dimanche 15 juillet 2012

Jeanne Doré 1915

Un film de Louis Mercanton et René Hervil avec Sarah Bernhardt, Raymond Bernard et Jeanne Costa

Jeanne Doré (S. Bernhardt), veuve et ruinée suite au suicide de son mari un joueur invétéré, tient une petite papeterie avec son fils Jacques (R. Bernard). Celui-ci tombe follement amoureux de Fanny (J. Costa), une femme mariée coquette et dépensière...

En 1913, Tristan Bernard décide d'écrire une pièce pour Sarah Bernhardt qui permettra également à son jeune fils Raymond de faire ses débuts sur les planches. Contrairement à ses savoureuses comédies dont il a le secret, il écrit un mélodrame larmoyant qui ne recule devant aucun des poncifs du genre. Le jeune Raymond raconte comment il dut aller lire la pièce à la grande Sarah dans sa maison de Belle-Isle-en-Mer. Son récit est pimenté d'anecdotes savoureuses sur la création de la pièce. Je vous conseille d'aller écouter le récit de Raymond Bernard sur le site de l'Ina pour l'entendre raconter comment il reçut un shampoing de larmes de la part de Sarah. En 1915, la société Eclipse décide de faire un film de ce succès théâtral. Le résultat est purement catastrophique. Sarah ne peut pratiquement plus marcher suite à son amputation. Elle reste donc assise ou appuyée contre un mur durant tout le film. Il en résulte un film effroyablement statique qui semble dater d'avant 1910. Mais, le but ultime du réalisateur semble d'enregistrer pour la postérité la grande Bernhardt dans un de ses succès à la scène. Elle trône donc au centre de la scène avec une petite sonnette sur une table pour appeler un domestique. Si elle est censée entrer par la gauche, on se contente de déplacer un tout petit peu la caméra sur la gauche pour nous dévoiler la dame debout derrière un comptoir. Tout cela pourrait être intéressant si l'intrigue n'était pas aussi éculée. On conjugue les pires clichés du mélo. Jeanne Doré est victime de son mari qui dilapide tout son argent sur le tapis vert. Elle est ensuite la mère courage qui élève seule son fils qui va devenir un criminel suite à sa passion pour une femme mariée. Il n'y a pas trace de grammaire filmique dans ce film qui est une succession de scènes statiques reliées par de longs intertitres verbeux qui annoncent l'action de manière redondante. Le jeu des acteurs est antédiluvien. Sarah, immobilisée, se contente de lever les bras et les yeux au ciel. Le jeune et mince Raymond Bernard n'est pas meilleur en mauvais fils. Il y a même des moments de franche hilarité lorsqu'on le voit poursuivi par deux policiers. Alors qu'il s'enfuit à pied à travers les buissons, les deux flics montent à vélo au lieu de le suivre... L'éclairage des scènes d'intérieur est franchement mauvais (totalement uniforme et sans profondeur) et les quelques extérieurs exploitent mal la lumière du soleil. Pourtant en 1915, le cinéma offrait déjà des effets lumineux autrement plus intéressants et sophistiqués. Il suffit de regarder L'Enfant de Paris (1913, L. Perret) ou The Cheat (1915, C.B. DeMille). En voyant cette bande poussiéreuse, on se demande pourquoi Sarah Bernhardt était une telle icone de la scène. La seule hypothèse que l'on peut formuler c'est que sa voix et sa déclamation toute particulière devaient charmer les foules. Mais, ce film qui nous montre une actrice fatiguée et immobile ne peut que détruire sa légende. Ce ratage m'a rappeler l'épouvantable Das Mirakel (1912) qui faisait également bien peu pour la légende du grand Max Reinhardt.

samedi 14 juillet 2012

Westward Passage 1932

Un film de Robert Milton avec Ann Harding, Laurence Olivier, Zasu Pitts et Irving Pichel

Olivia (A. Harding) vient d'épouser un jeune écrivain Nick (L. Olivier). Nick n'a pas de fortune et il ne supporte pas la ville de famille qui interfère avec son travail d'écrivain...

