, Sam de Grasse et Mary Alden

Dans le Wyoming, Passin' Through (D. Fairbanks) est devenu bandit suite à la disparition de sa mère. Il se croit un enfant sans père et a décidé par ses larcins d'aider les enfants nés hors mariage. Il rejoint un groupe de malfrats dirigé par le dangereux 'The Wolf' (S. de Grasse)...

Cette production Triangle est le premier western de Douglas Fairbanks. Lorsque Bessie Love apprit qu'elle avait été choisie pour être la partenaire de Fairbanks, elle fut absolument ravie. Avec sa petite taille, Fairbanks paraît très grand en comparaison. C'est certainement une des raisons de ce choix. Néanmoins, le délicieux visage poupin de Bessie et son exubérance font d'elle la partenaire idéale du jeune Fairbanks. Comme dans The Half-Breed (1916) du même Dwan, Fairbanks joue un outsider de la société. Ici, il n'est pas un métis, mais un fils sans père. Sa décision de devenir bandit (bien que ses larcins sont bien minces) est donc en fait une quète d'identité. En rencontrant la jolie Amy (Bessie Love), il va doucement changer d'attitude. Comme toujours dans les films de Fairbanks de cette époque, il mélange le comique et le tragique.  Certains personnages sont franchement comiques comme le sheriff du coin qui passe sa journée à jouer au lasso. La petite Bessie Love montre soudain qu'elle est capable de tirer au révolver et montre sa joie d'une manière enfantine quand elle fait mouche. Finalement, Fairbanks arrivera à venger la mort de son père et à conquérir la main de sa belle. Tout le film contient la joie de vivre habituelle de Fairbanks et Dwan le parsème de petites notes humoristiques comme lorsque le marshall découvre qu'il est sauf grâce au médaillon qu'il portait sur sa poitrine. Du mouvement, de l'humour, un délicieux western !

The Desert Man 1917

La cité du désespoir
Un film de William S. Hart avec Wm S. Hart, Margery Wilson, Henry Belmar et Milton Ross

Jim Alton (Wm S. Hart) un chercheur d'or perdu dans le désert rencontre Kate (Josephine Headley) qui a fui son époux violent, le barbier Burton (Henry Burton). Elle meurt en lui recommandant son enfant, le petit Joey (Buster Irving). Jim arrive en ville décidé s'attaquer au barbier...

Il n'existe plus qu'une seule copie incomplète de ce western de William S. Hart. Elle est maintenant numérisée et visible à la médiathèque de la Cinémathèque française. William débarque dans une ville autrefois prospère grâce aux mines d'or qui maintenant se délite. Il arrive en ville après avoir vu mourir la pauvre Kate qui fuyait son ignoble époux. Il va nettoyer la ville en poussant vers la sortie cette brute qui terrorisait la ville, il devient le père adoptif du petit Joey. Entre temps, il a fait la connaissance de la belle Jennie (M. Wilson) dont le grand-père est au bord de rendre l'âme. Il ramène de force un médecin pour soigner le vieil homme, mais en vain. Finalement, Jennie part avec le médecin qui se révèle être un vulgaire séducteur déjà marié. Il faudra un certain temps avant que Jim ne soit réuni avec sa belle. Sur cette intrigue typique des films de William S. Hart, ici écrite par son futur metteur en scène Lambert Hillyer, nous avons un beau film superbement éclairé par Joseph August qui joue du clair-obscur lorsque nous découvrons la malheureusement épouse du barbier ou des contre-jours lorsque Hart attrape au lasso le médecin récalcitrant  qui refuse de le suivre. Le film contient son lot de scène comique avec le détestable barbier qui se fait raser avant d'être éjecté de son magasin devant des badauds hilares. Hart est ici un vengeur tranquille qui redonne vie à une ville en perdition. Si le film n'a pas l'intensité de Hell's Hinges (1916), c'est cependant un bon western de Hart. Juste un petit bémol dans cette restauration qui offre une belle image, les cartons français sont une réelle trahison par rapport au style tout à fait spécial des films de Hart. L'humour et le language qui font partie intégrante de ces films et les adaptations étrangères sont toujours sans âme.

