vendredi 19 avril 2013

Der Student von Prag 1913

L'Etudiant de Prague
Un film de Hanns Heinz Ewers et Stellan Rye avec Paul Wegener, John Gottowt, Grete Berger et Lyda Salmonova

Prague, 1820. L'étudiant pauvre Balduin (P. Wegener) signe un pacte avec l'étrange et diabolique Scapinelli (J. Gottowt) qui lui donne la richesse. Il peut ainsi poursuivre la comtesse Margit (G. Berger) dont il est amoureux. Mais, il a perdu son ombre et celle-ci le poursuit...

Cette production Deutsche Bioscop de 1913 suscite toujours des controverses pour savoir qui de Stellan Rye, H.H. Ewers et/ou Paul Wegener a réalisé le film. Cela n'a rien d'étonnant pour une époque où le réalisateur n'avait pas encore atteint le statut de créateur que nous connaissons de nos jours. Mais, en fait, qu'importe ! Ce film est un pur produit de la littérature allemande et le scénariste Ewers a puisé dans les contes d'E.T.A. Hoffmann autant que chez Adalbert von Chamisso (La merveilleuse histoire de Peter Schlemihl) des idées pour la construction de son intrigue (bien qu'il cite Alfred de Musset et Edgard Allan Poe). Le cinéma allemand veut refaire son retard par rapport au film d'art français qui avait commencé dès l'année 1908. Et pour ce faire, Ewers produit cette histoire de pacte avec le diable suivie d'un dédoublement de personnalité qui fleure bon la littérature romantique allemande. Le cinéma de 1913 n'a jamais été meilleur que lorsqu'il regarde la littérature ou la civilisation dont il est issu. Cette année-là voit l'éclosion de films remarquables comme Sumerki zhenskoi dushi du russe Evgeny BauerIngeborg Holm du suédois Victor Sjöström et le superbe Germinal d'Albert Capellani. Le cinéma allemand a toujours très bien su se vendre à l'étranger en mettant l'accent sur ses points forts: l'introspection, le fantastique et plus tard l'expressionnisme. De nos jours, on considère toujours le cinéma muet allemand plus digne d'intérêt que le cinéma muet français. Il faut dire que les restaurateurs allemands ont toujours un temps d'avance sur les français. Ils diffusent leur travail régulièrement sur Arte et sur DVD avec le German Filmmuseum de Munich. Et en plus, ils réalisent un travail méticuleux et scientifique sur chaque film grâce à des archives bien plus fournies que les nôtres (comme par exemple les fiches de la censure). En outre, ils restaurent aussi les partitions musicales originales de leurs films grâce à de nombreux musiciens spécialistes en la matière - comme c'est le cas ici pour la partition (excellente) de Josef Weiss. Si on ajoute que leurs films ont fait l'objet de multiples publications universitaires et de commentaires, leur statut gagne immensément par rapport à tout autre film de la même époque qui n'a pas droit à un pareil traitement. Tout ce préliminaire n'est ici que pour remettre à sa juste place Der Student von Prag. Il a une place importante, certes. Mais, peut-être pas aussi importante qu'on voudrait bien nous le faire croire. Le Doppelgänger, ce double si cher aux romantiques allemands est ici amené par des double expositions certainement très bien réalisées, mais qui ne sont en aucun cas nouvelles en 1913. Jean Durand ou Albert Capellani les avaient utilisées bien avant ce film, et avec tout autant de virtuosité. L'utilisation des décors naturels, en particulier de la vieille ville de Prague, est une très belle réussite. Paul Wegener, encore jeune et mince, est un Balduin halluciné qui tente d'échapper à son double à travers la ville ou les forêts. Le rôle de l'étudiant a ensuite été tenu par des acteurs de la stature de Conrad Veidt en 1926 et d'Adolf Wohlbrück (c-a-d Anton Walbrook) en 1935, ce qui montre l'intérêt qu'il a suscité. Si les éclairages naturels sont superbes, ceux des intérieurs sont souvent uniformes et plats. Dans l'ensemble, ce film est un bel exemple du cinéma allemand des années 10 en termes de qualité d'interprétation et de cadrage. 

samedi 13 avril 2013

The Gay Deception 1935

Le Gai mensonge
Un film de William Wyler avec Frances Dee, Francis Lederer, Benita Hume et Alan Mowbray

Mirabel Miller (F. Dee) une petite secrétaire dans un coin perdu gagne soudain 5 000 dollars à la loterie. Au lieu de placer cet argent, elle décide de se donner du bon temps en visitant New York et en logeant dans un palace, le Waldorf Plaza, où elle rencontre Sandro (F. Lederer) un groom très entreprenant...