Cette production RKO-Pathé de 1932 est centrée sur Ann Harding. On lui a sélectionné comme partenaire un jeune acteur anglais nommé Laurence Olivier. Ce dernier fait de son mieux pour habiter son personnage de jeune écrivain égocentrique face à une Ann Harding qui est déjà une professionnelle de l'écran. Il a tendance à surjouer dans ce rôle antipathique de jeune écrivain incapable de supporter sa nouvelle vie de famille. Il déteste les amis de femme, ne supporte pas que sa petite fille joue dans la salle de bain quand il se rase, et se comporte comme un malotru avec sa femme lorsqu'elle danse avec un autre homme que lui (bien qu'il ait dansé lui-même toute la soirée avec un grand nombre de femmes).  Excédée Olivia va demander le divorce et se remarier avec un ami richissime (Irving Pichel). Son nouveau bonheur est à nouveau troublé par sa rencontre inopinée avec Nick. Le film ressemble à un long dialogue entre les deux acteurs; tous les autres personnages restent secondaires. Ils se disputent, flirtent et se réconcilient tout le long du film. Ils le font avec un grand professionnalisme, mais le scénario n'est pas à la hauteur du talent des protagonistes, pas plus que la mise en scène très plate de Robert Milton. Cette première incursion d'Olivier à Hollywood fut un échec. Il n'a pas réussi à percer en jeune premier romantique. Mais, il se souvint avec gratitude de l'aide précieuse que lui apporta Ann Harding sur le plateau de tournage. 

The Conquerors 1932

Les conquérants
Un film de William A. Wellman avec Ann Harding, Richard Dix, Edna May Oliver et Guy Kibbee

Peu après la Guerre de Sécession, Caroline Ogden (A. Harding) quitte New York avec son jeune époux Roger Standish (R. Dix) pour l'ouest et y faire leurs vies...

En 1932, David O. Selznick est producteur exécutif au sein de la RKO. Il trouve que les réalisateurs maison ne sont pas vraiment à la hauteur. Il emprunte donc à la Warner William Wellman et lui confit The Conquerors avec la star numéro 1 du studio Ann Harding. Le scénario rappelle le grand succès de la RKO de 1931 Cimarron de Wesley Ruggles avec déjà Richard Dix. Malheureusement, le résultat final n'est pas vraiment à la hauteur. A vouloir brasser des décennies et couvrir une bonne partie de l'histoire américaine, le fil de l'intrigue devient extrêmement ténu. Le génial monteur Slavko Vorkapich a été embauché pour réaliser des séquences de montage pour donner une liaison aux différents épisodes du film. Le nombre de ces séquences est d'ailleurs fort élevé et montre la virtuosité de Vorkapich qui dépeint le boum et le crash des actions qui ont affecté l'Amérique au cours de son histoire sous la forme d'une courbe qui monte telle une montagne qui semble atteindre le ciel avant de s'effondrer brutalement. Le couple de Richard Dix et Ann Harding sont deux 'pionniers' représentatifs de l'Amérique conquérante qui partent pour l'ouest et tenter leur chance. A leur arrivée, ils sont cueillis par un braquage général de la ville par une bande de hors-la-loi. La reconquête passe d'abord par le retour à l'ordre qui se fait brutalement par un lynchage et une série de pendaisons. Le développement de la banque de Dix va de pair avec le développement de la ville. Malgré la présence d'excellents seconds rôles comme la formidable Edna May Oliver et le chaleureux Guy Kibbee en médecin constamment éméché, le film reste une sorte de schéma rapide de la vie américaine de 1870 à 1929. Ann Harding et Richard Dix forment un couple très crédible, mais ils sont limités par un scénario schématique. Le film contient cependant quelques surprises comme cette séance d'images animées où la fille de Caroline emmène son jeune fils. On reconnaît soudain un film de Georges Méliès sur l'écran !

vendredi 6 juillet 2012

Monte-Cristo 1928

Un film d'Henri Fescourt avec Jean Angelo, Lil Dagover, Marie Glory, Pierre Batcheff, Gaston Modot et Jean Toulout

Edmond Dantès (J. Angelo) est emprisonné au château d'If suite à une dénonciation de Fernand Mondego (G. Modot) qui souhaite lui voler sa fiancée Mercédès (L. Dagover)... 


