dimanche 4 décembre 2011

Le Juif Errant 1926 (I)


Un film de Luitz-Morat avec Maurice Schutz, Antonin Artaud, Gabriel Gabrio et Jeanne Helbling

Ep. 1 - Les Ardents
Une société secrète et criminelle, Les Ardents, dirigée par le sinistre M. d'Aigrigny (M. Schutz), souhaite capter l'héritage fabuleux de M. Rennepont. Pour ce faire, il faudra empêcher les héritiers d'arriver au rendez-vous fixé à Paris pour le 13 février 1832...

Cette production Ciné-Romans a été produite par Louis Nalpas, alors en charge de la production. Cette société se spécialisait dans les adaptations de romans célèbres sous forme de films en épisodes. Le Juif Errant commençait par un prélude biblique qui introduisait le personnage d'Ahasvérus, le juif errant. Malheureusement, la copie présentée hier ne comportait pas ce prologue, ni d'ailleurs les premières scènes qui montraient la mort de Marius Rennepont au XVIIè siècle. Il semble qu'on ait tout simplement oublié de nous les projeter (!) Enfin, le récit commençait par la présentation de cette pseudo-société philantropique, Les Ardents, qui ne cherche en fait qu'à s'accaparer une fortune promise en héritage. Pour ce faire, tous les moyens sont bons. Il faut qu'un seul des héritiers puisse arriver au rendez-vous pour toucher les 100 millions. Ce seul héritier est un prêtre naïf qui ne se rend pas compte qu'il est manipulé par Les Ardents. Puis, nous faisons connaissance avec les autres héritiers qui sont en route vers Paris. Il y a les deux petites filles, Rose et Blanche Simon qui traversent l'Allemagne avec comme garde du corps, le vieux Dagobert (G. Gabrio) qui était l'ordonnance de feu leur père. Dans une auberge de Leipzig, un certain Morock va tuer leur cheval avec sa panthère, puis tenter de les faire arrêter par le bourgmestre. Làs, il n'arrivera pas à ses fins. Pendant ce temps, en France, une autre héritière, Adrienne de Cardoville (J. Helbling) recueille des jeunes orphelines dans son chateau au bord de la mer. Les jeunes filles s'ébattent dans le parc vêtues comme des danseuses de la troupe d'Isadora Duncan. Cette fois-ci, Les Ardents ont une autre tactique. Ils vont essayer de faire interner la jeune femme avec un médecin marron qui la déclarera folle. Ce premier épisode offre une entrée en matière assez riche, malgré l'absence plus que regrettable du Prologue et des premières scènes. Le metteur en scène Luitz-Morat était un ancien acteur. Et on peut lui reconnaître une certaine habilité dans la direction de ses acteurs. Aucun d'eux ne surjoue et chaque personnage est campé avec justesse. Les décors sont riches et offrent une belle atmosphère. J'attends la suite avec impatience. La copie présentée semblait être une reconstitution assez récente, teintée et de belle qualité. On pouvait apprécier au mieux les contrastes remarquables de la pellicule orthochromatique.

mardi 29 novembre 2011

Q Planes 1938

Armes Secrètes
Un film de Tim Whelan (& Arthur Woods) avec Ralph Richardson, Valerie Hobson et Laurence Olivier

Charles Hammond (R. Richardson) est un agent secret chargé de retrouver la trace de prototypes d'avions qui ont disparu mystérieusement en mer. Il se rend à la société Barrett où un nouveau prototype va bientôt être testé ...

