dimanche 17 août 2014

Eld ombord 1923

Jan Steen (M. Lang) et Dick (V. Sjöström)
Le Vaisseau tragique
Un film de Victor Sjöström avec Matheson Lang, Jenny Hasselqvist et Victor Sjöström

Le skipper Jan Steen (M. Lang) a épousé Ann-Britt (J. Hasselqvist) qui fut autrefois aimée de Dick (V. Sjöström). Couvert de dettes, Jan doit accepter de transporter une cargaison dangereuse. Son second ayant été blessé, c'est Dick qui le remplace à bord. La tension entre les deux hommes monte rapidement...

Dick (V. Sjöström) et Ann-Britt (J. Hasselqvist)
Eld ombord (littéralement: incendie à bord) est le dernier film muet suédois de Sjöström réalisé avant son départ pour Hollywood. Pour la première fois, il utilise un acteur canadien, Matheson Lang dans le rôle principal. Ce choix est certainement lié au désir de vendre mieux son film à l'international. Cependant le résultat n'est pas tout à fait à la hauteur des précédents films de Sjöström. Matheson Lang, un acteur Shakespearien, n'a pas la subtilité et le naturel des acteurs utilisés généralement par Sjöström. De plus, le scénario est nettement plus traditionnel et attendu que ses précédents chefs-d'oeuvre. On est face à un film d'aventures maritimes plus traditionnels, dans la lignée des produits manufacturés par Hollywood. Cela ne signifie pas que le film est mal réalisé. Sjöström sait parfaitement faire monter la tension et le suspense à bord du navire avec de multiples rebondissements: mutinerie, falgellation, bagarres, incendie, etc. Mais, on attendait de lui des personnages plus complexes et psychologiquement plus fouillés que ce qu'il nous offre. La photo signée de Julius Jaenzon est toujours magnifique d'ombres et de lumières, mais il manque à ce film ce petit quelque chose qui font les chefs-d'oeuvre. On a l'impression que Sjöström est déjà pris dans l'engrenage des studios américains qui n'attendent de leurs réalisateurs qu'une adhésion servile à leur scénario. Le film est spectaculaire au sens premier du mot. Il se clôture par l'explosion d'une goëlette. Par contre, la fin heureuse qu'il nous propose est fort peu crédible. A-t-elle été imposée par les producteurs? Ce n'est pas impossible car il est fort difficile de croire que Jan et Dick puisse se réconcilier après que ce dernier ait mis le feu au navire pour se venger. Un film moins personnel de Sjöström, mais qui tient bien la route en terme de divertissement.

samedi 16 août 2014

Tösen från Stormyrtorpet 1917

Gudmund (Lars Hanson) et Helga (Greta Almroth)
La Fille de la tourbière
Un film de Victor Sjöström avec Greta Almroth, Lars Hanson, Karin Molander et Concordia Selander

Helga (G. Almroth), surnommée la fille de la tourbière, a eu un enfant après que son ancien patron ait abusé d'elle. Les bien pensants du village la regarde avec mépris, mais elle va réussir à défendre son honneur...

La Fille de la tourbière est la première adaptation d'un roman de Selma Lagerlöf réalisée par Sjöström. Il en adaptera quatre autres dans les années à venir. L'année 1917 est cruciale pour Svenska Biograf. Le directeur Charles Magnusson a décidé de réorienter la production vers l'adaptation d'oeuvres littéraires pour faire monter en gamme les films. Après le magnifique Terje Vigen (1917) d'après Ibsen, Sjöström s'attaque à cette histoire simple et forte d'une fille victime du qu'en-dira-t-on qui va se battre pour retrouver son honneur. Le cinéma suédois n'hésite pas à montrer la réalité sociale et les préjugés religieux sans se voiler la face. Helga est avant tout une victime. Placée comme servante chez un fermier, il a abusé d'elle. Pourtant, c'est elle qui est considérée comme une fille perdue. Face à cette adversité, elle fait preuve d'un courage qui force le respect des citoyens les plus conservateurs. Alors que son ancien patron s'apprête à se parjurer sur la Bible, elle préfère lui arracher le livre des mains pour éviter le châtiment divin qui l'attend. Elle ne veut pas que le père de son enfant brûle en enfer. Petit à petit, le personnage d'Helga montre sa grandeur d'âme, son refus du mensonge et des préjugés face à une société bien-pensante profondément hypocrite. Gudmund est impressionné par la volonté de cette femme et va insensiblement tomber amoureux d'elle. Le contraste avec sa fiancée Hildur devient de plus en plus insupportable, surtout lorsqu'il se retrouve lui-même suspecté de meurtre et qu'elle le rejette. Sjöström dirige ses acteurs au petit point. Lars Hanson et Greta Almroth sont absolument formidables de vérité et de subtilité. Encore un magnifique Sjöström. Douglas Sirk a réalisé également une adaptation du roman de Lagerlöf en 1935 sous le titre Das Mädchen von Moorhof.