Cette fresque de 3h40 est sans aucun doute la plus belle illustration au cinéma du célèbre roman d'Alexandre Dumas. Henri Fescourt offre un film foisonnant, lyrique et passionnant de bout en bout. Fescourt n'en est pas à son coup d'essai. Il a déjà réalisé un Mathias Sandorf (1921) en 7 épisodes (dont il ne reste, hélas, qu'une version tronquée de 2h30) et une adaptation magistrale des Misérables (1925) de 8h. Pour ce Monte-Cristo, il a sa disposition une distribution de choix avec en tête Jean Angelo qui donne à son Edmond Dantès toute la fougue et le charisme requis. Les malfaisants avides de pouvoir et d'argent du roman semblent s'incarner avec le minable Caderousse d'Henri Debain dominée par son épouse cupide et criminelle (Germaine Kerjean déjà!). Jean Toulout, qui fut Javert, est ici un ignoble M. de Villefort; et Gaston Modot est un Fernand Mondego, devenu pair du royaume, à force de forfaiture et de meurtre, qui sue la traitrise et la convoitise. 

Mercédès (L. Dagover)
Contrairement à de nombreuses versions du roman de Dumas, le film de Fescourt nous permet de respirer la brise méditerranéenne. Des paysages et des vues maritimes de toute beauté nous permettent de nous mettre dans l'ambiance de la vie du marin Dantès. Cette liberté sur les flots est contrastée avec l'enfermement dans le sordide Château d'If. Un Dantès évadé et changé ne songe plus qu'à se venger de ses ennemis et il va le faire avec une méticulosité particulièrement machiavélique. Et c'est également un aspect du film qui doit être célébré. Fescourt sait créer la tension entre ses personnages. On voit le visage de Morcerf qui se décompose lorsqu'il découvre que Monte-Cristo est en fait Dantès. Et la première confrontation entre la comtesse de Morcerf (Mercédès) et Monte-Cristo a aussi une tension toute particulière alors que Lil Dagover dévisage cet homme qu'elle croit reconnaître. Il faut souligner la belle performance de l'allemande Lil Dagover qui donne à son personnage une vraie dimension humaine. Il est évident que Fescourt avait d'immenses qualités de directeur d'acteurs pour obtenir de sa distribution, dans son ensemble, un tel niveau d'interprétation. 
La construction du récit sur la durée est également magistrale. La longue épopée de Dantès-Monte-Cristo ne connaît pas de temps morts. Et pourtant, Fescourt peut développer des personnages secondaires comme ce vaurien de Benedetto, découvert par hasard par un Caderousse ivre. Et mêmes le flirt entre Valentine de Villefort (Marie Glory) et Maximilien Morrel (François Rozet) n'est pas dépourvu de charme, même si elle n'a qu'une importance secondaire dans le déroulement de l'intrigue. Il faut souligner aussi la superbe qualité de la cinématographie qui passe des paysages ensoleillés de la Méditerranée à la sombre et sinistre auberge de Caderousse qui respire le meurtre et la malfaisance. La superbe restauration du film de 2006 est disponible en DVD avec une partition orchestrale remarquable de Marc-Olivier Dupin. Il est fort rare en France que l'on commande une partition pour orchestre pour accompagner un film. Et, c'est bien dommage car Dupin montre qu'il existe des compositeurs de talent en France. Il réussit remarquablement à suivre les méandres du récit de Dumas en créant l'atmosphère exacte pour chaque scène du film. Il donne au film l'impulsion vitale nécessaire sur toute sa longueur. Espérons qu'il aura l'occasion de réaliser d'autres partitions dans le futur. Nombres de grands films muets français pourraient certainement en tirer bénéfice.

