mardi 5 mai 2015

Maurice Tourneur en vidéo

J'ai été interviewée à propos de ma biographie de Maurice Tourneur pour 
RLHD.TV. Vous pouvez visionner l'entretien ici.

samedi 25 avril 2015

Maurice Tourneur - Réalisateur sans frontières (III)

Une nouvelle critique de ma biographie de Maurice Tourneur parue
 le 23 avril 2015 dans le N° 2633 de L'Obs:

Je voudrais quand même corriger une erreur dans cette chronique qui apparaît aussi sur IMDb. Maurice Tourneur n'a jamais joué avec Max Linder dans Max boxeur par amour (1912). Par contre, on peut le voir boxer - pour rire - avec Max Linder pour une bande d'actualités cinématographiques américaine de 1920 à l'époque où Max tournait Seven Years Bad Luck dans le studio de Maurice.

mercredi 22 avril 2015

Suzanne 1916

Michael (J. Signoret), Suzanne (S. Grandais) et le Père Bonheur

Un film de Louis Mercanton et René Hervil avec Suzanne Grandais, Jean Signoret, Marie-Louise Derval et Georges Tréville

Suzanne (S. Grandais) tombe amoureuse de Michael de Sylvanie (J. Signoret). Mais, il est promis à la Princesse Sonia (M.-L. Derval). Après son départ, Suzanne enceinte est jetée à la rue par son père. Elle trouve refuge auprès d'un vieux berger, le père Bonheur...

Cette production Eclipse est un véhicule pour mettre en valeur Suzanne Grandais qui était alors une des plus grandes stars du cinéma français. Ayant quitté la Gaumont, elle n'a plus Léonce Perret pour la diriger et doit se contenter du tandem Mercanton-Hervil qui sont également les réalisateurs attitrés de la grande Sarah Bernhardt. Ils ne sont malheureusement pas du tout au même niveau que le grand Léonce. Cependant, ce mélodrame larmoyant, qui ne recule devant aucun cliché, résiste au temps grâce à sa délicieuse interprète qui est la fraîcheur et le naturel même. Suzanne illumine l'écran de sa personnalité et nous permet d'avaler ce mélo sans sourciller. L'intrigue est pleine de déjà-vu dans la carrière-même de l'actrice: elle est séduite et abandonnée par son amant, puis fille-mère jetée à la rue, avant de retrouver son prince après avoir perdu la raison. Tout cela se termine par un suicide aquatique dans la grande tradition d'Ophélie comme elle le faisait déjà dans Le Coeur et l'argent (1912, L. Perret). Avec un tel sujet, Perret aurait certainement réussi à nous tirer quelques larmes alors que Mercanton et Hervil se contentent de filmer tout cela fort platement. Heureusement, le film a été tourné sur la Côte d'Azur près d'Antibes, ce qui nous vaut de beaux paysages maritimes. Cependant, les cadrages et les prises de vue manquent d'originalité. On est cependant très content de pouvoir regarder ce petit film grâce à l'European Film Gateway qui offre une copie néerlandaise teintée de belle qualité.

samedi 18 avril 2015

Vent debout 1923

Marie Richard (M. Renaud) et Jacques Averil (L.  Mathot)
Un film de René Leprince avec Léon Mathot, Madeleine Renaud, Robert Tourneur, Maurice Touzé et Camille Bert

Suite à la faillite et au suicide de son père, Jacques Averil (Léon Mathot) abandonne sa fortune aux créanciers de son père. Il retourne à Paimpol où il s'engage comme simple matelot sur un chalutier...