The Cossacks 1928

Lukashka (J. Gilbert) et Sitchi (Paul Hurst)
Les Cosaques
Un film de George W. Hill et Clarence Brown avec John Gilbert, Ernest Torrence, Renée Adorée, Nils Asther et Dale Fuller

Dans un village cosaque, Ivan (E. Torrence) se lamente que son fils Lukashka (J. Gilbert) soit considéré comme une femmelette. Lukashka est amoureux de Maryana (R. Adorée) qui le méprise pour sa couardise. Mais, lors d'une attaque des Turcs, il montre sa bravoure...

Cette production MGM a connu quelques avatars. Le film est passé des mains de George W. Hill, un bon routier sans surprise, à celles de Clarence Brown qui ne fut pas crédité au générique. On sent qu'avec cette adaptation de Tolstoï la MGM cherchait surtout à reformer le couple Gilbert-Adorée qui avait connu un immense succès dans The Big Parade (La grande parade, 1925) de King Vidor. Mais, avec The Cossacks, nous somme bien loin du chef d'oeuvre intemporel de Vidor. Cette recréation débridée en diable de la Russie tsariste fait presque penser à une bande dessinée tellement les personnages sont caricaturaux. Les Cosaques sont montrés comme des brutes sanguinaires qui ne songent qu'à tuer les Turcs à coup de sabres pendant que leurs femmes s'échinent aux champs pour garantir une récolte. Leur autre distraction est de boire de la vodka au litre en reluquant les femmes. Pour le film, on avait embauché de vrais cosaques qui font des démontrations de leur talent d'acrobates à cheval. Quant aux Turcs, ils sont montrés comme des tortionnaires proches de la bestialité. Avec une intrigue aussi peu politiquement correcte et également aussi proche du ridicule, on ne peut que regarder le film au second degré. John Gilbert cabotine à souhait en fils du chef cosaque qui devient soudain un 'homme' parce qu'il a tué dix Turcs. Ernest Torrence n'est pas en reste en chef barbare et exubérant. Renée Adorée, elle, est partagée entre son amour pour Lukashka et le prince de sang (joué par Nils Asther) qui est venu de Moscou pour l'épouser. Au total, ce film est bien réalisé visuellement. Clarence Brown (qui a pratiquement retourné tout le film après le départ de Hill) montre sa maîtrise du mouvement. Mais, il faut bien l'avouer le film reste une pochade haute en couleur avec des personnages schématiques. 

dimanche 24 juin 2012

White Oak 1921

Affiche suédoise du film
Un film de Lambert Hillyer avec William S. Hart, Vola Vale, Alexander Gaden

Oak Miller (Wm S. Hart), un joueur professionnel, apprend que sa jeune soeur Rose (Helen Holly) a été victime d'un séducteur sans scrupules. Après sa tentative de suicide, il doit prendre soin d'elle avec l'aide de Barbara (V. Vale) dont il est secrètement amoureux...

En 1921, William S. Hart est toujours l'une des plus grandes stars de l'écran. Il a quitté la Triangle pour former sa propre compagnie de production au sein de la Paramount-Artcraft. Les films sont maintenant plus longs que ceux des années 10 qui se limitaient souvent à 5 bobines. Celui-ci dure 7 bobines. La construction dramatique conserve cependant son dynamisme avec plusieurs actions simultanées que la durée plus longue permet de développer. Le scénario du film est adapté d'une histoire signée par Hart lui-même. On y retrouve les thèmes qui lui sont chers: l'armour fraternel, la vengeance et le sacrifice. Le personnage d'Oak Miller ressemble au joueur qu'il interprétait dans The Cold Deck (Grand Frère, 1917). Il est aussi élégament vêtu d'une longue redingote avec chapeau haut-de-forme et chemise à jabot volanté. Comme le Jefferson Leigh de Cold Deck, il doit prendre soin de sa jeune soeur qui a été ici la victime d'un séducteur. Il se retrouve également embarqué dans la défense de la jolie Barbara (Vola Vale qui a de faux airs de Lillian Gish). Cette dernière est la proie d'un ignoble beau-père qui veut abuser d'elle tout en étant convoitée par un individu louche qui va se révéler être l'ancien séducteur de Molly. Le film nous promène dans tous les paysages possibles du western: les rives du Mississippi avec ses bateaux à aube, les petites villes du Missouri avec ses saloons et le désert avec son convoi de chariots bâchés. Contrairement à ses films précédents, Hart reste un ici un personnage positif qui se sacrifie pour sauver la femme qu'il aime. Il accepte d'être arrêté pour un meurtre dont on accuse (à tord) Barbara. Il s'évade ensuite de la prison où il se trouve pour aller sauver la même Barbara qui se trouve encerclée avec son convoi par un groupe d'indiens. Il est intéressant de constater que le personnage du chef indien n'est pas simplement un sauvage sanguinaire, mais qu'il est aussi un père meurtri dont on a enlevé et tué la fille. C'est lui qui finalement vengera la soeur d'Oak Miller. Le film a été photographié par le complice habituel de Hart, Joseph August. Il peut magnifier les vues du Mississippi et du désert aride. Mais, malheureusement, ce beau film n'est disponible que dans des versions très médiocres en particulier chez Alpha-Video. Quand aura-t-on enfin une édition restaurée et de qualité des films de William S. Hart ? Espérons qu'un éditeur de qualité le fera un jour prochain.