Ce film britannique réalisé par l'américain Tim Whelan, ancien gagman de Harold Lloyd, est une petite merveille de drôlerie. J'ai été stupéfaite de reconnaître un rythme étourdissant, proche de la 'screwball comedy', dans un film anglais de cette époque. Les trois acteurs principaux s'en donnent à coeur joie dans ce pré-James Bond des années 30 qui doit certainement beaucoup à son réalisateur. Mais, c'est Ralph Richardson qui crève l'écran avec une performance comique et décalée qui montre un sens comique absolument formidable. Apparemment, son personnage d'espion élégant avec chapeau melon et parapluie inspira (bien plus tard) les créateurs de John Steed dans The Avengers (Chapeau melon et bottes de cuir). En tout cas, il porte le film avec finesse et détachement, avec un gag récurrent. On le voit téléphoner précipitamment à sa petite amie Daphne pour lui dire qu'il ne sera au rendez-vous, tandis que celle-ci essaie de lui dire quelque chose qu'il n'a pas le temps d'entendre. De son côté, la géniale Valerie Hobson est la soeur de Richardson, qui travaille dans le journalisme et enquiquine quelque peu son cher frère. Elle est insolente, élégante et formidable. Laurence Olivier est un peu en retrait par rapport à ses deux comparses en pilote d'essai casse-cou. Il faut ajouter que le film comporte quelques scènes qui annoncent les futurs James Bond avec le 'harponnage' en plein vol d'avions qui sont ensuite chargés sur un cargo. Ce qui pourrait être un film de propagande sans intérêt devient un soufflé léger et euphorisant. Absolument délicieux.

mercredi 16 novembre 2011

Love is a Racket 1932


Un film de William A. Wellman avec Douglas Fairbanks Jr., Frances Dee, Ann Dvorak, Lee Tracy, Lyle Talbot et André Luguet

Jimmy Russell (D. Fairbanks Jr.) est un journaliste spécialisé dans les potins à Broadway. Il côtoie les racketeurs et les chorus girls toute la journée. Il est très amoureux de la belle Mary Wodehouse (F. Dee), une apprentie comédienne qui cherche à percer. Mais, elle a des dettes et celles-ci sont rachetées par un racketeur notoire, Eddie Shaw (Lyle Talbot)...

Ce pre-code signé Wellman se déroule dans le milieu interlope de Broadway. On y croise racketeurs, bootleggers, producteurs, jeunes starlettes et le journaliste Jimmy Russell qui vit en immersion dans ce milieu pour alimenter ses chroniques en commérages croustillants. Il n'a rien d'un héros et c'est sans aucun doute un homme à femmes qui passe de l'une à l'autre à grande vitesse. Il va néanmoins tomber de haut en s'amourachant de Mary Wodehouse, une jeune starlette. Celle-ci se refuse à lui, mais il persiste. Et il va aller très loin pour la sortir d'un mauvais pas. Ses chèques sans provision ont été rachetés par un racketeur qui souhaite l'ajouter à son tableau de chasse. Finalement, il sera tué et Jimmy couvrira le meurtre en le maquillant en suicide. Malgré tout, Mary le laissera tomber pour un homme plus riche qui peut lui assurer une carrière à Broadway. Ce film de 70 min est très bien joué par un Douglas Fairbanks Jr. comme un poisson dans l'eau en journaliste fouineur et la délicieuse Frances Dee joue de sa séduction avec habilité. Un bon petit Wellman.

Stage Struck 1925


Vedette
Un film d'Allan Dwan avec Gloria Swanson, Lawrence Gray, Gertrude Astor et Ford Sterling

Jennie Hagen (G. Swanson) est serveuse dans un petit restaurant minable. Elle est follement amoureuse de Orme Wilson (L. Gray) qui prépare les crêpes. Hélas, il ne s'intéresse qu'aux actrices. Jennie songe à en devenir une pour lui plaire...