Il est difficile d'imaginer le statut de Léon Mathot au sein du cinéma français en 1923. Il est le favori du public français et il touche alors 60.000 francs par an de Pathé-Consortium ce qui constitue un salaire extrêmement élevé pour l'industrie française. Il faut dire qu'il a tourné précedemment d'excellents films pour Film d'Art sous la direction d'Henri Pouctal et d'Abel Gance, en particulier Le Comte de Monte-Cristo (1918) et Travail (1919). Vent Debout lui offre un rôle passionnant, celui d'un homme qui a perdu toutes ses illusions et qui tente de refaire sa vie en tant que marin. L'héritier oisif qui aimait la mer va devenir un dur à cuire et va s'imposer à bord d'un chalutier dominé par une brute. Il se prend d'amitié pour un petit mousse qui lui témoigne de l'affection. Las, ce nouvel environnement qui lui offrait un nouvel espoir de vie se fracasse avec la mort accidentelle du gamin. Le retour à Paris après ce drame ne semble guère engageant, car à part une bordée très arrosée, il n'a pas de perspective. C'est sa rencontre avec la douce Marie, interprétée avec énormément de talent par une toute jeune Madeleine Renaud de 22 ans, qui va en décider autrement. Soudain, l'espoir renaît avec la possible découverte d'un filon de malachite en Islande. Ce nouvel espoir sera également sans lendemain, mais Marie revient vers lui prête à partager sa vie. Leprince a à sa disposition une excellente histoire qu'il filme à Paimpol et à Paris. Mathot donne à son personnage toute la gamme de sentiments voulue avec une grande sensibilité. Du matelot costaud qui se mutine au jeune homme timide qui ne sait pas comment aborder le jolie Madeleine Renaud qu'il vient de rencontrer. La copie qui nous est parvenue est teintée et de belle qualité à part quelques séquences en cours de décomposition. Une autre curiosité du film est la présence de l'acteur Robert Tourneur, le frère cadet de Maurice Tourneur qui fit carrière au théâtre et au cinéma. Il est le portrait craché de son frère aîné. Un très bon film de René Leprince qui a été accompagné magnifiquement par Emmanuel Birnbaum à la Fondation Jérôme Seydoux-Pathé.

Fanfan la Tulipe 1925 (II)

Fanfan (A. Simon-Girard) et le Maréchal de Saxe (Alexandre Colas) 
Episodes 6 à 8
Un film en 8 épisodes de René Leprince avec Aimé Simon-Girard, Paul Guidé, Simone Vaudry, Renée Héribel et Pierre de Guingand

Fanfan la Tulipe (A. Simon-Girard) est le porte-drapeau du Maréchal de Saxe à la bataille de Fontenoy. Le Chevalier de Lürbeck (P. Guidé) a fait enlever Perrette (S. Vaudry) pour forcer le Marquis d'Aurilly (P. Guingand) à lui fournir des missives secrètes...

Lürbeck (P. Guidé) s'apprête à éliminer
une complice trop bavarde
Pour les derniers épisodes de Fanfan, Le rythme du récit s'accélère. Le Chevalier de Lürbeck élimine une complice trop bavarde en tirant à travers une vitre teintée. Les problèmes personnels des personnages s'effacent face aux événements historiques. La bataille de Fontenoy est un enjeu crucial qui va mobiliser tous les héros et les traîtres de notre histoire. Lürbeck espionne à tout va pour renseigner les Anglais usant de l'intrigue et de la menace. Fanfan, appelé au front, va devoir secourir le roi Louis XV ainsi que d'Aurilly des griffes de ce redoutable adversaire. Pour la reconsitution de la bataille de Fontenoy, on a mobilisé d'importants moyens de figuration: un régiment d'Ecossais en kilt attaquent les Français dont certains sont perchés dans les arbres. Il y a moult charges de cavalerie et autre combats corps à corps. Certes, la réalisation reste fort sage. On est loin des effets techniques éblouissants d'Abel Gance dans Napoléon (1927). Néanmoins, le dernier épisode tient en haleine sans problèmes et les acteurs font tous preuve d'excellentes qualités athlétiques dans leurs rôles respectifs qu'ils chevauchent à bride abattue ou qu'ils ferraillent avec une belle énergie. Dans le style roman-feuilleton, ce Fanfan la Tulipe tient extrêmement bien la route comme les meilleurs feuilletons de l'ORTF savaient le faire. Un très agréable divertissement qui est un plaisir pour l'oeil.

mercredi 15 avril 2015

L'Occident 1928

Un film d'Henri Fescourt avec Claudia Victrix, Jaque Catelain, Lucien Dalsace, Paul Guidé, Hughes de Bagratide et Andrée Rolane

Au Maroc, Hassina (C. Victrix) sauve la vie du capitaine Cadières (L. Dalsace) venu déloger les djouchs menés par Taïeb (H. de Bagratide) qui la retient captive. Elle part avec Cadières laissant sa soeur Fathima (A. Rolane) aux mains de Taïeb...