mercredi 20 juin 2012

But The Flesh is Weak 1932

Mais la chair est faible
Un film de Jack Conway avec Robert Montgomery, C. Aubrey Smith, Nora Gregor, Heather Thatcher et Edward Everett Horton

Les Clement père et fils (C. Aubrey Smith et R. Montgomery) sont deux gentlemen anglais désargentés qui tentent de se faire payer à dîner par des ladies richissimes. Max (R. Montgomery) est bien tenté de faire la cour à la très riche et très excentrique Lady Joan Culver (H. Thatcher), mais il tombe raide amoureux de la belle Rosine Brown (N. Gregor)...

Max Clement (R. Montgomery) et Rosine Brown (N. Gregor)
Cette délicieuse comédie pre-code est due à la plume de l'auteur (et acteur) Ivor Novello. Ce dernier était un des principaux concurrents de Noël Coward. Il adapte ici une de ses pièces à succès The Truth Game. Le cinéma hollywoodien du début du parlant était très friand d'auteurs britanniques de comédies. La MGM adapte Private Lives (Vies privées, 1931) et Samuel Goldwyn importe Frederick Lonsdale pour lui fournir un scénario original qui deviendra le génial The Devil to Pay! (1930, G. Fitzmaurice). But The Flesh is Weak appartient à cette veine de films qui nous montre une Angleterre 'upper-class' qui a parfois des problèmes d'argent, mais qui fait tout pour sauver les apparences. Ce qui rend ce film particulièrement délectable c'est la virtuosité des dialogues qui sentent bon l'humour typiquement britannique de son auteur. Pour une fois, Hollywood n'a pas trouvé bon de faire réécrire le texte et c'est tant mieux. Les répliques étincellent grâce à un groupe de comédiens de première classe. Je mettrais au premier rang Robert Montgomery qui parvient à nous faire oublier sa nationalité américaine et qui forme un couple formidable avec son vieux papa joué par un C. Aubrey Smith absolument génial. Nous les découvrons dans leur modeste logis dont ils ont du mal à payer le loyer en train de partager la salle de bain tout en devisant sur leurs possibilités matrimoniales pour arranger leurs finances. Le film est peuplé d'excellents seconds rôles britanniques comme Heather Thatcher, à la tenue masculine (avec un monocle!) ou Frederick Kerr en vieux duc ronchon, ainsi que le formidable (américain) Edward Everett Horton en Lord plein aux as. Au milieu de ce casting de luxe, l'héroine est jouée par l'autrichienne Nora Gregor qui est restée dans l'histoire du cinéma pour sa participation à La Règle du Jeu (1939, J. Renoir). L'intrigue en elle-même n'est pas follement originale. Mais, c'est la légèreté et le charme des interprètes qui donnent au film son vernis et son brillant. Novello savait écrire ces dialogues ponctués de bons mots qui restent délectables comme ceux d'un Guitry. Le rythme endiablé se maintient jusqu'à l'image finale grace à la réalisation d'un Conway habile faiseur. Il faut aussi préciser la présence d'un tout jeune Ray Milland en figurant ainsi que du suèdois Nils Asther en prince russe. Une excellente comédie britannique 'made in Hollywood' qui est à découvrir en Warner Archive.

samedi 16 juin 2012

The Fountain 1934

Fontaine
Un film de John Cromwell avec Ann Harding, Brian Aherne, Paul Lukas et Jean Hersholt

Durant la première guerre mondiale, l'anglaise Julie von Marwitz (A. Harding) vit avec la famille de son oncle, le baron Van Leyden (J. Hersholt) en Hollande. Elle se retrouve face à son ami d'enfance, Lewis Allison (B. Aherne) qui en tant que prisonnier de guerre est envoyé en résidence chez Van Leyden. Mais, son époux, un officier Allemand (P. Lukas) est renvoyé dans ses foyers après de graves blessures...