Cette comédie légère et sophistiquée est signée par un cinéaste que l'on n'attend pas dans ce genre : William Wyler. En effet, durant les premières années du parlant, il réalise des films rapides et légers comme Counsellor-at-law (1933) avec un John Barrymore étincelant. Dans The Gay Deception, Frances Dee brille de mille feux en petite secrétaire dont la vie est soudainement transformée grâce à un billet de loterie gagnant. L'histoire modernise la fable de Cendrillon. Mirabel quitte sans tambour ni trompette son boulot ennuyeux pour aller découvrir la capitale, dans un luxe inimaginable pour elle qui rêvait d'un petit chapeau à 19 dollars ! La voici devenue une cliente d'un palace que l'on traite avec déférence. Mais, son chemin croise celui d'un groom au comportement très insolent qui se permet de critiquer le dit-chapeau. Ce groom n'est autre qu'un prince incognito qui veut découvrir l'envers du décor dans ce palace. Le rôle est tenu par l'autrichien Franz Lederer (devenu Francis), le partenaire de Louise Brooks dans Die Büchse der Pandora (Loulou, 1929) de G.W. Pabst qui montre là un autre registre de son talent. Mirabel découvre que l'argent ne lui apporte pas immédiatement le bonheur qu'elle espérait jusqu'à ce qu'elle reçoive une invitation à un bal.  Frances Dee montre l'étendue de son talent dans cette comédie qui a tellement ravi son époux Joel McCrea qu'il la fit présenter à son producteur d'alors Samuel Goldwyn, espérant le convaincre d'embaucher Mrs McCrea. Pas de chance ! Goldwyn vit le film et embaucha le metteur en scène William Wyler. Une très jolie comédie qui mériterait d'être mieux connue.

vendredi 12 avril 2013

Blood Money 1933

Un film de Rowland Brown avec George Bancroft, Frances Dee et Judith Anderson

Bill Bailey (G. Bancroft) est un 'bailbondsman', c'est-à-dire qu'il prête de l'argent aux gangsters pour payer leurs cautions. Il tombe amoureux d'Elaine Talbart (F. Dee) qui est kleptomane et la fille d'un richissime homme d'affaire...

Le scénariste Rowland Brown n'a réalisé que trois films. Il fut ensuite mis sur la liste noire des réalisateurs à éviter suite à une rixe avec un producteur. Blood Money est son troisième opus qui, dans cette période heureuse du pre-code, lui permet d'explorer le monde interlope des gangsters et des politiciens corrompus. Le personnage central de Bailey (joué par George Bancroft qui avait joué  les gangsters dans plusieurs films de von Sternberg) est ici une sorte d'entremetteur entre le monde des voyous et celui de la bonne société qui est loin d'être sans reproches. Il empoche des profits juteux en recevant de l'argent de coquins divers tout en entretenant des relations louches avec les juges et les procureurs. Il suit plus le code de l'honneur des gangsters que celui des soi-disant gens honnêtes. Quant à Frances Dee,  c'est une fille à papa qui recherche la compagnie des gangsters avec délice. On devine chez elle un mélange de masochisme et de nymphomanie qui lui fait dire qu'elle rêve "d'être tenue en laisse" par un mauvais garçon ! La compagnie de Bill Bailey ne va pas être suffisante pour cette fille qui cherche à se mettre en danger en volant dans les magasins ou en suivant un gangster en fuite. Ce court film de 65 min se termine par une course poursuite haletante alors que Bailey s'apprête à taper dans une boule de billard chargée d'explosifs. Il faut aussi noter la présence de Judith Anderson dans ce qui fut son premier film en tenancière de boîte de nuit connectée avec la pègre. Rowland Brown brosse un portrait sans concession d'une société gangrénée par la corruption. La fin de la prohibition allait bientôt limiter les actions des voyous et des corrompus. Et l'arrivée du code de production allait lui aussi stopper la dénonciation de la corruption. Un film qu'il faut redécouvrir.

jeudi 4 avril 2013

Napoléon et Capellani (III)


Quelques nouvelles critiques du livre de Kevin Brownlow, Napoléon - Le grand classique d'Abel Gance, dont je suis la traductrice:

Sur le site DVDClassik par Jérémie de Albuquerque:

Pas besoin d’avoir vu Napoléon vu par Abel Gance pour lire cet ouvrage : chaque partie se dévore comme un bon roman d’aventures, porté par le style très fluide et la passion de Brownlow. Son récit commence par la découverte d’un fragment du film sur une vieille copie 9,5 mm, durant son adolescence. Subjugué par les images, il se lance dans une quête sans fin pour obtenir la version la plus complète. Cherchant à récupérer le plus de copies différentes possibles, il rencontre sur sa route moult obstacles, au premier rang desquels la Cinémathèque française : cette dernière lui mettra régulièrement des bâtons dans les roues mais lui offrira, souvent involontairement, certaines de ses plus grandes découvertes.