Cette comédie signée Allan Dwan a la particularité de contenir plusieurs séquences en Technicolor bichrome, au début du film et à la fin. Le film joue de l'image de Gloria Swanson telle qu'elle avait été véhiculée par les films de DeMille. Le début du film introduit d'une manière tonitruante une grande actrice vêtue de tenues totalement extravagantes, le tout en Technicolor. Alors que l'actrice se lance dans une interprétation de Salomé et attrape le plateau d'argent où repose la tête de Saint Jean-Baptiste, nous retombons sur terre. La serveuse Jennie Hagen est là, le plateau à la main, en train de se faire houspiller. Tout ce que nous avons vu n'était qu'un beau rêve éveillé de Jennie. Le Technicolor disparaît remplacé par le sépia. Gloria Swanson est mise à rude épreuve dans ce film, comme dans Manhandled (1924, A. Dwan). Elle se débat au milieu d'une salle de restaurant bondée où elle tente tant bien que mal de servir les tables face au flot de clients qui l'envahissent. Vêtue d'une robe informe et à peine coiffée, elle ne projette que fort peu de sex-appeal. Il n'est guère étonnant que Lawrence Gray ne la remarque pas, dans sa chambre tapissée de photos de stars de cinéma. Je n'ai pu m'empêcher de penser au chef d'oeuvre comique de King Vidor The Patsy (1928) où Marion Davies a aussi beaucoup de mal à attirer l'attention du même Lawrence Gray en parodiant de grandes stars d'Hollywood. Ici, dans une courte scène, Gloria fait de même, trois ans avant le film de Vidor. Jennie suit des cours par correspondance pour devenir actrice, une des excroqueries typiques de ces années 20. Puis, elle se retrouve face à une rivale féroce, jouée par avec talent par Gertrude Astor, une actrice d'un show-boat. Elle change son apparence en singeant le style de sa rivale, puis se fait engager par le patron du show-boat pour un match de boxe ! Jennie arrivera finalement à capturer le coeur de son Orme après bien des péripéties. Dans ce film, Gloria semble retourner à ses débuts à la Keystone et à son slapstick tonitruant. Elle s'en sort bien. Mais, finalement, elle était plus attachante dans Manhandled qui offrait plus d'humour et moins de chutes. Une comédie sympathique.

samedi 5 novembre 2011

La Terre Promise 1924


Un film de Henry Roussell avec Raquel Meller, Max Maxudian, Tina de Izarduy, Pierre Blanchar, Albert Bras et André Roanne

En Bessarabie, dans un ghetto juif, la famille Sigoulim célèbre la Pâques juive. Samuel Sigoulim (A. Bras) est un rabbin pieux qui vit selon la tradition talmudique alors que son frère Moïse (M. Maxudian) lui s'est lancé dans les affaires. Moïse fait fortune dans le pétrole et part pour Londres emmenant ses deux jeunes nièces Lia (R. Meller) et Esther (T. de Izarduy)...