mercredi 4 juillet 2012

Cagliostro - Liebe und Leben eines großen Abenteurers 1929

Cagliostro
Un film de Richard Oswald avec Hans Stüwe, Renée Héribel, Alfred Abel, Illa Meery et Charles Dullin

Joseph Balsamo alias Cagliostro (H. Stüwe) fait le tour des cours d'Europe où ils charment les têtes couronnées avec ses tours de magie. Il rencontre un jour Jeanne de Valois (Illa Meery) qui vit dans le dénuement. Il va se servir d'elle pour organiser une escroquerie qui deviendra l'affaire du collier de la Reine...

Cette production franco-allemande est l'une des dernières productions muettes de la prestigieuse société Albatros. En cette année 1929, Albatros n'est pas au mieux de sa forme. Les grands acteurs et metteurs en scène qui ont fait sa renommée l'ont quittée: Alexandre Volkoff, Viatcheslav Tourjansky, Ivan Mosjoukine et Nicolas Koline sont partis à l'étranger. Quant aux metteurs en scènes français qui ont brillé dans la société, ils sont également absents: René Clair, Jacques Feyder ou Marcel L'Herbier ne travaillent plus en son sein. Le cinéma français en cette fin des années 20 se tourne de plus en plus vers des coproductions franco-allemande avec des distributions polyglottes. Le cinéma allemand représentait une véritable industrie bien financée face à un cinéma français fragmenté et qui a dû mal à intéresser les bailleurs de fond. Il n'est donc pas étonnant qu'Albatros se mette à travailler en collaboration avec Wladimir Wengeroff, qui a participé au financement du Napoléon (1927) d'Abel Gance. Cette super-production durait à l'origine plus de deux heures. Malheureusement, le film ne nous ait parvenu que sous la forme d'une version réduite Pathé-Baby (au format 9,5mm) qui offre une copie de moins de 60 min. Ces versions abrégées pour le cinéma chez soi tronçonnent l'intrigue d'un film jusqu'à en faire une série de saynètes raccordées par de longs intertitres pour boucher les trous. C'est très exactement ce qui se passe pour ce Cagliostro. Aucun des personnages n'a vraiment le temps d'être développé et l'intrigue galope à grande vitesse. Néanmoins, certains grands chefs d'oeuvre du muet ont parfois survécu à ce traitement comme le Napoléon de Gance. Mais, ce qui reste de ce film de Richard Oswald n'offre aux yeux rien de bien révolutionnaire. Nous sommes en présence d'un film en costumes avec de riches décors (signés Meerson) qui reste bien en deçà de ce que le cinéma français de l'époque pouvait offrir comme avec L'Argent (1929) de Marcel L'Herbier. Comparé aux titres les plus prestigieux de la compagnie Albatros, ce Cagliostro n'est qu'une petite curiosité de cinémathèque. Est-ce la vision de la poitrine nue de Jeanne de la Motte (Illa Meery) qui a titillé l'éditeur de DVD ? Si la vision de cette nudité est un facteur d'édition alors il serait temps de se pencher sur L'Enfant du carnaval (1921, I. Mosjoukine) ou sur Casanova (1926, A. Volkoff) qui sont des films autrement plus passionnants et qui contiennent eux aussi leur lot de nudité. Cagliostro est un film bien mineur et sans grand intérêt.

dimanche 1 juillet 2012

The Covered Wagon 1923

La Caravane vers l'Ouest
Un film de James Cruze avec James Warren Kerrigan, Lois Wilson, Tully Marshall, Ernest Torrence et Alan Hale

1848, deux convois de chariots bâchés se préparent à partir de Kansas City vers l'Oregon. L'un des convois est dirigé par Sam Woodhull (A. Hale) qui convoite la jolie Molly (L. Wilson). Mais, elle n'a d'yeux que pour Will Banion (J.W. Kerrigan) que Woodhull cherche à discréditer. Ils vont affronter des dangers innombrables: traversée du fleuve Platte, attaque d'indiens et la prairie en feu...