vendredi 15 août 2014

Förstadsprästen 1917

Elin von Prangen (Mary Johnson) et Erik Dyhre (Olof Sandborg)

Un pasteur de banlieue
Un film de Georg af Klercker avec Olof Sandborg, Concordia Selander, Mary Johnson et Lilly Gräber

Issu d'une riche famille, Erik (O. Sandborg) a préféré devenir pasteur au grand dam de son beau-père un général qui lui préfère son fils Ove qui a choisi la carrière militaire. Elin (M. Johnson), la filleule du général, s'éprend d'Erik...

G. af Klercker
Le réalisateur suédois Georg af Klercker (1877-1951) est l'un des grands oubliés de l'histoire du cinéma. Issu d'une famille aristocratique, il décide de poursuivre une carrière théâtrale contre l'avis de celle-ci. A la fois acteur et metteur en scène, il vient au cinéma en 1911 pour la société Svenska Biograf. Il n'y fera qu'un passage éclair avant de rejoindre la firme concurrente Hasselblad à Göteborg. C'est au sein de cette société, qui fabriquait des lentilles et objectifs, qu'il va développer son style propre. Förstadprästen, qui peut se traduire par "pasteur de banlieue", raconte comment un fils de famille préfère la prêtrise et s'occuper des pauvres de sa paroisse plutôt que d'embrasser les armes. Cela lui vaut le mépris d'une partie de sa famille. Il n'hésite pas à défendre une prostituée Stella (L. Gräber) qui est maltraitée par son souteneur. Sa gentillesse en sa faveur ne lui apportera que de sérieux ennuis. On l'accuse d'être l'amant de Stella et celle-ci ne fait rien pour le démentir, à l'instigation de son souteneur. Quant à Elin, elle s'amourache d'Erik sous un coup de tête. On reconnaît dans ce rôle de jeune fille la merveilleuse Mary Johnson, la future héroïne d'Herr Arnes pengar (Le Trésor d'Arne, 1919) de M. Stiller, qui fut découverte par Georg af Klercker. La luminosité et la finesse de la photographie montre la qualité des objectifs produits par Hasselblad. Af Klercker se concentre sur les différences sociales d'une société suédoise très inégalitaire et n'hésite pas à nous montrer les ruelles des bas-quartiers. Les acteurs font preuve du même naturel que l'on retrouve chez les autres films suédois de l'époque. Ce drame social me donne envie de continuer l'exploration de l'oeuvre de ce cinéaste méconnu. Un grand merci au cinéphile qui m'a recommandée de découvrir ce metteur en scène.

jeudi 14 août 2014

Mästerman 1920

Maître Samuel
Un film de Victor Sjöström avec Victor Sjöström, Greta Almroth, Harald Schwerzen et Concordia Selander

Sammel Eneman (V. Sjöström) est prêteur sur gage dans une petite ville portuaire. Il est détesté par la plupart de ses concitoyens pour son avarice. Un jour, il fait la connaissance de Tora (G. Almroth) qui s'est faite agressée et la ramène chez sa mère (C. Selander). La jeune fille est fiancé au marin Knut (H. Schwerzen) qui a besoin d'argent. Elle va trouver Eneman pour obtenir un prêt. Il accepte, mais en retour, il faudra qu'elle accepte de s'occuper de sa maison...

