dimanche 5 mai 2013

La Femme et le pantin 1928

Un film de Jacques de Baroncelli avec Conchita Montenegro, Raymond Destac et Henri Levêque

Don Mateo (R. Destac) rencontre dans un train Concha Perez (C. Montenegro) et en tombe follement amoureux. Mais, la belle le repousse...

Le roman de Pierre Louÿs a fait l'objet d'une multitude de versions cinématographiques dont la plus célèbre est The Devil is a Woman (1935) du tandem Dietrich-von Sternberg. Pour cette première version, contrairement aux autres cinéastes qui utiliseront une star dans le rôle principal, Baroncelli fait le pari inverse. Il choisit une jeune danseuse espagnole de 17 ans seulement, Conchita Montenegro qui éclate à l'écran avec sa beauté et son charisme. Le film est réalisé avec tout ce qu'il faut de rafinement dans les décors et de nombreuses scènes ont été tournées à Cadix et à Séville. Certes l'intrigue est relativement banale. On suit le cheminement de Don Mateo qui est prêt à tout pour posséder Concha. mais, celle-ci a plus d'un tour dans son sac et lui file toujours entre les doigts en attisant sa jalousie avec malice. Baroncelli joue avec les grilles qui ferment les cours ou les pièces des maisons andalouses. Tel un animal dans une cage, Don Mateo en ait souvent reduit à observer Concha qui se déhanche hors de sa portée. C'était une excellente idée que de confier le rôle de la tentatrice à une très jeune actrice car celle-ci fait de Concha une femme-enfant manipulatrice, tout en conservant une certaine innocence. Son personnage conserve sa part de mystère. Baroncelli va assez loin dans le dévoilement de son actrice qui danse nue face à un groupe de vieux messieurs libidineux. Il filme tout cela de loin à travers une vitre ou un rideau de perles, si bien que cette vision semble presque être un phantasme de Don Mateo qui suffoque face à la tentation. Le film se clot comme il avait commencé par une reconstitution du célèbre tableau de Goya, El pelele (Le pantin) où quatre jeunes filles font sauter un pantin dans une toile tendue. Don Mateo restera à jamais un pantin dans les mains de la belle Concha. Le film a été diffusé en 1997 sur Arte avec une partition de Georges van Parys qui est entraînante, mais bien trop répétitive.

Der Rosenkavalier 1926

Le Chevalier à la rose
Un film de Robert Wiene avec Huguette Duflos, Jaque Catelain et Michael Bohnen

Octavian (J. Catelain), l'amant de la Maréchale (H. Duflos), est sélectionné pour apporter une rose d'argent à la jeune Sophie (E.F. Berger) qui est promise au baron Ochs (M. Bohnen)...

Le chef d'oeuvre de Richard Strauss semblait un sujet parfait pour le cinéma muet. D'autant plus que pour la création de ce film, on avait commandé au compositeur une partition inspirée de son opéra dont il reprenait les principaux leitmotives. Malheureusement, l'intrigue originale qui est l'oeuvre du génial Hugo von Hofmannstahl a été réécrite en voulant certainement ajouter des épisodes pour la rendre moins théâtrale. Hélas, bien loin d'améliorer l'original, cette modification rend les personnages falots et l'intrigue devient celle d'une médiocre pièce de boulevard. Ce qui faisait la valeur de l'oeuvre commune de Strauss et d'Hofmannstahl, c'était la subtilité psychologique des personnages, le rythme et l'humour des situations. Avec Wiene, nous avons droit à une illustration plate au rythme fort relaché, à des personnages dépourvus de profondeur et à une direction d'acteur sans saveur. Il faut dire que la distribution est dominée - s'il on peut dire ! - par le couple Huguette Duflos-Jaque Catelain. Ces deux acteurs français étaient déjà apparus ensemble dans le Koenigsmark (1923) de Léonce Perret et ils sont tout aussi inintéressants dans ce film. Duflos ne fait presque rien à part prendre l'air ennuyée et Jaque Catelain est un Octavian catastrophique. Si on le compare à une myriade de grandes mezzo-sopranos qui ont interprété le rôle, elles apportent à Octavian plus de virilité et d'entrain que ce malheureux acteur qui papillonne des yeux. D'ailleurs, ce rôle travesti est certainement bien plus intéressant lorsqu'il est interprété par une femme. Lors du dernier acte, Octavian doit se traverstir en soubrette pour confondre ce vieux libidineux d'Ochs. Pour cette scène, l'interprète d'Octavian doit suggérer qu'elle est un jeune homme travesti en fille (et non pas l'inverse). Le résultat est souvent renversant d'intelligence scénique. Alors que reste-t-il de l'opéra de Strauss dans ce film platement mis en scène ? Eh bien, à part la partition géniale du compositeur qui suggère des couleurs, des raffinements et un rythme absent du film, pas grand chose. Si vous voulez découvrir Le Chevalier à la rose, achetez plutôt un DVD de l'opéra, de préférence dirigé par Carlos Kleiber.