The Covered Wagon est le tout premier western épique. Son importance dans l'histoire du cinéma et du western ne doit pas être sous-estimée. Hélas, j'ai constaté avec effarement qu'aucun des spécialistes du western qui interviennent dans les nombreuses 'featurettes' qui accompagnent l'édition 'Grandeur' de The Big Trail (1930) ne mentionne même le titre du film. Pourtant, The Big Trail n'aurait jamais existé sans The Covered Wagon dont il démarque l'intrigue. Tous les aspects documentaires (traversée des fleuves, vie des pionniers) sont déjà là dans ce film. je vais donc essayer de vous donner une vue aussi complète que possible de ce film, certes imparfait mais visuellement splendide.
James Cruze en 1923
Quand en 1923, Jesse Lasky, qui est à la tête de la Paramount, confie ce projet à James Cruze, il veut faire un coup: offrir au public un western de vaste dimension en adaptant un roman célèbre de Emerson Hough. Il choisit James Cruze qui a du sang de pionnier dans les veines. En effet, ses parents d'origine danoise ont eux-mêmes traversé les Etats-Unis jusqu'en Utah sur les traces de Brigham Young, le champion de mormons. Le tournage sera une vraie épopée à travers le Nevada et l'Utah où les figurants et les acteurs devront vivre comme leur ancêtres du XIXème siècle. Ils ont en outre engagé un groupe d'indiens Arapaho pour servir de figurants dans le film. Comme la plupart ne parlent pas l'anglais, on engage également le colonel Tim McCoy, un vétéran des westerns pour servir d'interprète. Il est un des rares américains blancs qui 'parle' le langage des signes des indiens. On arrive à retrouver des chariots bâchés d'époque (des chariots Costenoga) pour le tournage. Tous les ingrédients sont donc là pour assurer l'authenticité du film. Parmi les techniciens du film, il y a l'excellent Karl Brown qui est responsable de la cinématographie et Dorothy Arzner -la future réalisatrice- est embauchée comme monteuse. Cruze est maintenant un réalisateur quasiment oublié car la plus grande partie de son oeuvre est muette. A la Paramount, il a dirigé plusieurs films à grand spectacle tel que Old Ironsides (Vaincre ou Mourir, 1926) où on peut admirer une reproduction à l'échelle de la frégate Constitution ainsi que des batailles navales impressionnantes. Il a aussi à son actif un excellent mélodrame social The Mating Call (1928) sur le KKK. Avec ce Covered Wagon, il est d'abord réticent à l'idée de réaliser un western, un genre qui appartenait plutôt à la série B à cette époque. le résultat sera un gros succès au box-office et poussera la Fox à produire The Iron Horse (1924) l'année suivante. 

L'intrigue de The Covered Wagon contient tous les ingrédients du western moderne. Le héros, vétu de couleur clair, est le scout Will Banion (J.W. Kerrigan) qui doit faire face au traitre Sam Woodhull, interprété par un jeune Alan Hale (qui fut Little John dans le Robin Hood de 1922 et de 1937). L'héroïne Molly (Lois Wilson) va douter de l'intégrité de Banion à cause des insinuations de Woodhull. Il y aussi les personnages comiques interprété brillamment par Tully Marshall (un des piliers du cinéma muet dans les seconds rôles) et Ernest Torrence (une grande brute qui en impose dans de nombreux films tel Tol'able David (1920) de Henry King). Il faut d'ailleurs noter que Marshall reprend quasiment le même rôle en trappeur alcoolique dans The Big Trail.