Henry Roussell est une figure oubliée du cinéma muet français. Il mériterait pourtant d'être redécouvert car il est l'un des rares metteurs en scène de cette époque qui pouvait être aussi appelé un 'auteur' avant même que ce terme ait été créé. En effet, Henry Roussell, en plus d'être un excellent acteur, écrivait lui-même les scénarios de ses films et ceux-ci n'étaient pas de simples adaptations de romans ou de pièces de théâtre, mais des scénarios entièrement originaux. Ayant déjà pu voir plusieurs films d'Henry Roussell, j'ai toujours été conquise par sa capacité à faire vivre ses personnages dans leur milieu naturel, quel qu'il soit: dans L'Ile enchantée (1927), nous sommes en Corse où la tradition affronte la modernité alors qu'un barrage hydroélectrique est en construction, dans Violettes Impériales (1923), déjà avec Raquel Meller, une petite bouquetière de Séville devient la coqueluche de Paris sous le Second Empire et dans La Valse de l'adieu (1928), Chopin se souvient de sa jeunesse en Pologne. (Il faut d'ailleurs préciser que Violettes Impériales est bel et bien un scénario original de Roussell qui ne sera transformé en opérette qu'en 1948 par Vincent Scotto.) La variété des sujets abordés tranche avec les mélos mondains qui abondent dans le cinéma français des années 20. Avec cette Terre Promise, il nous fait revivre les ghettos juifs d'Europe de l'est, en Bessarabie (qui est maintenant la Moldavie). Avec un talent remarquable, il nous dresse le portrait de cette communauté qui vit dans le dénuement. Bien loin de recréer les stéréotypes juifs, les personnages sont complexes. D'un côté le rabbin Samuel vit au milieu de son peuple dans le dénuement, dans le plus grand respect des traditions, et de l'autre Moïse qui trouve que ces traditions sont surrannées et veut faire fortune coute que coute. Les deux filles du rabbin, l'aînée Esther et la cadette Lia sont également partagées dans leur acceptation des traditions. Esther aime la belle vie qu'elle découvre à Londres et se détourne du passé, alors que la plus jeune elle reste fidèle aux principes de justice de son père. Mais, Lia est amoureuse d'un 'gentil', André (A. Roanne), un fils d'aristocrate, qui n'appartient pas à la communauté. Elle devra faire un choix cornélien entre rester fidèle à sa famille ou partir pour toujours pour suivre l'homme qu'elle aime.
Les deux soeurs sont jouées par Raquel Meller et sa soeur Tina (créditée sous le nom de Tina de Izarduy) ce qui renforce la crédibilité de leur affrontement. En effet, elles sont toutes deux amoureuses du même homme, et Esther ne reculera devant rien pour se venger de sa soeur et de sa communauté. Le film culmine alors que les travailleurs des champs pétrolifères décident de mettre le feu aux puits. Esther les incite à la violence raciale en attisant les rancoeurs entre juif et non-juif. Henry Roussel montre une grande habilité à la construction de son récit entre rivalité amoureuse et histoire sociale. Il est aussi un metteur en scène habile qui sait créer une atmosphère aussi bien pour une scène intime que pour une émeute. Il y a une superbe séquence sous une pluie battante où André va partir, désespéré d'être abandonné par celle qu'il aime. Il est rejoint par Esther qui se jette à son cou, lui avouant ses sentiments longtemps refoulés. Esther dégage exactement la sensualité rebelle de son personnage, accentuée par l'averse. Le début du film nous montre la cérémonie de la Pâques juive où un verre de vin est servi pour le Prophète Elie. Puis, on ouvre symboliquement la porte pour le laisser entrer. La petite Lia, qui va ouvrir cette porte au début, se méprend en voyant un petit garçon tout de blanc vêtu dans la rue et le prend pour le prophète. La cérémonie se répète 13 ans plus tard, Lia ouvre la porte, le petit garçon est maintenant André, son amoureux qui l'attend dehors. Elle va lui rendre sa bague, lui signifiant qu'elle ne peut quitter le giron familial. On ne peut que louer les interprètes du film, des soeurs Meller, à leur meilleur, à un jeune Pierre Blanchar qui joue un rôle secondaire en jeune frère destiné au rabbinat. L'opérateur Jules Kruger fait merveille avec de superbes intérieurs contrastés. La copie restaurée en 1987 semble malheureusement incomplète. Il semble que le prologue était nettement plus long que ce qu'il en reste, si on en croit les synopsis d'époque. Néanmoins, cette Terre Promise reste un film passionnant.

lundi 24 octobre 2011

Treasures V: The West (III)


Passing from the Oklahoma Outlaw (1915, William Tilghman & James Bennie Kent) avec William Tilghman - Prod. Eagle Film Co.

Ce film étonnant est l'oeuvre du Frontier Marshal Tilghman. Il ne reste que quelques fragments de ce film de 6 bobines. il a été écrit, réalisé et joué par le Marshal lui-même et nous le montre en train de rechercher et de débarrasser l'ouest de ses hors-la-loi. Tilghman était un héros véritable qui venait de passer 30 ans à éliminer ceux-ci. Comme il désapprouvait fortement les films d'Al Jennings qui donnait une image romantique des hors-la-loi, il décida lui aussi de donner sa version des choses en créant sa propre société de production, La Eagle. Il recrée donc pour la caméra les différentes violentes fusillades qui l'opposèrent aux gangs de l'Oklahoma. Comme pour le film de Jennings, mais sous un angle différent, nous retrouvons un ouest reconstitué par ceux qui l'ont vécu. Tilghman était une légende de l'ouest. Il avait capturé un des frères Doolin du gang Doolin-Dalton. Apparemment toujours en activité, il arrêta le tournage de ce film pour partir à la recherche d'un malfaisant. On a le sentiment de regarder un documentaire face à ces fragments stupéfiants.

Legal Advice (1916, Tom Mix) avec Tom Mix et Victoria Forde - Prod. Selig Polyscope Co.