Rupert (P. Lukas) et Julie von Marwitz (A. Harding)
Cette production RKO est certainement typique des mélodrames faits sur mesure pour leur star féminine Ann Harding. Mais, contrairement, à bien d'autres mélo de l'époque, il garde une résonnance moderne en évitant les clichés de la mère ou de l'amante sacrificielle. Au contraire, ici, l'intrigue nous touche car elle montre une femme réelle en proie à un choix douloureux et impossible. Julie von Marwitz est déchirée de bien des façons. Elle est anglaise et vit dans une Hollande neutre, mais pro-germanique, alors que la Grande Guerre bat son plein. En plus, elle est mariée à un officier allemand (un excellent Paul Lukas) qui est parti au front. Ses sentiments vis à vis de lui sont complexes. Il y a un mélange d'admiration et de sympathie, mais pas véritablement d'amour. Elle souhaite cependant la victoire de l'Angleterre ce qui la met en conflit avec sa famille d'accueil, celle de son oncle. Cette dérive des sentiments est encore accrue par l'arrivée de Lewis Allison (B. Aherne) qu'elle a toujours aimé sans se l'avouer. Alors qu'elle se torture l'esprit pour sortir de cette impasse, son époux revient gravement blessé. Il est de toute évidence passionnément épris de sa femme. Le trouvant soudain diminué, elle se retrouve dans le registre de la compassion qui lui premet de développer des sentiments plus tendres à son égard. Mais, au fond d'elle-même, elle ne peut se passer de Lewis. Et contrairement à un mélo traditionnel, c'est le mari qui réalise les vrais sentiments de sa femme et va pratiquement se sacrifier pour la délivrer du poids du remords. 
Lewis Allison (B. Aherne) et Julie
Le film à sa sortie fut un échec. Il ne correspondait pas à ce que le public attendait en terme de divertissement: le film est lent et se déroule presqu'à huis-clos avec les trois personnages principaux pratiquement tout le temps à l'écran. Mais, pour un public d'aujourd'hui, l'introspection au cinéma n'est certainement pas un défaut. Les dialogues feutrés entre Julie, Lewis et Rupert sont par moment poétiques et toujours émouvants. Ils tentent de mettre des mots sur leurs sentiments sans toujours y parvenir. Il reste un élément de mystère dans la relation entre Julie et Lewis, censure oblige certainement. Mais, finalement, ce non-dit est tout bénéfice pour le film qui gagne en profondeur. Ce film de John Cromwell fait partie des touts meilleurs films d'Ann Harding. Il mérite d'être découvert pour mesurer le talent de cette actrice oubliée. Le film est disponible en DVD en Z2 (Espagne).

mercredi 13 juin 2012

Surrender! 1927

L'Otage
Un film d'Edward Sloman avec Mary Philbin, Ivan Mosjoukine et Nigel de Brulier

En 1914, en Galicie, aux confins de l'Empire Austro-Hongrois. Lea Lyon (M. Philbin) la fille du rabbin (N. de Brulier) croise le chemin de Constantine (I. Mosjoukine), un prince Cosaque. Peu après, la guerre est déclanchée et le village est envahi par l'armée russe. Constantine demande que Lea vienne se livrer à lui ou le village sera brulé...