Pour en revenir à l'aspect documentaire du film, on assiste à la traversée du fleuve Platte avec les chariots équippés de rondins ainsi que la traversé à la nage du bétail et des chevaux. Karl Brown capte brillamment les reflets du soleil sur l'eau au milieu des bêtes qui nagent furieusement vers la rive opposée. Une traversée que l'on retrouva quasiment à l'identique dans The Big Trail.

En ce qui concerne les indiens dans le film, leur image est certes celle de guerriers qui vont se battre pour défendre leur sol face à l'envahisseur. Cet envahisseur, c'est le visage pâle avec une charrue. Il va transformer les vastes prairies où s'ébattent librement les bisons en champs clôturés. D'ailleurs, c'est cette charrue qui est montrée du doigt dès le début. Et si les indiens attaquent le convoi, c'est à la suite du meurtre d'un des leurs par le traitre Woodhull. A cette époque-là, les indiens au cinéma ont droit à un peu plus de respect qu'ils n'en auront durant la décade suivante. D'ailleurs Bridger (T. Marshall) a deux épouses indiennes qu'il présente à ses amis!

Pour les scènes d'action, Cruze n'a pas l'imagination d'un Walsh ni d'un Ford ; mais, l'attaque des indiens la nuit a quand même de l'allure. De nombreux cascadeurs réalisent des cascades particulièrement dangereuses comme ce cheval qui tombent du haut d'une falaise.

Les défauts du film résident dans le personnage central de Banion avec un James W. Kerrigan assez pâle et trop maquillé. Molly, bien jouée par Lois Wilson est une héroïne avec du charme, mais peu de saveur. Il également manque aux scènes d'action ce petit plus qui les rendraient encore plus spectaculaires en variant les angles de prise de vue. Mais, pour la pure beauté des images, ce film est indispensable. Kevin Brownlow compare la cinématographie de Karl Brown à un tableau de Frederic Remington.

Voilà un film qu'il faudrait absolument voir sur grand écran pour apprécier les détails et la beauté de la cinématographie. La copie que j'ai vue a été réalisée à partir d'éléments issus du négatif original (même si certaines fragments sont issus de copie 16 mm) et on ne peut qu'être ébloui par la précision et la finesse des détails. Malheureusement, ce film n'est pas disponible en DVD et n'est jamais diffusé sur TCM. Les captures que j'ai réalisées ont été faite sur une copie réalisée à partir d'un laser disc du film. Même sur cette copie imparfaite, on peut voir la qualité de l'original en 35 mm. Un autre élément important dans ce film, c'est la musique. Hélas, on a droit à une accompagnement à l'orgue Wurtlizer de l'inévitable Gaylord Carter qui n'apporte pas le mouvement et le souffle qu'il faudrait. A quand un accompagnement orchestral...?

Wild and Woolly 1917

Un film de John Emerson avec Douglas Fairbanks, Eileen Percy et Sam de Grasse

Jeff Hillington (D. Fairbanks), un new-yorkais, fils d'un riche magnat des chemins de fer, est obsédé par l'ouest sauvage. Sa connaissance de l'ouest se limite à la lecture de 'pulp magazines' et à la vision de westerns au cinéma. Un jour, son père l'envoie à Bitter Creek (Arizona) pour examiner la création d'un nouvel embranchement ferroviaire. Les habitants lui préparent une surprise : ils s'habillent en costume des années 1880...