vendredi 3 mai 2013

Johan 1921

A travers les rapides
Un film de Mauritz Stiller avec Jenny Hasselqvist, Mathias Taube et Urho Somersalmi

Marit (J. Hasselqvist) a épousé Johan (M. Taube) malgré l'opposition de la mère de celui-ci. Mais, une fois mariée, elle  s'éloigne de son époux. Un étranger (U. Somersalmi) arrive et fait tout pour la séduire...

Ce magnifique film de Mauritz Stiller est une adaptation du roman Juha du finlandais Juhani Aho. Stiller était d'ailleurs lui-même d'origine finlandaise. L'intrigue est simplissime: la jeune Marit a été adoptée enfant par Johan et sa mère. Elle devient la servante de la famille, exploitée par la mère qui profite de sa reconnaissance. Et lorsque son fils décide d'épouser Marit, elle fait tout ce qu'elle peut pour l'éloigner, sans résultat. Pourtant, le mariage ne semble pas heureux. Il y a une grande différence d'âge entre les époux et Marit va soudain suivre un jeune étranger pour vivre une passion éphémère. Stiller utilise au mieux les décors sauvages qui symbolisent admirablement le voyage émotionnel de l'héroine. Elle descent les rapides dans une barque avec son amant, à la fois terrorisée et pourtant recherchant le risque. C'est finalement cette séparation et cette courte aventure avec cet étranger volage qui va souder son couple avec Johan. Jenny Hasselqvist est une magnifique Marit à la recherche d'une aventure des sens qui lui est inconnue. Contrairement à tant de films tournés avec des transparences en studio, Johan est tourné entièrement en décors naturels en prenant tous les risques. Il faut noter qu'en 1999, le cinéaste finlandais Aki Kaurismäki en a fait un remake. C'est un Stiller de tout premier ordre qui a été diffusé par Arte en 2001 avec une partition assez irritante que j'ai remplacé epar la symphonie N°3 de Jean Sibelius. Sa musique reflète admirablement l'ambiance de Johan. Une pure merveille.

lundi 29 avril 2013

Ingmarssörnena 1918

La Voix des ancêtres
Un film de Victor Sjöström avec Victor Sjöström, Harriet Bosse, Torre Svennberg et Hildur Carlberg

Le fermier Lil Ingmar (V. Sjöström) monte au ciel pour demander conseil à son vieux père (T. Svennberg). Il lui raconte son malheur. Il  était sur le point de se marier avec Brita (H. Bosse), mais la mauvaise récolte lui a fait différer le mariage. Or Brita, déjà installée chez lui, attendait un enfant...