Affiche danoise de Eye for Eye
(L'occident, 1918) d'Albert Capellani
La pièce L'Occident du dramaturge belge Henri Kistemaeckers avait déjà été adaptée à l'écran en 1918 par Albert Capellani avec Alla Nazimova sous le titre Eye for Eye. Le film américain ayant disparu - à part à un court fragment - on ne peut donc le comparer au remake réalisé par Henri Fescourt en 1927 pour le compte de la société des Cinéromans de Jean Sapène. Il est cependant absolument certain que Capellani avait à sa disposition une grande actrice en la personne d'Alla Nazimova. Malheureusement, pour Henri Fescourt, il n'en est pas de même. Il doit accepter de diriger la femme de Sapène, la totalement incompétente Claudia Victrix. Le tournage fut donc un long calvaire pour Fescourt, qui outre ses déboires avec la Victrix, dût faire face à de nombreux incidents et accidents au Maroc. L'intrigue de Kistemaeckers est celle d'un mélo échevelé dans une France coloniale triomphante. La France "protectrice" bombarde les côtes marocaines pour déloger les Djouchs, ces bandits pillards qui la dérangent. Sur ce fond politiquement incorrect et désuet se superpose l'intrigue amoureuse qui oppose Cadières (Lucien Dalsace) et Saint-Guil (Jaque Catelain) tous deux amoureux d'Hassina. La prestation de Claudia Victrix suscite de nombreuses fois le fou rire car elle cumule les maladresses avec une persistance d'amateur. Elle ne sait pas bouger, elle est empotée, maladroite et en plus, elle n'est pas du tout photogénique avec un long nez, une bouche en coeur soulignée par un trait de rouge à lèvres maladroit et un visage ingrat. Les opérateurs et le réalisateur semblent avoir renoncé à la mettre en valeur. Et en plus, elle est aussi expressive qu'une bûche. Il est difficile de ne pas éclater de rire lorsqu'on voit Hassina dire, le plus sérieusement du monde, "J'ai bu son sang. Je luis appartiens," après avoir sucé la plaie de Cadières mordu par un serpent. 
Fathima (Andrée Rolane)
Alors que reste-t-il à sauver dans ce film que Fescourt renia après son tournage? Eh bien, le metteur en scène a eu l'excellente idée d'utiliser la petite Andrée Rolane, qui fut la superbe Cosette enfant de sa version des Misérables (1925), à qui il confie le "clou" du film. Et la gamine d'une dizaine d'années vole facilement la vedette à son aînée par ses qualités d'interprète. Dans un bouge à marins, elle doit danser sur une table au son d'un tambour. La séquence est rythmée à la perfection comme celle du 'Trou à charbon' dans le Kean (1924) d'Alexandre Volkoff. La foule l'observe alors que Taïeb la force à danser de plus en plus vite. Le montage se fait frénétique et la caméra devient subjective, nous montrant le vertige qui saisit la gamine épuisée. Pour cette seule séquence, le film mérite d'être vu. Mais, on peut comprendre le découragement de Fescourt face à une actrice qui n'en était pas une...

samedi 11 avril 2015

Fanfan la Tulipe 1925 (I)

Fanfan (Aimé Simon-Girard)
Episodes 1 à 5
Un film en 8 épisodes de René Leprince avec Aimé Simon-Girard, Simone Vaudry, Claude France, Renée Héribel, Paul Guidé et Pierre de Guingand

Fanfan-la-Tulipe (A. Simon-Girard) est un enfant trouvé ansi surnommé car il fut découvert dans un champ de tulipes. Ne pouvant épouser Perrette (S. Vaudry) qu'il aime, il s'engage dans les armées du roi...