Cette délectable parodie de western est due à la plume d'Anita Loos, qui était alors l'épouse de John Emerson, le réalisateur de ce film. Le rôle principal a été écrit pour un Fairbanks en grande forme qui se projette dans le monde du western comme le pourrait de nos jours quelque fana du DVD. Il a décoré sa chambre avec un tipi, des fusils, des tapis indiens, un selle de cheval et autres tableaux du Vieil Ouest. Evidemment de la fiction à la réalité, il y a un monde. En 1917, l'ouest est totalement civilisé. Il n'y a plus de chevaux, mais des voitures et plus personne ne porte les costumes de cow-boys qu'il affectionne. Qu'à cela ne tienne, les habitants de Bitter Creek vont faire de leur mieux pour ne pas décevoir ce citadin dans les nuages. On lui organise des fusillades, des chevauchées, etc. Il tombe d'autant mieux dans le panneau qu'il est ébloui par la belle Nell (E. Percy) qui joue elle aussi très bien son rôle. Mais, l'histoire prend un tournant inattendu lorsque cet escroc de Steve Shelby (S. de Grasse) décide de profiter des festivités pour attaquer le train. Et alors - coup de théâtre! - le citadin se métamorphose en héros de western caracolant à cheval à la poursuite des bandits. L'ensemble du film conserve un ton très 'tongue in cheek' avec un Fairbanks débordant de dynamisme et de gaîté. 

Heart o' the Hills 1919

La fille des monts
Un film de Sidney Franklin avec Mary Pickford, Harold Goodwin, Claire McDowell, Sam de Grasse et Jack Gilbert

Mavis Hawn (M. Pickford) habite les montagnes du Kentucky avec sa mère (C. McDowell). Son père a été assassiné dans des conditions mystérieuses et Mavis voudrait venger sa mort. Voici qu'arrive dans ce pays reculé, quelques étrangers qui ont entendu parler d'un filon de charbon...

Mavis (M. Pickford) et Jason (H. Goodwin)
Cet excellent film a été tourné entièrement dans les montagnes de San Bernadino (Californie) qui figurent le Kentucky de l'histoire. Tiré d'un roman de John Fox Jr., le scénario de Frances Marion transforme le héros 'hill-billy' (le nom des habitants de cette contrée reculée du Kentucky) en héroïne. Mavis Hawn est obsédée par la mort violente et subite de son père et ne songe qu'à le venger. Tel un garçon manqué, elle monte à cheval et tire au fusil. Son petit ami Jason (Harold Goodwin) est le fils de l'inquiétant Steve Honeycutt (S. de Grasse, un spécialiste des rôles de méchant). La vie est insouciante pour les deux adolescents qui vont à la pêche ; même si leurs parents respectifs leur assènent des coups violents par moment. Tout change lorsqu'arrivent un certains nombres d'étrangers de la ville qui viennent prospecter ces montagnes inviolées. On reconnait alors un jeune John Gilbert (crédité sous le nom de Jack Gilbert) en fils de bonne famille. En effet, le sol est extrêmement riche en charbon, ce qui attise la convoitise de plusieurs personnes. Les malheureux paysans de cette région pauvre vont probablement être expropriés et expulsés de leur misérables cabanes en bois. Mais, ils décident de s'organiser pour résister. Habillés tout de blanc avec une cagoule, dans un costume typique du Ku Klux Klan, ils attaquent de nuit les prospecteurs. Un homme est tué et Mavis, qui a participé à l'expédition, est accusée du meurtre. Lors du procès, le jury entier s'accuse du meurtre. Mavis est sauve et parten ville pour acquérir une éducation qui lui fait défaut. 
Gray Pendleton (J. Gilbert) et Mavis
Sur ce canevas riche, Franklin réalise un superbe film qui passe du mélodrame à la comédie. Mais, le ton d'ensemble reste assez noir avec comme point final la mort de l'assassin du père. Mary Pickford use de toutes les cordes de son arc pour interpréter Mavis, la sauvageonne devenue civilisée. L'adolescente devient une femme sûre d'elle-même et qui veut décider de son destin. La cinématograpie de Charles Rosher est une constante splendeur, des sous-bois dans la pénombre aux gros plans lumineux de Mary Pickford. Sur le DVD Image Entertainment-Milestone, il n'y a qu'un seul élément défavorable: la musique de Maria Newman. La fille du célèbre Alfred Newman offre une partition grinçante qui par moment se détache totalement de l'action du film au point d'en faire perdre le fil. Mais en dehors de cette inconvénient, la copie est superbe. Un des tous meilleurs films de Mary Pickford.