Ce magnifique film de Sjöström est une oeuvre d'auteur complet. Il joue le rôle principal tout en ayant lui-même adapté le roman de Selma Lagerlöf (Jerusalem) et il en assure la mise en scène. Contrairement à ses films précédents comme Terje Vigen (1917) et Berg-Ejvind  och hans ustru (Les proscrits, 1918) qui sont des chefs d'oeuvres lyriques et flamboyants, Ingmarssörnena travaille dans l'introspection et une analyse minutieuse de l'âme humaine. Entre d'autres mains, ce film de deux heures pourraient être un pensum. Avec Sjöström, c'est un miracle d'humanité et pudeur. Il prend son temps pour nous conter la vie d'Ingmar, un jeune fermier un peu fruste et taiseux. Celui-ci aime Brita, la fille d'un riche voisin. Or celle-ci ne ressent rien pour lui; mais elle doit accepter de le suivre suite aux injonctions de ses parents qui considèrent que c'est un mariage bienvenu avec un riche fermier. Dès le début, il y a une incompréhension totale entre les futurs époux. Elle est profondément malheureuse dans la ferme d'Ingmar et ne s'entend pas avec sa belle-mère. Et lui ne comprend pas pourquoi elle dépérit de jour en jour. Brita a suivi son fiancé avant même le mariage, comme c'était la coutume à l'époque. Et voilà que la récolte s'annonce mauvaise. Ingmar décide de reculer le mariage d'une année. La malheureuse Brita est enceinte et plutôt que de donner naissance à un enfant illégitime, elle préfère le tuer à la naissance. Elle est condamnée à trois ans de prison, malgré l'intervention d'Ingmar durant le procès. Ce récit est fait par Ingmar lui-même alors qu'il consulte son père mort après avoir escaladé une échelle qui monte au ciel. Il est incapable de prendre une décision. Doit-il aller retrouver Brita à sa sortie de prison ou l'oublier à son triste sort? Son père lui donne le conseil énigmatique de "suivre le chemin de Dieu". Ingmar va donc aller chercher Brita à sa sortie de prison. Comme auparavant, ils sont incapables de se parler franchement. Brita a changé et elle a appris à aimer Ingmar. Lui ne sait pas comment exprimer ses sentiments. Durant le trajet qui les ramènent à la ferme familiale, ils vont lentement réappendre à se comprendre. Sjöström et Harriet Bosse sont des interprètes magnifiques dans la retenue et l'intelligence. Ils réussissent à conférer à leurs deux personnages une puissance émotionnelle et une vérité psychologique que l'on n'attend pas dans un film de 1918. Et en tant que metteur en scène, Sjöström montre qu'il est à l'aise aussi bien dans la fresque lyrique que dans une étude psychologique au petit point. Un film bouleversant et unique. (Dans Karin Ingmarsdotter (1920), il poursuit la saga de la famille Ingmar en nous montrant la destinée de sa fille.)

jeudi 25 avril 2013

Albert Capellani - Cinéaste du romanesque (IV)

Quelques nouvelles critiques sur ma biographie d'Albert Capellani. D'abord, sur le blog de David Bordwell, sous la plume de Kristin Thompson:
[...] Not surprisingly, during the intervening years, scholars have been busy researching Capellani’s films and career. March 6 to 24 saw a major retrospective at the Cinémathèque Française. Shortly before it began, the first biography appeared: Christine Leteux’s Albert Capellani: Cineaste du Romanesque, with a foreword by Kevin Brownlow. Leteux discovered Capellani in May of 2012, thanks to seeing Notre-Dame de Paris and Les Misérables at the Forum des Images in Paris. Setting out to learn more about the filmmaker, she realized how thoroughly his memory had nearly vanished from film history. She sought out and received the cooperation of his grandson, Bernard Basset-Capellani, whom she describes as “intarissable” (inexhaustible) on the subject. The result is a solid, traditional biography, with chapters mostly organized around the companies for which Capellani worked (Pathe, SCAGL, World, Mutual, and so on) and some of his key films (Les Misérables, The Red Lantern). The prose style is easily readable French, at least to someone like me with an average knowledge of the language. For an interview with Leteux concerning the book, see hereLeteux’s book is a vital source for anyone interested in early cinema.

I was pleased to see that the last chapter ends with some quotations from my second entry on Capellani, ending with “With the end of the main retrospective, however, it is safe to say that from now on anyone who claims to know early film history will need to be familiar with Capellani’s work.”
The book includes a filmography and list of films available on DVD. These include a new one, a restoration of The Red Lantern by our friends at the Cinematek in Brussels, available on Amazon.fr or directly from the Cinematek’s shop.
Sur le site Journal Cinéphile Lyonnais:
Sortie d’un livre sur ce réalisateur français qui a débuté lorsque le cinéma n’avait pas dix ans et qui avait un sens rare de l’image à une époque où tout était à imaginer.