Cette comédie de Tom Mix avec Tom Mix est assez typique des films de ce cow-boy qui fut une superstar du genre. Plus tourné vers les cascades et les situations comiques, il ne cherche pas à créer des personnages réels, comme le ferait un William S. Hart, mais à donner au public un bon divertissement. Champion des cascades à cheval, il est ici un cow-boy maladroit qui tente de plaire à une jolie avocate venue s'installer dans l'Ouest sauvage. Je n'ai jamais vraiment accroché aux films de Mix qui m'a toujours paru être un cow-boy d'opérette ou de cirque. Ce petit court-métrage sans prétention est agréable sans plus.
The Girl Ranchers (1913, Al Christie) avec Marie Walcamp et Ramona Langley - Prod. Nestor Film Co.

Cette comédie a une réalisation assez sommaire, ainsi que ses éclairages. Elle se moque de jeunes femmes téméraires qui héritent d'un ranch et décident de le diriger elles-mêmes. Nous avons droit aux bons gros clichés sexistes sur ces dames en jupons qui viennent diriger des cow-boys virils et moustachus. Elles seront sauvées de l'attaque des indiens par ces mêmes hommes dont elles voulaient raser la moustache. Tout cela est assez faible, mais probablement représentatif d'une certaine veine de courts-métrages de l'époque.

samedi 22 octobre 2011

Treasures V: The West (II)


The Better Man (1912, Rollin S. Sturgeon) avec George Stanley et Anne Shaefer - Prod. Vitagraph Co. of America

La compagnie Vitagraph était la principale rivale de la Biograph dans les années 10. Malheureusement, seule une toute petite fraction de sa production a survécue alors que la Biograph est superbement conservée au MoMA. Ce Better Man se révèle être un excellent petit western, rondement mené et très bien joué. Une femme est seule avec son enfant malade dans une maison isolée quant un bandit mexicain arrive. Il meurt de faim et mange goulument du pain. La femme le supplie d'aller chercher un médecin car son enfant est gravement malade. Son époux lui préfère jouer dans les saloons. Le bandit se dévoue et au péril de sa vie, ramène le médecin. L'époux de la femme va ensuite tenter de donner ce bandit pour toucher une récompense. Sa femme le retient en lui faisant remarquer que ce bandit est un 'homme meilleur' que lui et lui demande de partir. Un excellent montage parallèle couronne le final.


Bronco Billy and The Schoolmistress (1912, Gilbert M. Anderson) avec G.M. Anderson - Prod. Essanay Film Manufacturing Co.

Cette comédie sur fond de western comporte comme personnage central, une femme. Dans cet ouest masculin, certaines figures féminines deviennent incontournables telle la maîtresse d'école. Gilbert M. Anderson était sans aucun doute un des tous premiers cow-boys de l'écran dans The Great Train Robbery (1903). Dans les années 10, il est célèbre sous le nom de Bronco Billy. Il dirige une énorme quantité de courts-métrages avec ce personnage pour la Essanay (S and A) dont il est un des fondateurs. Dans ce film, il joue un cow-boy amoureux d'une maîtresse d'école qui n'a pas froid aux yeux. La dame sort seule le soir avec un révolver dans sa poche. Quand on tente de lui faire peur en imitant un hold-up, elle se rebiffe. Et elle arrive même à démasquer le malfaisant qui a tenté de descendre Bronco Billy lors de la fausse attaque. Pas un grand film, mais une comédie sympathique.


Over Silent Paths: A Story of the American Desert (1910, D.W. Griffith) avec Marion Leonard, Dell Henderson, W. Chrystie Miller - Prod. Biograph Co.

Ce superbe court-métrage de D.W. Griffith photographié par Billy Bitzer a été tourné en Californie. Contrairement aux hideuses copies des courts-métrages Biograph qui sont disponibles sous diverses étiquettes, nous avons ici accès à une copie tirée du négatif original conservée au Museum of Modern Art. On peut donc y apprécier pleinement le travail de profondeur de champ et de composition de Bitzer. L'intrigue est superbement construite. Un chercheur d'or et sa fille décide de quitter le désert. Mais, un vagabond arrive et tue le vieil homme et s'empare de son or. Seule, la fille repard et chemin faisant trouve un homme inanimé dans le désert. Elle vient à son secours et tombe amoureuse de lui tout en ignorant qu'il est le meurtrier de son père. Mais, lorsqu'elle découvrira la vérité, elle le livrera au shérif. Marion Leonard fait une saisissante composition de femme forte dans un milieu hostile. Il faut la voir enlacer l'homme dont elle va prendre le révolver. Chaque plan est composé avec un soin remarquable, utilisant les extérieurs avec soin. Un très beau Griffith.