Lea Lyon (M. Philbin) et Constantine (I. Mosjoukine)
Lorsqu'Ivan Mosjoukine quitte la France auréolé de gloire après une incroyable série de grands films à succès, il n'imaginait probablement pas que sa carrière allait marquer le pas au sein du système Hollywoodien. Attiré à Hollywood par un contrat au sein de la Universal, il s'est retrouvé dans une production d'Edward Sloman tirée d'une pièce à succès Lea Lyon d'Alexander Brody. Suite au succès de Michel Strogoff (1926, V. Tourjansky), les firmes américaines se lancent toutes dans des productions 'russes' pour exploiter le filon. Universal et son patron Carl Laemmle font de même. En voyant ce film de Sloman, il est évident que Mosjoukine n'a plus du tout la marge de manoeuvre qu'il avait dans les films français. Il ne doit pas avoir son mot à dire ni sur le metteur en scène et encore moins sur le scénario. Nous sommes dans le règne du star-système et tout est fait pour mettre en valeur la star maison, Mary Philbin. Le chef opérateur Gilbert Warrenton la mimbe de lumières diffuses et éclaire sa chevelure avec sensualité. Mosjoukine devient un faire-valoir de luxe pour la belle Mary. Mais, au-delà cet aspect, le film offre une très belle cinématographie, utilisant habilement la lumière naturelle combinée à des éclairages artificiels. 
Le rabbin Lyon (Nigel de Brulier)
Edward Sloman se faisait une spécialité des films qui exploraient la vie des populations juives, aussi bien immigrés en Amérique que celle des shtetls d'Europe de l'Est, comme dans ce film. Et sa reconstitution est réellement une réussite. Il nous montre la vie de tous les jours des habitants juifs peu avant l'invasion russe. Une vie qui suit strictement les préceptes de la religion avec un dîner du sabbat décrit en détail. Les seuls autres films de cette époque que je connaisse qui décrivent cette région avec autant de détails sont  La terre promise (1924, Henry Roussell) et Die Gezeichneten (1922, C.T. Dreyer). Certes l'histoire de Lea Lyon est relativement stéréotypée. On supplie la pure jeune fille de se sacrifier pour la communauté. Le prince décide finalement de l'épargner, étant tombé amoureux d'elle. Mais, ensuite, elle est prise à partie par la foule déchaînée qui l'accuse d'avoir trahi son peuple dans les bras d'un prince cosaque. Tout cela est cependant bien mené par Sloman qui bénéficie également du concours du futur réalisateur Edward L. Cahn au montage. Le film se termine sur un happy end fort peu convaincant qui semble avoir été imposé par la production. Pour la qualité de sa reconstitution et la beauté des images, ce film mérite d'être vu, même s'il ne fait pas partie des meilleurs films de Mosjoukine.

mardi 12 juin 2012

The Red Dance 1928

La danse rouge
Un film de Raoul Walsh avec Dolores Del Rio, Charles Farrell et Ivan Linow

En Russie au début de la Révolution, Tasia (D. Del Rio), la fille d'un prisonnier politique est maltraitée par une famille de paysans qui l'exploitent. Un grand soldat rustre Ivan Petroff (I. Linow) souhaite l'épouser en l'échangeant contre un cheval. Mais, Tasia rencontre le Grand Duc Eugen (C. Farrell) et tombe amoureuse de lui...

A la fin des années 20, il semble que la plupart des studios hollywoodiens sont tentés par l'exotisme russe. Universal produit Surrender! (L'otage, 1927) d'Edward Sloman avec Ivan Mosjoukine. La MGM se lance dans un film aux multiples péripéties, The Cossacks (Les Cosaque, 1928) G.W. Hill avec John Gilbert et enfin la Paramount produit le meilleur film de tous - et de loin! - avec The Last Command (Crépuscule de gloire, 1928) du génial Josef von Sternberg. Quant à la Fox, elle demande à Raoul Walsh de diriger un 'star vehicle' avec la belle Dolores Del Rio. Le scénario de ce film est particulièrement insipide et accumule les clichés sur les conflits entre les aristocrates et le bas peuple russe. Dolores Del Rio y joue une improbable jeune fille russe éduquée qui devient une danseuse du théâtre de Moscou suite à la Révolution. En fait, le film est surtout un prétexte pour nous montrer sous toutes les coutures la belle Dolores en train d'embrasser un Charles Farrell, aussi peu crédible en officier russe (dont la maman, on nous précise bien, est anglaise) qui rougit face aux dames. Les cartons d'intertitres montrent un humour digne des blagues que l'on trouve dans les 'Crackers' de Noël anglais (voir ci-dessous). 
Pour contrebalancer le timide Grand Duc Eugen, on nous offre une grosse brute au coeur d'or sous la forme d'Ivan Linow. Si Walsh fait de gros efforts pour utiliser une caméra mobile pour éviter tout sentiment de tableaux statiques, malheureusement, il n'est pas aidé par un scénario stéréotypé. Del Rio n'est guère convainquante quand elle se lance dans une diatribe contre l'aristocratie. Et les révolutionnaires cupides et malsains sont tout aussi caricaturaux. Si nous oublions les faiblesses du scénario, on peut regarder avec amusements les aventures de Dolores au pays des Soviets. Voilà un film de Wash qui est bien mineur, surtout en regard de son excellent Sadie Thompson (1928) tourné la même année.