Mouvements de caméra inédits, déplacements des personnages dans un cadre superbement travaillé, art de la direction de foules de figurants ou décors en studio ou en extérieurs superbement entremêlés, ce pionnier était oublié encore récemment. Un hommage en 2010 par la Cinémathèque de Bologne et une rétrospective au mois de mars dernier à la Cinémathèque Française ont permis de redécouvrir cet authentique pionnier qui fut un réel inventeur, comme en témoigne  » Le Chemineau  » court-métrage tourné en 1905 d’après un chapitre des  » Misérables  » de Victor Hugo où l’on peut voir un étonnant travelling qui tourne et glisse de gauche à droite puis de droite à gauche pour accompagner le vol de chandeliers par Jean Valjean.
Cette biographie a pu être retracée grâce aux documents inédits retrouvés par Christine Leteux qui tord le cou à de nombreuses erreurs sur les rares éléments de sa biographie qui étaient connus. Cet ouvrage est le travail d’une historienne tenace qui s’est attachée aux faits biographiques plus qu’un exercice d’analyse cinématographique, une approche finalement rare et précieuse, surtout pour un auteur sur lequel aucun ouvrage documenté n’existait.
Un travail de recherche et d’enquêtes impressionnant préfacé par Kevin Brownlow dont les deux derniers ouvrages ( La Parade est passée ; Napoléon ) ont été adaptés en français par Christine Leteux.
« Ce metteur en scène qui plaçait le cinéma sur le même plan que le théâtre, la littérature et la musique, fit faire un pas de géant au septième art par sa subtile direction d’acteurs et son extraordinaire sens visuel«   Christine Leteux 

mercredi 24 avril 2013

Beauty for Sale 1933

Un film de Richard Boleslawski avec Madge Evans, Otto Kruger, Una Merkel et Alice Brady

Letty Lawson (M. Evans) est contrainte de travailler suite à la mort de son père. Son amie Carol (U. Merkel) la fait entrer dans un salon de beauté. Cette dernière complémente ses revenus en se faisant entretenir par un vieux monsieur déjà marié...

Cette production MGM avec un scénario de Faith Baldwin (comme pour The Office Wife), s'intéresse au sort des jeunes femmes qui travaillent dans un institut de beauté. On se retrouve au milieu de dames riches d'un certain âge qui cancannent pendant que de jeunes femmes désargentées tentent de leur redonner une jeunesse depuis longtemps envolée à coup de crèmes et de massages. Chacune essaie d'améliorer son ordinaire. Carol (Una Merkel) ne se fait aucune illusion sur la société qui l'entoure et elle fait tout ce qu'elle peut pour tirer un maximum d'argent d'un vieux beau qui s'ennuit avec sa femme. Letty Lawson (Madge Evans), elle reste en retrait jusqu'à sa rencontre fortuite avec le riche homme d'affaire Mark Sherwood (O. Kruger). Elle tombe amoureuse de cet homme mal marié à une épouse insupportable (Alice Brady) qui passe sa journée allongée. Letty n'est pas prête à rentrer dans le jeu habituel de la maîtresse cachée que l'on jette après usage. D'autant plus que son amie Jane (Florine McKinney) s'est tuée après avoir été abandonnée enceinte par son amant, le fils (Phillips Holmes) de sa patrone. Le film offre une vision assez noire de la condition féminine dans les années 30. Le film est très bien construit entre mélo et comédie avec une superbe photo de James Wong Howe. Il y a des moments mémorables comme lorsque Letty annonce nonchalamment -sans se rendre compte de l'impact de ce qu'elle dit - à Jane que son amant est parti. Jane reste rigide, immobile alors qu'une porte s'ouvre lentement masquant petit à petit sa silhouette. Son suicide est également une scène très réussie avec sa silhouette qui se découpe dans l'ombre face à la fenêtre qu'elle ouvre tout doucement pour se jeter dans le vide. Madge Evans qui jouait souvent des seconds rôles montre ici tout son talent avec son visage expressif dont le sourire rappelle celui de Jean Arthur. Malgré la fin heureuse du film, il reste une certaine amertume dans le souvenir du spectateur. Un joli mélo avec de très bon interprètes et un rythme soutenu.

mardi 23 avril 2013

Her Man 1930

Son Homme
Un film de Tay Garnett avec Phillips Holmes, Helen Twelvetrees, Marjorie Rambeau et Ricardo Cortez

Frankie (H. Twelvetrees) est entraîneuse dans un bouge de La Havane sous la coupe de son souteneur Johnny (R. Cortez). Elle rencontre un jour Dan (P. Holmes), un marin qui propose de la sortir de là...