Mme de Pompadour (Claude France) en petite tenue
Contrairement à ce qu'on pourrait penser le personnage de Fanfan-la-Tulipe est arrivé sur les écrans bien avant le film avec Gérard Philipe. En 1925, la Société des Cinéromans de Jean Sapène met en production un film en épisodes sur un scénario original de Pierre-Gilles Veber, le père de Francis Veber. Il invente une trame romanesque, dans le style des romans d'Alexandre Dumas, où les personnages de fiction (Fanfan, Fier-à-bras) croisent les personnages historiques (le Maréchal de Saxe, Louis XV, Mme de Pompadour). C'est tout l"univers de la France du XVIIIe siècle qui est recréé devant nos yeux, utilisant avec bonheur les châteaux de Versailles, de Vaux-le-Vicomte et de Chambord et d'autres extérieurs enchanteurs. L'intrigue n'a rien à voir avec celle du film de Christian-Jaque à part que notre héros est soldat dans l'armée du roi. Aimé Simon-Girard joue Fanfan comme un petit paysan jovial et naïf qui se laisse facilement emporter par ses émotions.
Le mystérieux Chevalier de Lürbeck (Paul Guidé)
Plutôt qu'un personnage moteur de l'action, il est victime des intrigues du malfaisant Chevalier de Lürbeck (Paul Guidé) et du Marquis d'Aurilly (Pierre de Guingand). Nous sommes plongés dans les intrigues de cour où la Marquise de Pompadour (Claude France) tente de reprendre la main face au mystérieux Lürbeck, qui espionne à tout va. L'auteur du scénario a eu la bonne idée de corser l'action en y ajoutant deux autres personnages historiques que sont l'actrice Mme Favart (Renée Héribel) et son époux le dramaturge Charles-Simon Favart (Jean Peyrière). Aux intrigues amoureuses s'opposent les aventures guerrières du Maréchal de Saxe lors de la guerre dans les Flandres contre les Anglais. Il y a donc suffisamment de matériel pour tenir 8 épisodes (405 min) en introduisant tous les ingrédients du roman-feuilleton: poursuites, enlèvements, déguisements, etc. Ce n'est finalement pas le héros qui retient notre attention, si ce n'est pas ses espiègleries, comme lorsqu'il se travestit en femme, mais plutôt le traître élégant et machiavélique joué par Paul Guidé, qui joue sur tous les tableaux, en renseignant le roi et ses ennemis.
Mme Favart (Renée Héribel)
Les dames du feuilleton sont les fort jolies Simon Vaudry, la petite Perrette, la gracieuse Renée Héribel et Claude France qui compose une Mme de Pompadour tout à fait crédible. Elles apparaissent toutes dans une séquence de déshabillage qui a dû fort titiller le spectateur de 1925. Si René Leprince n'est pas un très grand réalisateur, il offre un film honnête de bon faiseur, profitant des services d'excellents opérateurs et de décors et de costumes somptueux. le film est projeté en ce moment à la Fondation Jérôme Seydoux-Pathé. Les prochains épisodes sont vendredi prochain. A bientôt!

mercredi 8 avril 2015

Maurice Tourneur - réalisateur sans frontières (II)

Une première critique en ligne pour ma biographie de Maurice Tourneur sur le Blog de Bertrand Tavernier:
MAURICE TOURNEUR de Christine Leteux est un ouvrage passionnant où j’ai appris beaucoup de choses : le stupéfiant scandale causé par L’ÉQUIPAGE, le traitement de Richard Pottier au début de la guerre, l’importance de Carlo Rim qui a écrit AVEC LE SOURIRE, ce chef d’œuvre. Le livre donne envie de revoir les grands Tourneur muets mais défend aussi ses derniers titres. B. Tavernier