Treasures V: The West (I)


The Tourists (1912, Mack Sennett) avec Mabel Normand - Prod. Biograph Co.

Dans les années 10, les passagers des Santa Fe Railways s'arrêtaient à Albuquerque (Nouveau Mexique) pour aller faire un tour dans un village indien typique et pour acheter des poteries faites par les indiens du coin. Mack Sennett, qui ne va pas tarder à créer la Keystone, tourne cette petite comédie sur place à Albuquerque en se moquant de ces touristes qui passent en coup de vent pour faire du shopping. Trixie (M. Normand alors âgée de 19 ans) y flirte avec un chef indien avant de se faire chasser par des 'Suffragettes' indiennes! Le film a le style trépidant typique des comédies de Sennett qui ne cherchent en aucune façon à créer des personnages crédibles. Néanmoins, on rit bien en voyant ces touristes pressés des années 10 qui ne sont guère différents de ceux de maintenant.


The Sergeant (1910, Francis Boggs) avec Hobart Bosworth et Iva Shepard - Prod. Selig Polyscope Co.

Ce court-métrage a été produit par la Selig Polyscope Company qui fut la première société de production installée à Hollywood en 1909. Le film a été tourné au parc national de Yosemite et chaque carton d'intertitre nous détaille le lieu remarquable où chaque scène a été tournée. Sur une trame assez simple, le film en profite pour nous faire découvrir les plus belles cascades de Yosemite. Un sergent est amoureux de la fille de son officier supérieur. Partis en promenade, leurs chevaux sont dérobés par des indiens rebelles. Déchu de son grade, il ne le recouvrera qu'après un acte de bravoure. Ce film Selig a été redécouvert récemment et permet de se faire une idée du travail de Francis Boggs dont presque tous les films ont disparu. Ce court-métrage tient la route grâce à la composition visuelle et son rythme.

Last of the Line (1914, Jay Hunt) avec Sessue Hayakawa, Joe Goodboy et Tsuru Aoki - Prod. Thomas H. Ince/NY Motion Picture Corp.

Voici une des perles du coffret Treasures V. Ce western de deux bobines produit à Inceville, le studio de Thomas H. Ince, a été tourné avec de vrais Indiens Sioux, avec un des leurs dans le rôle principal, crédité sous le nom de Joe Goodboy. L'année précédente, le japonais Sessue Hayakawa qui étudiait à Chicago avait signé un contrat avec Ince, bien qu'il n'ait eu aucune expérience professionnelle en tant qu'acteur. On retrouve aussi au générique la japonaise Tsuru Aoki, qui était l'épouse de Sessue. Dans ces années-là, les westerns de Ince bénéficie de son immense ranch qui lui sert de studio et de la présence de vrais indiens, qui venaient des spectacles de cirque. Sessue Hayakawa y est le fils du chef Sioux Grey Otter (loutre grise), parti étudier chez l'homme blanc. Son père attend impatiemment le retour de son fils unique, le dernier de sa lignée. Hélas, celui-ci est devenu un vaurien qui se soûle en permanence. Puis, celui-ci attaque une diligence avec des Indiens renégats. Son père, qui a signé un traité de paix avec l'armée des hommes blancs, tue son propre fils avant de déplacer le corps vers ceux des victimes pour qu'il recoive la sépulture d'un héros. L'intrigue est incroyable riche et bien menée pour un film de 26 min et aurait pu certainement donné un film de long métrage. Mais, le rythme et la beauté de la composition visuelle en font un bijou artistique qui annonce les dizaines de westerns classiques qui fleuriront dans les années 40. Hayakawa y est un fils d'Indien convaincant face au superbe Joe Goodboy en père déchiré. Le film est superbement accompagné par Stephen Horne au piano et la flûte.