Et sur le site Forgotten Silver par Loic Guitton:

Des premières tentatives de « reconstructions » réalisées en amateur (à l’aide notamment de bobines dénichées au puces de Saint Ouen) jusqu’aux travaux minutieux opérés avec différentes cinémathèques internationales (et notamment les relations parfois conflictuelles avec un Henri Langlois au comportement jalousement « conservateur »), le livre se dévore telle une enquête historique d’un archéologue à la recherche du Graal. C’est également, en filigrane, un portrait intime et très touchant de Gance (en même temps que de Brownlow), dans lequel transparaît à chaque ligne le respect et l’admiration (sans flagornerie, puis l’ouvrage n’est pas tendre avec lui à plusieurs reprises) de l’auteur pour cette figure du 7ème art. ..Indispensable.

Quant à mon livre, Albert Capellani - Cinéaste du romanesque, j'ai été interviewée à son sujet par Jean-Max Méjean pour Le Nouvel Observateur:


À l’époque du tout numérique, du film d’action et des effets spéciaux à outrance, Christine Leteux se penche à son tour sur le cinéma muet et nous révèle une perle inconnue en France. En effet, qui a déjà entendu parler d’Albert Capellani au pays de la soi-disant cinéphilie? Même pas moi, c’est dire ! L’occasion de le (re)découvrir, grâce à ce joli livre d’historienne passionnante et une rétrospective à la Cinémathèque française, arrive à point nommé. En attendant une pluie de DVD et le cinéma dont Christine Leteux rêve pour nous montrer tous les films que ni la télé, ni l’industrie cinématographique ne diffusent. Alors que notre patrimoine muet regorge de chefs-d’œuvre. 


mardi 26 mars 2013

Tarnished Lady 1931

Un film de George Cukor avec Tallulah Bankhead, Clive Brook, Phoebe Foster, Elizabeth Patterson, Osgood Perkins et Alexander Kirkland

Nancy Courtney (T. Bankhead) accepte de se marier avec le richissime Norman Cravath (C. Brook) car elle et sa mère sont dans la gêne. Le mariage va de mal en pis, et un jour, Nancy quitte Norman...

Cette production Paramount sur un scénario de Donald Ogden Stewart montre à quel point George Cukor avait assimilé rapidement les techniques cinématographiques. Avec The Royal Family of Broadway (1930) et Girls About Town (1931), il montre déjà toutes ses qualités de directeur d'acteur et son habilité avec la caméra qui ne restera pas statique, malgré la difficulté à la faire bouger dans ces années-là. Le film contient tous les éléments du cinéma pre-code avec une Tallulah Bankhead comme un poisson dans l'eau en héroïne qui va jusqu'au bout de ses passions. Issue d'une famille riche qui est maintenant sans le sou, elle doit se sacrifier pour le bien de sa mère (une excellente Elizabeth Patterson) en épousant un homme riche. Elle va cependant passer la nuit avec l'homme qu'elle aime (A. Kirkland) la veille de convoler en justes noces avec Norman (Clive Brook). On n'hésite pas à nous montrer la chambre à coucher avec les deux oreillers qui attendent les jeunes mariés. Lui est très pressé et amoureux, elle pas du tout. Il faut d'ailleurs remarquer la subtile prestation de Clive Brook en homme du monde, à priori guindé, mais qui révèle petit à petit ses faiblesses. Le film bénéficie de nombreuses scènes tournées en extérieur à New York; ce qui était très novateur pour les débuts du parlant (et ne l'était pas du tout au muet). Cukor raconte qu'il avait été déçu par l'image de Tallulah Bankhead à l'écran: "Tallulah était l'actrice la plus brillante et la plus excitante au théâtre et dans la vie de tous les jours, elle était extrêmement amusante, chaleureuse, peu conventionnelle et charmante.  Mais, je ne crois pas que ses qualités émotionnelles soient jamais passées à l'écran. Et elle voulait ressembler à Garbo." Malgré ces réserves, ce mélo est une belle réussite et William K. Everson considère que c'est le meilleur film de Bankhead. Passant d'un luxueux appartement-terrasse à un bar minable , sa Nancy doit surmonter de multiples épreuves pour retrouver sa dignité. Dans les seconds rôles, on reconnait l'innénarable Eric Blore et le formidable Osgood Perkins (le papa d'Anthony). Un excellent Cukor qui  mériterait d'être mieux connu.  