Ce film de Victor Sjöström est moins connu que d'autres de la même époque. Et pourtant, c'est à nouveau une oeuvre profondément humaine et d'une subtilité remarquable. On a également la confirmation, s'il en était besoin, de l'étendu du talent de l'acteur Sjöström. Il est ici un vieux grigou qui vit au milieu de son bric-à-brac et s'habille de vieilles hardes par avarice. La rencontre avec Tora va modifier ce vieil homme en apparence sans coeur. Il accepte qu'elle rende les objets qu'il avait pris en gage aux pauvres gens du village et il s'humanise doucement en changeant ses vêtements. Petit à petit, son environnement se modifie grâce aux bons soins de Tora, ce qui ne manque pas de faire jaser. Le vieux grigou pense même qu'elle va accepter de l'épouser. Evidemment, il se trompe. Tora attend patiemment le retour de Knut et il réalisera alors sa folie. Mais, auparavant, il devra subir une série d'humiliations particulièrement cruelles. Alors qu'il a revêtu ses plus beaux atours et qu'il se met en route pour aller trouver la mère de Tora, bouquet de fleurs en main, tout le village se coalise pour se moquer de lui. Une séquence reste en mémoire pour son efficacité et sa cruauté. Alors qu'il arrive seul sur la route, il croise une rangée de villageois qui singe son allure: ils portent des bouquets de brindilles et se rangent derrière lui en file indienne. Il prend l'humiliation avec résignation. Le film se clôt avec le vieux Sammel qui repart chez lui dans ses vieilles hardes laissant derrière lui Tora et Knut, enlacés et heureux. Sjöström est absolument bouleversant de sensibilité dans ce rôle difficile et sa mise en scène est sans faille avec un soin dans le rythme et la composition des scènes qui en font sans aucune doute l'un des tous premiers maîtres du cinéma. A voir absolument.

Trädgårdsmästaren 1912

Lili Bech et Gösta Ekman
Le Jardinier
Un film de Victor Sjöström avec Victor Sjöström, Lili Bech et Gösta Ekman

Un propriétaire de jardin (V. Sjöström) convoite la petite amie (L. Bech) de son fils (G. Ekman). Il éloigne celui-ci et profite de son absence pour abuser sexuellement de la jeune fille...

Lili Bech et Mauritz Stiller
En 1912, Victor Sjöström réalise son premier film pour Svenska Biografteatern. C'est son ami Mauritz Stiller qui a écrit le scénario et y joue un petit rôle. Bien loin des romances sentimentales, l'histoire imaginée par Stiller est d'une cruauté particulièrement inhabituelle pour l'époque. La malheureuse Lili Bech, qui joue la jeune fille sans nom de l'histoire, est victime d'un viol de la part du patron de son père. Sjöström ne cherche pas à se donner le beau rôle en endossant celui du prédateur. Dès ce premier opus, on est frappé par la beauté de la composition, fruit du travail du merveilleux opérateur Julius Jaenzon qui accompagnera Stiller et Sjöström dans tous leurs chefs-d'oeuvre à venir. Le film fit scandale et fut refusé par la censure suédoise. Il sortit néanmoins - censuré - dans d'autres pays où il fut reçu avec ferveur. De nos jours, seule une copie censurée américaine nous permet de découvrir cette oeuvre étonnante. Lili Bech donne une superbe incarnation de cette femme victime des hommes et de la société. Des années plus tard, devenue prostituée, elle retourne dans la serre remplie de fleurs où elle avait été attaquée pour y mourir. Malgré la noirceur du sujet, le film est plein d'images magnifiques de la campagne suédoise qui suggèrent une réalité plus lumineuse de la vie. Un premier opus tout à fait étonnant de maîtrise.

mercredi 13 août 2014

Are Parents People? 1925

Un film de Mal St. Clair avec Betty Bronson, Florence Vidor, Adolphe Menjou et Lawrence Gray

Lita (B. Bronson) découvre que ses parents (F. Vidor et A. Menjou) ne se supportent plus et souhaitent divorcer. Alors qu'ils se disputent pour savoir qui aura sa garde, Lita cherche un moyen pour les rapprocher...


Caricature de Mal St. Clair
Malcolm St.Clair était un ancien Keystone Cop devenu réalisateur de comédies sophistiquées dans le style d'Ernst Lubitsch. Dans Are Parents People? il a une distribution étincelante avec l'élégante Florence Vidor et le très chic Adolphe Menjou qui s'affrontent pour un rien au plus grand désespoir de leur fille adolescente jouée par une adorable Betty Bronson, qui vient tout juste d'être Peter Pan (1924) pour Herbert Brenon. Si l'intrigue est extrêmement ténue, la réalisation est brillante et sans défaut. La pétillante Lita (Betty Bronson) voudrait bien que ses parents enterrent la hache de guerre. Alors, quoi de mieux que de les inquiéter ? Ils seront tellement préoccupés qu'ils oublieront leurs différends. En essayant d'aider une de ses copines de pension, elle se retrouve expulsée de son école car on la suspecte d'une aventure avec un acteur de cinéma. L'acteur en question est joué avec brio par George (André) Beranger qui réalise une parodie hilarante de John Barrymore. La très maligne Lita arrivera finalement à ses fins et trouvera l'amour avec un très séduisant docteur (Lawrence Gray). Par petites touches, Mal St. Clair fait progresser l'intrigue comme lorsqu'il nous montre les pieds de Lita qui s'agitent en cadences jusqu'au moment où ils s'arrêtent: elle a trouvé la solution ! Un très joli film.