Tay Garnett a élaboré lui-même l'intrigue de ce film en s'inspirant de la célèbre chanson Frankie and Johnny. Il souhaitait embaucher un acteur musclé et beau gosse pour le rôle du marin Dan. Il proposa Dean Jagger au studio Pathé. Pas de chance, le studio avait déjà emprunté une des stars de la Paramount de l'époque sous la forme de Phillips Holmes, un beau blond que l'on associe plus au personnage timide et intériorisé d'Une Tragédie américaine (An American Tragedy, 1931) de von Sternberg qu'à un grand costaud qui joue des mécaniques. Ce film lui permet de montrer une autre facette de son talent: il peut aussi jouer un marin qui chante et se bagarre. Sur un sujet somme toute peu original, Garnett réussit un film tout en mouvement (à une époque où les films sont souvent statiques) tel que le début du film qui nous montre Annie (Marjorie Rambeau) qui retourne au Thalia, le bouge de La Havane où elle travaille, après avoir été refoulée par les autorités américaines. On la suit dans les rues grouillantes des bas quartiers avec un long travelling fluide. Garnett n'oublie pas son passé de gagman et il est particulièrement fier du gag récurrent où James Gleason tente régulièrement sa chance dans une machine à sou. Le malheureux introduit pièce après pièce dans celle-ci, sans résultat alors que son compère gagne à tous les coups. Le film a été tourné entièrement en studio - au grand regret des membres de l'équipe de tournage - et seuls quelques extérieurs ont été filmés sur place pour quelques transparences. Il y a cependant une vraie atmosphère dans ce film grâce aussi aux excellents seconds rôles comme Marjorie Rambeau en vieille entraîneuse alcoolique ou un étonnant Franklin Pangborn, habitué des personnages efféminés, qui décoche ici quelques coups de poing pour recouvrer son chapeau dérobé par des marins ivres. Le film se termine par une bagarre homérique entre le marin Dan face au souteneur de Frankie (à nouveau Ricardo Cortez dans un rôle de mauvais garçon) qui fait penser à Raoul Walsh. Un très bon cru dans la filmographie de Tay Garnett.

Ladies' Man 1931

Un film de Lothar Mendes avec William Powell, Kay Francis et Carole Lombard

Jamie Darricot (W. Powell) est entretenu par sa maîtresse, Mrs Fendley (Olive Tell), la femme d'un richissime industriel. Il entame aussi une aventure avec la fille de celle-ci, Rachel (C. Lombard) avant de rencontrer la belle Norma Page (K. Francis) qu'il entrepend de séduire...

Au début de 1931, William Powell est toujours sous contrat à la Paramount. Il est lassé du 'type-casting' de ce studio. Immédiatement après Ladies' Man, il va migrer avec Kay Francis à la Warner qui va lui ouvrir d'autres possibilités et lui permettre d'épanouir son talent considérable de comédien comme dans le merveilleux Jewell Robbery (1932, W. Dieterle). Le personnage qu'il interprète dans Ladies' Man est comme son titre l'indique, un homme à femmes, un gigolo mondain qui offre un peu de plaisir à des dames cousues d'or qui sont délaissées par leurs maris. Il se fait offrir des bijoux de grande valeur qu'il revend sans état d'âme pour financer son train de vie. Il n'hésite pas une minute à céder aux avances pressantes de la fille de sa maîtresse. Le personnage interprété par Carole Lombard est fort éloigné des rôles auxquels on l'associe généralement. Elle a ici un rôle essentiellement dramatique: une riche héritière capricieuse portée sur l'alcool et qui développe une jalousie maladive vis-à-vis de l'amant de sa mère. William Powell réussit à rendre sympathique un personnage amoral qui justifie ses actions avec une franchise désarmante. Il profite de la situation, mais sa rencontre avec Kay Francis va modifier la donne. Il y a soudain chez lui un désir de changer de vie et de renoncer à ce monde factice où il évolue. Avec un tel sujet, on pourrait avoir une comédie dans un style Lubitschien. En fait, il n'en est rien. Lothar Mendes, un réalisateur d'origine allemande importé à Hollywood à l'orée du parlant, nous concocte un mélodrame parfois pesant et statique. Mais le charme de Powell et de ses deux partenaires fait beaucoup pour rendre le film intéressant dans ses situations et ses conflits, malgré ses défauts. Il se termine par la mort de Powell aux mains du mari jaloux qui veut éliminer cet élément nuisible de la haute société. Au total, il ne s'agit pas d'un grand film. Mais, c'est un jalon important dans l'évolution de William Powell qui passa du traître au séducteur suave avec l'arrivée du parlant.