samedi 16 mars 2013

Once in a Lifetime 1932

Jack Oakie, Aline MacMahon et Russell Hopton
Un film de Russell Mack avec Jack Oakie, Sidney Fox, Aline MacMahon, Russell Hopton et Gregory Ratoff

1927, trois artistes de music-hall, George, May et Jerry (J. Oakie, A. MacMahon et R. Hopton) décident de partir tenter leur chance à Hollywood suite à l'arrivée du parlant qui a vidé leur théâtre. Ils créent un cours d'élocution au sein du studio Glogauer dirigé par Herman Glogauer (G. Ratoff)...

Adaptée d'une comédie de George S. Kaufman et Moss Hart, cette délicieuse production Universal nous emmène dans les coulisses d'Hollywood à l'orée du parlant. Les deux auteurs se moquent du système hollywoodien où le bluff passe pour du talent. Les trois artistes de 'vaudeville' n'ont aucun mal à se faire une place dans ce milieu factice où le plus nul d'entre eux, George (très bien joué par Jack Oakie) arrive à faire passer sa bêtise pour du génie auprès du patron, Glogauer. Ce dernier avec son épais accent russe, n'y connaît pas grand chose non plus et il bombarde George producteur exécutif. Il se retrouve en charge de la nouvelle production maison dont la star est la fragile et parfaitement sotte, Susan Walker (Sidney Fox). Bien qu'il se soit trompé de scénario - et que le film paraisse inepte - il est salué par les critiques comme une superbe réussite. Morale de l'histoire : à Hollywood au début du parlant, si on est totalement nul, on a toutes ses chances. Le film fourmille de seconds rôles réjouissants avec la géniale Aline MacMahon qui devient professeur d'élocution en rien de temps en se fabriquant un CV bidon. Zasu Pitts est la secrétaire de Glogauer toujours dans la lune et incapable de se souvenir du nom des visiteurs. Louise Fazenda joue une journaliste 'reine du potin' dans le moule de Louella Parsons. C'est une production atypique pour le studio Universal qui mériterait d'être mieux connue et qui montre qu'Hollywood a su très tôt se moquer de lui-même. Carl Laemmle a eu du nez en achetant cette pièce de Kaufman et Hart.

mercredi 13 mars 2013

Albert Capellani - Cinéaste du romanesque (II)

Le livre est maintenant disponible sur le site de La Tour Verte, fnac.com et amazon.com.

Voici les premières critiques publiées sur le web et dans la presse:

L'Humanité, 13 mars 2013 - La Chronique cinéma d'Emile Breton:
A Capellani, méconnu en son temps en France et reconnu alors aux Etats-Unis, où il devait aller travailler à partir de 1914 (sic), peu présent dans les histoires du cinéma et révélé par les festivals de Bologne (Il Cinema Ritrovato) de 2010 et 2011, Christine Leteux a consacré un livre, Albert Capellani, cinéaste du romanesque, indispensable à tous ceux qui auront pu découvrir ce cinéaste à la Cinémathèque. Il est écrit sobrement, sans recherche. Mais la recherche, heureusement, a précédé l'écriture. Fouillant dans toutes les archives disponibles (plus nombreuses en fait aux Etats-Unis qu'en France) et les rares mémoires de témoins, elle le remet à sa vraie place, une des premières, et fait un sort à trop de fausses informations jusqu'alors reprises sans vérification. Kevin Brownlow, qui préface le livre, souhaite qu'avec cette contribution, "Capellani ne soit plus jamais un oublié de l'histoire du cinéma". Ce serait justice.
A voir à lire, le 3 mars 2013:
La première monographie consacrée à Albert Capellani sort à point nommé au moment où la Cinémathèque Française consacre une rétrospective à ce cinéaste majeur dont on commence enfin à mesurer la stature.
Notre avis : Au moment où la Cinémathèque Française reprend, du 6 au 24 mars 2013, la rétrospective que le Festival Il Cinema Ritrovato de Bologne a consacrée, en 2010 et 2011, à la période française d’Albert Capellani (mais en confrontant aussi sa première Bohème de 1912 à sa Vie de Bohème américaine de 1916), le livre de Christine Leteux est la première monographie consacrée à ce très grand cinéaste dont, grâce aux restaurations récentes et aux éditions DVD (notamment le superbe coffret Pathé), on peut enfin mesurer le rôle précurseur et la véritable stature.  L’auteure, qui s’intéresse aux films rares des années 1910, 1920 et 1930 dans son remarquable blog Ann Harding’s Treasures, s’est livrée à un travail de recherche minutieux qui lui permet de rectifier nombre d’informations erronées qui circulaient jusqu’à présent sur Capellani (et qui résultaient le plus souvent de la confusion de sa biographie avec celle de son frère cadet Paul) et de brosser un portrait très documenté de cette personnalité au fort tempérament. 
Les analyses de films ne sont généralement qu’esquissées mais elles fournissent des aperçus pertinents qui donnent fortement envie de voir sur pièce. Ecrit sur le mode un peu convenu de la biographie (très légèrement) romancée, cet excellent ouvrage, préfacé par Kevin Brownlow et étayé de nombreuses citations d’articles de l’époque ainsi que d’une galerie de photos, ne prétend pas épuiser le sujet mais déblaye utilement le terrain. Il se lit avec grand intérêt et parvient à faire revivre une époque pionnière où tout était encore à inventer. 
Claude Rieffel
Ciné-Région.fr le 12 mars 2013:
À l'occasion de cette rétrospective, les Editions de La Tour verte présentent une biographie, Albert Capellani, cinéaste du romanesque de Christine Leteux, qui avait traduit avec un réel brio l'an dernier le livre La parade est passée... de Kevin Brownlow qui signe ici une préface avec le talent de pédagogue et l'enthousiasme de l'amoureux de cinéma qu'il ne cesse d'être. Le livre est vendu au prix de 14,90 €, notamment disponible à la librairie de la Cinémathèque, et permet de cerner sa personnalité, grâce au travail de recherche de l'auteur qui a du déceler le vrai du faux ( pléthorique ) parmi les rares informations, souvent contradictoires, sur ce réalisateur dont on ne peut qu'un jour rêver de découvrirles quelques petites dizaines d'oeuvres qui doivent être encore restaurées oucomplétées, notamment sont celles de son parcours américain, quasiment totalement absent de ce cycle. Pascal Le Duff
 Et finalement, la critique de Tom Peeping sur son Blog Sniff & Puff:
[...] Albert Capellani, cinéaste du romanesque de Christine Leteux redonne au réalisateur, après une longue éclipse, la place qui est la sienne dans l'histoire du cinéma : celle d'un des plus grands réalisateurs de son temps. Et donne une furieuse envie, après sa lecture, de découvrir les chefs-d'oeuvre préservés de ce créateur visionnaire. Un livre passionnant de bout en bout.

dimanche 3 mars 2013

Mandalay 1934

Un film de Michael Curtiz avec Kay Francis, Ricardo Cortez, Warner Oland and Lyle Talbot

A Rangoon, Tanya (K. Francis) est abandonnée par son amant (Ricardo Cortez) dans une boîte de nuit tenue par l'inquiétant Nick (W. Oland). Contre son gré, elle devient entraîneuse, mais songe à échapper à cet esclavage...

Ce film mis en scène par Michael Curtiz est un excellent mélo 'pre-code' centré sur la belle Kay Francis habillée de robes extravangantes signées Ory-Kelly. Mais, au-delà de la débauche d'organza, le film offre un portrait de femme passionnant. Dans une Birmanie coloniale qui suggère tous les trafics et les corruptions, Kay est en butte aux manigances de son amant, Tony, joué par un Ricardo Cortez louche à souhait. Il la vend à Nick, un oriental libidineux joué par l'inévitable traitre oriental (le suédois!) Warner Oland. La pauvre Kay tente d'abord de résister avant de se résigner et d'apprendre à tirer tout ce qu'elle peut de ses clients masculins, abandonnant tout sens moral. Mais,elle va partir brusquement par bateau pour Mandalay pour se trouver et échapper à la chaleur intense de Rangoon. Sur le bateau, elle rencontre Gregory Burton (Lyle Talbot), un homme - comme elle - déchu qui recherche une rédemption. Alors que le bonheur semble à portée de main, elle retombe sur l'affreux Tony. Le film se termine sur une pirouette étonnante, typique de la période pre-code, elle se débarrasse de son ex-amant et repart sans être inquiétée. Les transformations de Kay dans le film sont une grande réussite : de la douce créature crédule du début à l'entraîneuse désabusée qui sait manier les hommes comme pas une. Un film de 65 minutes parfaitement réalisé et absolument délectable.