Vem dömer 1922

L'Epreuve du feu
Un film de Victor Sjöström avec Jenny Hasselqvist, Gösta Ekman, Ivan Hedqvist et Tore Svennberg

Au XIVe siècle, Ursula (J. Hasselqvist) a été obligée d'épouser Anton (I. Hedqvist), un sculpteur âgé qu'elle déteste. Elle aime le fils du bourgmestre Bertram (G. Ekman) avec lequel elle passe parfois ses après-midi. Un jour, elle décide d'acheter du poison à un moine apothicaire...

Cette grande production historique de Victor Sjöström a été tournée essentiellement en studios contrairement à ses grands films des années 1910. L'héroïne Ursula est une femme forte dans un environnement hostile. Sa vie est régie par ses parents, la religion et la superstition. Mariée contre son gré, elle songe au suicide avec celui qu'elle aime avant d'envisager de tuer son époux. C'est cette pensée meurtrière qui va faire d'elle la coupable idéale lors du décès soudain de son époux. Ursula est traversée par un violent sentiment de culpabilité. Même si son époux n'a pas touché au breuvage (sans danger) qu'elle lui destinait, elle sait qu'il a douté d'elle au moment fatal. La ville a tôt fait de faire d'elle une meurtrière et une sorcière qu'il faut brûler. Bertram obtient des autorités religieuses de prouver son innocence en acceptant le jugement de dieu. Il devra traverser un bûcher enflammé sans périr. Cependant, Ursula refuse son sacrifice et se présente elle-même face au bûcher. Le film contient les ingrédients des grandes oeuvres de Sjöström: la culpabilité et le pardon. En l'absence des grands espaces, les décors suggèrent l'enfermement de la jeune femme avec de violents contrastes d'ombres et de lumières. Jenny Hasselqvist est une magnifique Ursula qui réussit à vaincre dans une adversité totale. Encore une oeuvre majeure de Victor Sjöström qui mérite d'être découverte.

Thundering Hoofs 1924

Un film d'Al Rogell avec Fred Thomson, Anna May et William Lowery

Dave Marshall (F. Thomson) est le fils d'un propriétaire de ranch aux allures de tête brûlée. Il tombe amoureux de la belle Carmelita (A. May) qu'il a sauvé alors que ses chevaux s'étaient emballés. Malheureusement, le sinistre Luke Severn (W. Lowery) a réussi à le discréditer auprès du père de la belle...

Fred Thomson était une des stars du western dans les années 1920. Marié à la scénariste Frances Marion, il faisait preuve d'une belle virtuosité dans des cascades fort dangeureuses qu'il exécutait souvent lui-même. C'est d'ailleurs durant l'exécution de l'une d'elle qu'il fut blessé gravement. Alors qu'il allait sauter sur le cheval d'un attelage emballé, il tomba sous les roues de la diligence et se retrouva à l'hôpital. La séquence fut conservée dans le film et on fit appel au cascadeur Yakima Canutt pour la terminer. Il eut alors l'idée de se suspendre sous l'attelage avant de remonter à la force des bras et d'arrêter les chevaux au bord de l'abîme. Il rejoua cette cascade plusieurs fois par la suite, en particulier dans Stagecoach (La Chevauchée fantastique, 1939) de John Ford.
Thundering Hoofs est un excellent western qui tient en haleine du début à la fin. Le héros pour conquérir sa belle doit faire face à un traître particulièrement retors en la personne de Luke Severn. Pour lui échapper, il escalade en acrobate les lustres et les murs comme le ferait Douglas Fairbanks. En outre, Fred Thomson partage la vedette avec un cheval star, Silver King, un magnifique étalon blanc au tempérament de feu. Le bel animal est victime des sévices du sinistre Severn et Dave va devoir le sauver de ce maître violent. Après plusieurs séquences haletantes comme le sauvetage de la diligence, le film se clôt sur une séquence tout à fait inattendue dans une arène de taureaux au Mexique. Pour sauver son cheval qui a été mis en pâture dans l'arène, Dave se lance bravement - à mains nues ! - face au taureau en furie. Cette production FBO qu'on aurait tôt fait de classer dans les séries B de l'époque est en fait une totale réussite mêlant habilement humour, fantaisie et cascades époustouflantes.